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Annaba
L’affluence absente
Par B. Badis, Liberté, 1 octobre 2005
Il ne fait aucun doute que les Annabis ont été les premiers surpris par le taux de participation annoncé par le ministre de l’Intérieur, à savoir 89,49%. L’affluence des grands jours était plutôt absente pour ce rendez-vous électoral. Une certaine indifférence chez les électeurs qui donnaient l’impression de bouder les urnes. Contrairement aux élections précédentes, l’annonce des résultats n’a rien suscité chez les Annabis y compris chez ceux qui ont fait campagne pour le projet de Bouteflika.
MASCARA
Comme une lettre à la poste
Par Rédaction, Liberté, 1 octobre 2005
Faible affluence, présence massive des services de sécurité et absence totale des contrôleurs et autres observateurs, tels sont les faits majeurs qui ont marqué le déroulement du référendum sur la charte pour la paix et la réconciliation nationale dans la wilaya de Mascara et, plus particulièrement, dans les centres situés dans les zones rurales. Ce décor, qui rappel l’ère du parti unique, a mis en confiance les agents réquisitionnés pour la circonstance pour s’adonner à des manœuvres illégales, comme autoriser les hommes à voter en lieu et place de leurs épouses, leurs mères, leurs sœurs ou leurs filles, sans présentation d’une pièce d’identité, encore moins de procuration, comme l’exige le code électoral. Ces pratiques censées être révolues ont refait surface en cette journée du 29 septembre, ouvrant la libre voie aux spéculations et aux rumeurs quant à la régularité de ce scrutin. Dans certains centres, les agents, agissant en toute impunité, n’hésitaient pas à remettre un seul bulletin aux électeurs, le bleu, qu’ils introduisaient eux-mêmes dans l’enveloppe, empêchant les personnes du troisième âge ou les illettrés à passer dans les isoloirs installés à cet effet.
Oran
Plusieurs bureaux désertés
Par B. Ghrissi, Liberté, 1 octobre 2005
La journée du jeudi 29 septembre a été vécue comme un non-événement à Oran où le référendum a débuté, dès 8 heures du matin, dans une certaine morosité.
Aux alentours des 863 bureaux de vote encadrés par 4 730 agents répartis à travers 83 centres de vote, des policiers étaient discrètement postés devant les établissements scolaires où se déroulait le scrutin. La tendance à la désertion des urnes a touché plusieurs bureaux dont certains n’ont pas atteint le nombre de votants inscrits.
À titre d’exemple, le CEM du quartier cossu de Saint-Hubert a enregistré une faible affluence des citoyens où seulement 35% de votants sur les 600 inscrits ont donné leur voix.
Même constat vérifié au CEM du quartier populeux de Boulanger où seulement 202 suffrages sur les 620 ont été exprimés à 19 heures. Partout au centre-ville d’Oran comme dans les quartiers périphériques, la plupart des électeurs (488 575) n’ont pas fait le déplacement aux bureaux de vote. De nombreux citoyens interrogés ont déclaré qu’ils n’étaient pas concernés par le référendum, car ont-ils déclaré, c’est “un plébiscite qui consacre l’impunité des criminels”. Ils ajoutent : “Le référendum nie toutes les exactions commises par les services de sécurité et octroie un large pardon au profit des terroristes.” Fait notable, plusieurs bureaux de vote étaient désertés bien avant 16 heures.
Contantine
Désintéressement des populations les plus touchées
Par Mourad Kezzar, Liberté, 1 octobre 2005
Comme prévu, la population constantinoise a voté, selon les données officielles, massivement pour la paix.
Toujours selon ces mêmes données, confirmées par les représentants locaux de la presse, durant la matinée de jeudi dans la capitale de l’Est, on n’a pas assisté à un assaut des bureaux de vote.
À la clôture des bureaux, le taux de participation est passé, à l’échelle de la wilaya, à 74,12%, soit de plus de 8 points de moins par rapport à la moyenne nationale.
