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LE
RÈGLEMENT DE LA CRISE SÉCURITAIRE
Tout
sur le «plan Bouteflika»
L'Expression,
05 août 2004
Le président compte en finir avec les dossiers en suspens avant
la commémoration du cinquantenaire de la guerre de Libération.
De tous les dossiers en suspens, qui continuent d’empoisonner,
voire d’hypothéquer, le retour en force de notre pays sur
le devant de la scène internationale, demeure, sans conteste,
celui lié au règlement des «disparitions forcées».
Longtemps mis sous le boisseau, objet de tiraillements multiples, suivant
les clans au pouvoir ou se le disputant, ce dossier connaît présentement
un début de solution qui, sans arranger tout le monde, semble être
la voie médiane la mieux indiquée pour la phase actuelle.
Farouk Ksentini, qui compte remettre son rapport au président
dans un peu plus d’un mois, reçoit une centaine de familles
quotidiennement pour leur proposer soit une indemnité de 100 millions
de centimes avec classement du dossier, soit une pension avec poursuite
des recherches. Dans le même temps, et tel que cet avocat l’avait
laissé entendre, le charnier récemment découvert à Larbaâ,
de 16 personnes «au lieu des 15 annoncées», ne serait
que le premier d’une longue série que les autorités
s’apprêteraient à exhumer sur la foi des révélations
faites par des repentis rencontrés par la commission ad hoc. La
tendance actuelle est de faire admettre à l’opinion que
les disparitions, mais aussi les exécutions sommaires, étaient
le fait des groupes terroristes. Ainsi, des sources sécuritaires
vont jusqu’à nous révéler que des charniers
pourraient même être mis au jour dans la redoutable forêt
de Baïnem où le GIA d’Alger emmenait ses victimes entre
1996 et 1998 pour les torturer avant de les exécuter.
Il est vrai, nous dit-on, qu’il ne sera pas facile d’en finir
d’un coup avec les quelque 7000 cas recensés. C’est
pourquoi il s’agira avant tout de donner une impulsion et une orientation
précise à un dossier que Bouteflika, nous dit-on, aurait
classé «prioritaire» dans sa démarche, notamment
celle d’en finir avec la crise sécuritaire. «L’accélération
notable des évènements depuis un peu plus de deux mois
trahit un rééquilibrage dans les rapports de force au sommet
avec, en toile de fond, un tout puissant président, détenant
désormais tous les leviers de commande.» Ce commentaire,
fait par des cercles proches des milieux décisionnels rappellent
que «Bouteflika, qui a longtemps souffert des handicaps liés à son
premier mandat, ne perd pas de temps et donne l’air de profiter
de chaque instant présent».
Il n’est que de se souvenir de quelle manière avait été orchestrée
l’année passée la levée de boucliers concernant
son plan portant réconciliation nationale pour comprendre tout
le chemin parcouru. Le départ du général Mohamed
Lamari, comme l’admettent la plupart des titres de la presse étrangère
consultés hier, répond à cette logique. Il s’agirait,
pour le président, d’écarter les «éradicateurs» les
plus en vue, dont l’ancien chef d’état-major était
une figure de proue principale, afin de ne pas gêner sa démarche,
ni placer ces personnes dans des positions relativement inconfortables.
Partant de ce constat, l’on comprend mieux le revirement d’Ouyahia
qui ne rate plus une seule occasion, lors de ses sorties médiatiques,
pour se déclarer réconciliateur, apportant ainsi son soutien à la
ligne âprement défendue par le président.
A la lumière de ces observations, que confirment des sources proches
de la présidence, citées par des médias étrangers,
il y a fort à parier que d’autres officiers supérieurs
fassent valoir leur droit à la retraite ou soient remplacés
dans un avenir assez proche, probablement à l’occasion du
cinquantenaire de la Révolution.
Ainsi, nos sources soulignent-elles que «même si le président,
comme il le maintient dans son programme, souhaite aller vers une réconciliation
totale, englobant aussi bien les islamistes que la Kabylie, la presse
et les exclus du système, il n’en demeure pas moins que
les terroristes qui en refuseront les termes seront pourchassés
sans trêve jusqu’à ce que cesse toute violence dans
le pays».
Les observateurs, qui avaient peut-être perdu de vue le contenu
du fameux programme gouvernemental, sans doute inspiré par Bouteflika,
savent à présent que le départ du général
Lamari n’est que le prélude à une longue et importante
mutation qui n’épargnera aucun segment important des instances étatiques.
Les observateurs sont unanimes à considérer que Bouteflika,
qui a bénéficié d’un véritable plébiscite
lors de la dernière présidentielle, n’en souhaite
pas moins drainer derrière lui un maximum de partis et de personnalités
qui comptent dans le pays. «Car, en plus de la fameuse alliance
présidentielle, soulignent-ils, au sein de laquelle la crise du
FLN perdure, Bouteflika souhaiterait jouir du soutien de mouvements avant-gardistes à l’instar
du FFS et du PT en matière de réconciliation afin de crédibiliser
sa démarche.» L’on évoque ainsi des rapprochements
dans ce sens, sans qu’il ne soit question pour le moment d’élargir
la coalition gouvernementale. Le président aurait surtout besoin
de soutiens crédibles, efficaces et discrets qui demeurent hors
des circuits décisionnels.
Toujours est-il qu’il faudra s’attendre à de plus
en plus de changements, mais aussi à une plus grande accélération,
laquelle ne s’est même pas calmée, comme c’est
de coutume, en pleine saison caniculaire.
Mohamed ABDOUN
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