ILS DEMANDENT LEUR REINTEGRATION

L’affaire des 300 policiers radiés revient

Le Quotidien d'Oran, 11 avril 2006

300 (un chiffre avancé par les concernés) ex-policiers radiés du corps de la police à travers le territoire national se sont rassemblés hier devant le siège de l’UGTA, dans l’espoir de rencontrer Abdelmadjid Sidi Saïd, afin de lui remettre une lettre destinée au premier magistrat du pays, M. Abdelaziz Bouteflika.

Les signataires de la missive sollicitent l’intervention du chef de l’Etat pour les réintégrer au sein de la police, dans le cadre de la réconciliation nationale.

Les ex-policiers disent avoir du mal à « digérer » le fait que « les terroristes s’apprêtent à réintégrer leurs postes de travail sous couvert de dispositif juridique hautement sécurisant, alors que les policiers ayant contribué à la stabilité de l’institution perdurent dans la précarité quotidienne, sans espoir de lendemain rassurant», dira le porte-parole des ex-policiers, M. Khaled Ziari, ex-officier supérieur à la DGSN.

Les policiers, qui affirment leur adhésion totale au projet de la réconciliation nationale, estimant que c’est le seul moyen pour assurer la paix durable, lancent un appel au président de la République pour que la charte de la réconciliation nationale soit appliquée sans aucune «discrimination ni partialité». Ils disent: «Nous avons tous le droit à une grâce de votre part, M. le Président».

Pour convaincre, les protestataires rappellent que ces ex-policiers ont tous contribué à la sécurité de l’Etat et à la stabilité de l’institution, permettant ainsi l’organisation de l’élection présidentielle de 1999. Ils ajoutent: « Nous avons également voté pour le projet de la réconciliation nationale».

Une délégation issue des protestataires devait en principe rencontrer le patron de l’UGTA à 10 heures. Mais ce dernier a, selon les concernés, refusé de les recevoir, leur demandant de lui remettre la lettre uniquement. Les protestataires ne semblaient pas désemparés par le geste de Sidi Saïd, car pour eux la solution n’est ni entre les mains du patron de l’UGTA ni même entre les mains de directeur général de la DGSN. «La décision de réintégration est entre les mains de notre président», dira M. Ziari.

Les ex-policiers se sont ensuite rapprochés des représentants de la presse pour exposer leur cas. «On n’a pas été radiés de la police pour avoir commis des crimes, on a été révoqués par nos supérieurs qui jouissaient d’un abus de pouvoir seulement», dira un ex-policier d’Alger. Puis un autre de Saïda enchaîne pour dire: « J’ai trente années de service au sein de la police, j’ai huit enfants à nourrir et je me retrouve sans travail depuis déjà 13 ans parce que je ne m’entendais pas bien avec mon commissaire, qui lui était stagiaire alors que j’étais officier de police». Un autre de la wilaya de Bechar dira qu’il a été radié suite à un différend avec son supérieur: « L’affaire est si banale qu’elle ne mérite pas ma révocation. J’étais parmi les deux premiers volontaires qui ont travaillé dans la brigade antiterroriste à Alger durant la tragédie noire », martèle-t-il. Et d’ajouter: « Nous sommes aujourd’hui marginalisés et sans travail. Aucune institution et aucun établissement étatique ou privé n’a accepté de nous recruter après enquête administrative. C’est fini pour nous, nous sommes fichés et désignés du doigt », explique-t-il avec amertume.

Un agent d’éducation des prisons est venu se mêler à la foule dans l’espoir de trouver de l’écoute. « J’ai dix ans de travail, j’étais titulaire et j’ai été moi aussi révoqué sans raison de mon poste », déclare-t-il. Les ex-fonctionnaires de la police disent être déterminés à se « battre légitimement et pacifiquement » pour faire valoir leur « droit », et ce jusqu’à l’annonce d’une éventuelle réintégration.

Dans le cas contraire, ils prévoient un rassemblement devant la Présidence, pour entamer ensuite une grève de la faim.

M. Aziza

 
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