À Ibn Ziad, le taux de clôture était de 92,97%, alors qu’à Beni Hmidène, il fut de 76,29%. Le taux le plus bas, toujours à la clôture selon les chiffres officiels, est celui enregistré dans la commune sensible de Zighoud-Youcef, 46,73%.
Comme attendu, le oui l’a emporté avec un taux de 93,23%, mais ce chiffre reste entaché par le désintéressement des populations les plus touchées par la crise, soit celles de Zighoud-Youcef et de Beni Hmidène ou encore de certains quartiers comme celui d’El Guemmas.
Il reste aussi entaché par l’absence d’une véritable campagne autour du texte soumis à référendum avec le musellement des partisans aussi bien du boycott, à travers le harcèlement des militants locaux du MDS, mais aussi et surtout des familles des disparus qui sont pourtant un élément de cette crise.
GHARDAïA
Les Ghardaouis ont voté le soir
Par AHMED B. MOHAMED, Liberté, 1 octobre 2005
Comparativement aux précédents scrutins, les bureaux de vote pour le référendum du projet de charte pour la paix et la réconciliation à travers la wilaya de Ghardaïa n’ont pas connu la bousculade escomptée et ce, malgré la large campagne d’explication engagée depuis la convocation du corps électoral. D’abord, cette journée a été marquée par la douleur notamment au chef-lieu de la wilaya qui a enregistré la veille au soir de fortes chutes de pluie à la suite desquelles un homme a trouvé la mort à Beni Izguène par électrocution. Le nombre d’électeurs évalué à 41 362 (24,44%) qui ont accompli leur devoir avant 11 heures du matin a donné quelque peu des frissons aux autorités locales qui craignaient un taux élevé d’absentéistes compte tenu du nombre d’inscrits estimé à 169 234. Des membres du bureau local du FFS ont, en dépit de la présence du service d’ordre au niveau des bureaux de vote, distribué des tracts rejetant le scrutin et ont tenté également de dissuader des électeurs de certains quartiers mozabites de ne pas voter. Dans l’après-midi le taux de participations a enregistré une évolution au grand bonheur de l’administration locale qui a avancé à 18 heurs le taux de 79,56%. Cet encouragement a incité les responsables locaux à reporter d’une heure la clôture des bureaux de vote situés dans les quatre communes de la vallée, à savoir El Atteuf, Bounoura, Ghardaïa et Daya Ben Dahoua. Ainsi, à la fin du scrutin, le taux de 94,35% a été enregistré représentant 159 678 votants sur les 169 234 inscrits. Un chiffre record si l’on en juge par rapport aux précédents scrutins.
Sidi-RaÏs n’a pas oublié la nuit du 27 septembre 1997
“Pas de pardon, pas de vote”
Par N. Sebti, Liberté, 1 octobre 2005
Les habitants de Raïs ont boudé le rendez-vous avec les urnes car ils ne veulent pas pardonner.
Un bas-relief en pierre, sorte de mater dolorosa, figurant une femme éplorée qui serre contre elle sa fille. Juste au-dessus, une plaque en marbre à hauteur d’homme, sommairement scellée au mur d’enceinte de l’école primaire de Raïs.
À gauche du portail d’entrée, vingt-quatre noms y sont gravés en deux colonnes. Salim, Lyès, Amal, Oussama, Dhaouiya… Des élèves de l’école fauchés lors de cette nuit d’horreur du 27 au 28 septembre 1997 où des centaines d’habitants sont passés au fil de l’épée. Redouan B., 35 ans, mais il en paraît davantage, a perdu son fils pendant l’attaque du GIA. Il fait partie de ces quelques personnes venues voter. Mais pour dire non “à la charte”. “J’ai voté contre cette charte, car je ne pardonnerai jamais, jamais à ceux qui ont tué Anis, qui devait fêter cette année ses 15 ans.” Le sentiment de Redouan est largement partagé par les habitants de Raïs qui ont boudé le rendez-vous avec les urnes. Jeudi à 13h, le taux de participation ne dépasse guère 5%. De l’aveu même du chef du centre qui joue à fond la transparence. “comme vous pouvez le constater, il n’y a pas beaucoup de monde pour le moment”, se désole-t-il en tablant sur une plus grande affluence dans l’après-midi. À l’heure de notre passage, on a pu observer plus de membres des forces de sécurité et de journalistes qui passent dans les bureaux. À quelques jets de pierre, T’rik H’sin, la rue de part et d’autre de laquelle le massacre a été perpétré en septembre 1997, de triste mémoire. Entre-temps, d’autres habitations ont poussé, les maisons attaquées reconstruites grâce aux aides de l’État, les vergers ont repoussé. Mais le souvenir de la nuit d’horreur est là dans l’esprit et les cœurs qui ne veulent pas se résoudre à l’amnistie, encore moins à l’oubli. Sur les ruines d’une maison, un groupe de citoyens devisent. “Jamais au grand jamais”, tranche Mohamed G., en réponse à la question de savoir si ses camarades et lui avaient accompli leur “devoir citoyen”. Il ne supporte pas de voir les terroristes et leurs familles bénéficier de tant de sollicitude de la part de l’État. “J’étais un des premiers à prendre les armes ici, j’ai travaillé comme garde communal de 1994 à 1998, j’ai sauvé plusieurs vies, j’ai même tué un “émir” et aujourd’hui je me retrouve presque à zéro”, regrette-t-il en avouant qu’il travaille actuellement comme menuisier pour faire vivre ses trois enfants. La réconciliation, ce n’est pas le “truc” de Mohamed qui ne cache pas son inquiétude de se voir “éliminé” par les repentis qui bombent le torse dans la ville.
Seule perspective pour lui : mettre les bouts. “Aidez-moi à obtenir un visa pour les USA où le Canada”, demande-t-il sur un ton badin à une journaliste américaine qui l’interroge. Ferhat S., qui est toute ouie, interrompt brusquement la conversation pour une invitation chez lui.
Sa maison détruite à coups de bombes lors de l’attaque est aujourd’hui reconstruite avec même des extensions. Il reconnaît que les autorités l’ont aidé. son épouse, ses quatre enfants, dont un handicapé moteur, et lui perçoivent des pensions mensuelles. Des “privilèges” qui ne lui font rien oublier. Il exhibe des photos de sa maison au lendemain du massacre. On y voit des trous béants sur les murs de la chambre des enfants, des objets pêle-mêle. Mais aucun des membres de sa famille n’a été touché. “J’ai pu les sauver à travers le jardin pendant que les terroristes forçaient la porte”, se souvient-il avec émotion. Sa femme est plus radicale : “Je n’ai pas voté, car ils m’ont blessée au thorax pendant l’attaque.”
Le même état d’esprit et les mêmes angoisses chez les habitants de Raïs, dont la plupart ont préféré tourner le dos aux “urnes de la trahison” pour se rendre au cimetière où sont enterrées les victimes du massacre. “On est venu ici pour leur dire (aux victimes) que nous n’avons pas oublié et que nous ne pouvions pardonner à leur place. Il n’y a que Dieu qui peut pardonner”, assure Amina S., orpheline de mère, de grand-mère et de trois frères. “Je n’avais à l’époque que 9 ans mais je me souviens encore”, s’efforce-t-elle d’articuler avant qu’un sanglot ne lui étrangle la voix.
Un jour de vote à Had Chekala et Aïn Tarik
“Que la paix mette fin à notre misère !”
Par Hamid Saïdani, Liberté, 1 octobre 2005
Dans ces localités de l’Algérie profonde, nichées au fin fond des monts de l’Ouarsenis, l’hostilité de la nature est venue se greffer au dénuement total de la population.
“J’ai décidé d’aller voter en faveur de la charte pour que le martyre que nous avons vécu ne se reproduise plus. Même si nous ne pouvons pas oublier ce qui s’est passé, ma famille et moi avons décidé de voter oui pour l’intérêt du pays. Nous soutenons l’initiative du Président, mais c’est après le 29 que nous verrons si l’État tient ou pas ses promesses.” Cette réflexion est de Tayeb Bounouara, un jeune que nous avons rencontré ce jeudi à Aïn Tarik, et dont le père avait été torturé à mort par les groupes terroristes islamistes en 1995 avant d’être découpé en morceaux et brûlé dans un fût.
Ces propos mettent en exergue un enchevêtrement de sentiments les plus contradictoires. De la détresse à l’espoir, ils résument à eux seuls l’état d’esprit de beaucoup de membres des familles victimes du terrorisme que nous avons croisés à Aïn Tarik et Had Chekala, deux localités nichées dans les fins fonds des contreforts de l’Ouarsenis, qui malgré tout ne veulent pas oublier. Mais comment justement oublier ces nuits glaciales de l’hiver 1997 lorsque des troupes du GIA, venues d’un autre âge, avaient pris d’assaut des villages entiers ravageant tout sur leur passage et exterminant les habitants ! Autant l’horreur et la terreur, imposées par ces hordes, font aujourd’hui partie du passé, autant le souvenir du supplice est encore vivace.
Ce jeudi, et comme si un quelconque mot d’ordre avait été distillé, les membres de ces familles touchées dans leur chair ont préféré répondre favorablement à l’initiative de Bouteflika. “Ma famille et moi et beaucoup de gens ici traînons encore les séquelles du diktat et de la terreur que faisaient régner sur les populations les groupes armés islamistes. Si aujourd’hui nous avons décidé de voter en faveur de la réconciliation nationale, c’est parce que l’espoir de renouer définitivement avec la paix est revenu”. Pour Tayeb, “les familles victimes du terrorisme ont voulu donner l’exemple en allant voter oui”. Ce même sentiment, toutefois légèrement nuancé, on le retrouve également chez les Patriotes de la région.
Ceux-ci ne s’attardent pas sur les douloureux évènements vécus. Ils préfèrent parler de l’avenir. “Demandez à Bouteflika de se rappeler de nous et de nous ouvrir un peu les vannes”, plaisante l’un d’entre eux qui nous prie de garder l’anonymat. On ne sait jamais. Ici l’État, c’est comme Dieu. On n’a pas le droit de le critiquer. Son concitoyen décide d’adopter un ton beaucoup plus sérieux. “Nous applaudissons la réconciliation dans l’espoir que la paix revienne et pour qu’on puisse améliorer nos conditions de vie. Ici, comme vous voyez, c’est la misère totale. Ce que nous voulons c’est que l’État se tourne un peu vers nous. La moitié de la population mendie et on veut que cela cesse”, explique-t-il.
À Had Chekala, cette localité de l’Algérie profonde, l’hostilité de la nature est venue se greffer au dénuement de la population. Pour gagner ce bourg, la route bifurque et quitte la route nationale par Oued-Rhiou pour s’enfoncer en direction des monts de l’Ouarsenis. Mais, à mesure que nous avançons, c’est un paysage lunaire, haché, usé par le temps qui nous accueille. Ici, les hommes avaient déjà appris à survivre sur cette terre austère avant qu’ils n’affrontent les descentes des groupes armés. Seuls quelques lopins échappent à l’érosion. Ils assurent une subsistance à la population, ou plutôt ce qu’il en reste.
À l’entrée du village, une banderole est accrochée à un abribus : “Oui pour la paix et la réconciliation.” Tout autour des affiches reprennent les slogans du référendum. Les quelques personnes qui attendent sur place un hypothétique moyen de locomotion n’y prêtent pas attention. Un peu plus loin, quelques villageois, sans trop d’enthousiasme, pressent le pas pour rejoindre l’école aménagée pour la circonstance en centre de vote.
À 9h du matin, c’est-à-dire une heure après l’ouverture des bureaux de vote, la participation avait déjà atteint plus de 35% dans le bureau réservé aux hommes et 11% dans celui des femmes. Une heure plus tard, la participation chez les hommes est de 45%, alors que celle des femmes n’est que de 20%. Un phénomène tout à fait normal dans ces localités rurales où traditionnellement la femme n’arrive pas à s’émanciper des comportements et réflexes rétrogrades. Mais, pour le chef de centre l’explication est ailleurs. “Chez nous, les femmes votent l’après-midi”, tente-t-il de nous rassurer. Le président d’APC, M. Bouderbala, essaye pour sa part de mettre l’accent sur le taux de participation enregistré dans la commune.
À 11h, il était déjà de 36,22%. Le taux le plus élevé a été atteint au centre de Boughaidene, un village qui a accueilli des dizaines de familles rescapées des massacres collectifs de 1997. “C’est très encourageant”, estime-t-il. Comme si la bataille de la paix était déjà gagnée, il relève que “le plus important maintenant, c’est le développement de la commune à travers les différents programmes qui seront mis en œuvre et qui vont, notamment permettre de relancer l’habitat rural et l’agriculture”. Ayant fui leurs maisons après les descentes meurtrières des troupes du GIA, certaines de ces familles, traumatisées par ce qu’elles ont vécu, ne veulent plus retourner chez elles. “ça nous arrive de remonter dans la journée là-haut pour travailler la terre, mais il n’est pas question d’y retourner définitivement. Nous n’avons absolument rien”, explique Abdelkader. “L’occasion nous est offerte pour réaliser la paix grâce à la charte de Bouteflika, alors nous avons accompli notre devoir”, ajoute-t-il, comme pour justifier son choix d’avoir voté en faveur du texte. Visiblement échaudés par les années rouges du terrorisme intégriste, les citoyens de Had Chekala et Aïn Tarik que nous avons rencontrés ne parlent que de paix. “Si je n’ai rien à me mettre sous la dent, je mangerai la terre. L’essentiel c’est qu’il n’y aura personne qui viendra me narguer ou me faire du mal. Peut-être qu’avec ce référendum, les cœurs vont se purifier et que la misère s’atténuerait”, lâche Boumediene Boussedra, un des Patriotes de la première heure, lui qui a combattu les éléments les plus sanguinaires d’El-Ahoual, comme pour clore ce débat sur la charte de Bouteflika.
Alger by vote
29/9, de Poirson à Oued Ouchayeh…
Par Mustapha Benfodil, Liberté, 1 octobre 2005
De Hydra à Bachjarrah et d’El-Mouradia à Djenane-Mabrouk, le vote algérois aura été plutôt timide, plus proche de l’isolement que de l’isoloir, n’en déplaise aux 70% folkloriques du JT. Les partisans du “non” se sont retrouvés symboliquement autour de Belkaïd comme on se recueille sur la tombe de la démocratie…
Sept heures quarante. El-Biar. Chemin Poirson. Quartier tchtchi. Attroupement matinal de reporters devant l’école Bachir-Ibrahimi, là où doit voter le président Bouteflika. Il faut pointer tôt pour “louer” une bonne place et pouvoir shooter allègrement le Raïs en train de glisser son Oui dans l’urne. Les agents de la DSPP quadrillent méthodiquement le secteur. Les journalistes trépignent d’impatience. Même s’ils sont une bonne meute, ce n’est pas le rush de la presse internationale. Les médias étrangers préfèrent sillonner le pays profond, à l’instar de Florence Beaugé du Monde partie sonder la Mitidja. 9h46. Emboîtant le pas à ses frères Mustapha et Abderrahim venus voter peu avant, le boss arrive enfin. Sourire béat. Bouteflika pose en toute aise devant les caméras et les photographes, un exercice qu’il connaît bien. Il temporise avant de glisser son bulletin dans la fente. 9h49. Fin de la cérémonie de vote présidentielle. Pas de déclaration à la presse si ce n’est un laconique “sawattou bi naâma”.
10h25. Cimetière d’El-Alia où se tient une cérémonie de recueillement à la mémoire de Aboubakr Belkaïd. Ici, on retrouve toute la “diaspora” du Non. Plusieurs personnalités ont fait le déplacement pour témoigner leur sympathie à Mme Belkaïd et ses enfants : Ali Haroun, Ali Hocine, secrétaire général du MDS, le général à la retraite Mohamed Touati, l’ancien DG de l’Anep, Abdelkader Khomri, Mme Flici, présidente de l’ANFVT, Djamil Benrabah, président de l’ONVTAD, Abrous Outoudert, ancien directeur de Liberté, Mohamed-Ali Allalou, de passage à Alger, et plusieurs autres figures médiatiques. “J’ai accompli mon vote réel. Je vais de ce pas accomplir le vote fictif”, lance, caustique, un visiteur. “Les peoples se retrouvent toujours dans les cimetières”, lâche Allalou. Les “démocrates résiduels” ont ainsi choisi la paix des cimetières. Le carré des “irréductibles” se retrouve au Carré des Martyrs. Tout une symbolique. Un peu comme si les partisans du “non” venaient se recueillir sur la tombe de la démocratie.
13h. école Maâmmar-Kherrour. Bachdjarrah. Faible affluence sur le centre de vote. Même ceux qui y travaillent n’y croient pas comme cet assesseur qui s’enflamme : “Moi, voter ? Jamais de la vie ! C’est du khorti tout ça ! Il faut qu’ils disent d’abord la vérité au peuple. Lazem iqarrou wech sar !” Un homme vient voter avec sa petite fille. Il ne sait pas trop quoi mettre dans l’enveloppe. De fait, certains votants analphabètes distinguent mal le non du oui. Le blanc du bleu. Le gris est leur couleur habituelle. “J’ai 51 ans, j’ai deux enfants. Je n’ai pas de travail. Qu’on nous donne du travail !” réclame-t-il.
Un sapeur-pompier mobilisé dans le même centre a le cœur gros. Lui non plus n’a pas voté: “Rana karhine ! Rani âyech bel cachiate, je tiens debout en me droguant. Je suis sous traitement. Je suis dépressif”, confie ce jeune de 33 ans. “Je suis à l’unité d’El-Harrach. Rien que cette semaine, nous avons eu trois tentatives de suicide. Il y a trois jours, un jeune s’est jeté à oued El-Harrach. Il faut voir ce qu’endurent les jeunes. Les agressions sont légion. Dernièrement, un type encagoulé a accosté un pauvre bougre du côté de La Glacière et lui a pris 400 DA. Pris de remords, il lui en a rendu 200 en lui disant : “Je ne suis pas un voleur. Je fais ça pour nourrir mes enfants.” Echaâb krah. Le peuple en a marre. Bezzef hogra ! Comment voulez-vous que les gens votent au milieu de toute cette misère?”
Les bureaux de vote sont clairsemés. Peu de mobilisation. Pas d’enthousiasme. Les marchés populaires sont de loin plus animés comme ce souk de Bachdjarrah. Visite d’un centre de vote à La Glacière. L’établissement Mohamed-Saoudi, un centre réservé aux hommes, était quasiment fantomatique à notre passage vers 13h30. “Les gens d’ici, c’est des Mexicains. Ils aiment faire la sieste. Mais en fin de journée, ça va être la bousculade”, déclare le chef de centre. à l’école Chérif-Zouabi, un établissement mitoyen, réservé aux femmes, il y a plus d’ambiance. Procession de femmes en foulard. Pour elles, c’est presque un jour de fête. Une mère de famille nous exhibe la photo de son fils assassiné ; photographie qui ne la quitte jamais. Il a été tué le 16 novembre 1994 à Bachdjarrah. “Il passait son service militaire. Il était venu en permission. Ils lui ont coupé la tête”, pleure la mère. Toutefois, il y a de la place pour le pardon dans son cœur. Elle réclame juste un logement décent. “Yak haq dem ouladi !” s’écrie-t-elle. Une autre femme, 61 ans, éclate en sanglots dès que nous l’approchons. “On demande errahma, el h’na, la paix. Ce sont tous nos enfants. Le policier est notre fils, le médecin est notre fils et le terroriste est notre fils”, proclame-t-elle. Son témoignage est poignant : “Chbaâna khlayaâ, nous avons eu notre dose de peur et de frayeur. Je suis hypertendue, j’ai le diabète, mes enfants n’ont pas de logement, pas d’avenir. Je suis mère d’anciens détenus (oum mouâtaqline). Mon fils a été interné à Reggane, à oued Namous. Il est traumatisé, mouessouess. Tu le touches, il explose. Il a passé quatre ans à Reggane. Il est choqué par ces années de détention. Nous avons souffert le martyre. Nous vivions sous une chape de peur permanente. Ni tu ne peux parler, ni tu ne peux respirer. On ne pouvait même pas traverser la cour de la maison pour aller aux toilettes la nuit. Nous voulons la paix. Nous voulons être libres !”
Bachdjarrah. Bourouba. Cité de la Montagne. Leveilley. Oued-Ouchayeh. Aïn Naâdja. Semmar. Des quartiers réputés chauds, aujourd’hui livrés à une grande misère comme ces “favelas” qui encombrent le regard à hauteur du tunnel de oued Ouchayeh. Incursion au cœur de ces “favelas”. Un drapeau irakien barré de l’inscription Allah Akbar flotte dans l’air. Des tonnes de détritus en contrebas d’immeubles neufs, des bâtiments de façade disent les riverains, pour cacher la misère du lit de l’oued. Ici, pas d’affiche, pas de campagne, pas de référendum, rien. Un habitant du quartier, 49 ans, tôlier de son état, fulmine : “Moi, je n’ai pas voté. J’ai un frère qui a été tué en 1993. Il était policier. Si j’attrape celui qui lui a fait ça, je ne le lâcherai pas, vous pouvez compter sur moi ! Que nous a apporté le wiam ? Les votes se succèdent et notre état se détériore de jour en jour. Du temps du terrorisme, on était pris dans l’étau entre ceux-ci et ceux-là. Les impacts des rafales de balles brodent encore nos murs. Aujourd’hui encore, quand tu dis oued Ouchayeh, on te dit : ababababa !… Pourtant, ceux qui tuaient n’étaient pas du quartier. Nous n’avons jamais vu la gueule du maire. Nous sommes largués. Bouteflika taâhoum machi taâna !”
20h. La nuit tombe sur Alger. La bousculade annoncée n’a pas eu lieu. Fade mobilisation. Nous sommes cette fois à Bab El-Oued. Fermeture des bureaux de vote. C’est l’heure du dépouillement. Ça se passe à huis clos. Nous ne sommes pas autorisés à assister à l’opération à l’école Malek-Ben-Rabia. Un Oui géant en lumière se dessine sur un “climatiseur géant” : l’hôtel El-Aurassi. Déferlante de bulletins bleus sur Alger. Tsunami de Oui. 70% de taux de participation dans une Alger fictive que seul Zerhouni a vu. La fraude aidera-t-elle l’Algérie à raccorder ses violences ? “Mazal kayen l’espoir”, aurait chanté Hasni…
Bouira
Les urnes incendiées
Par A. Debbache, Liberté, 1 octobre 2005
Neuf centres de vote ont été saccagés par la population berbérophone en signe de rejet du projet de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. La majorité écrasante des électeurs de ces communes ont boudé les urnes. El-Esnam s’est illustrée par le saccage des urnes des quatre centres de vote que compte la commune. Dès l’ouverture des bureaux, les jeunes les ont investis. Ils ont pris les urnes à l’extérieur du centre de vote avant de les détruire. Les bulletins de vote ont été jetés sur le trottoir.
Les délégués de cette commune sont des dialoguistes. À 10h30, des émeutiers ont enflammé des pneus sur la route nationale reliant Bouira à Béjaïa. La circulation, moins dense que d’habitude, a été perturbée pendant une demi-heure.
Sur les lieux, les jeunes ont exprimé leur désapprobation et leur frustration face à la déclaration de la non-officialisation de tamazight par le Président à Constantine. Revendication considérée comme pilier de la plate-forme d’El-Kseur. Taourirt, à l’instar des autres localités, a vécu la même situation. Deux centres de vote ont été fermés aux électeurs et les urnes détruites.
À Chorfa, si les urnes n’ont pas été détruites, le centre de vote a été assiégé par les délégués non dialoguistes par plus d’une trentaine de jeunes, qui ont mis des pneus enflammés à l’entrée. À l’intérieur des bureaux de vote, il y avait plus d’encadreurs que d’électeurs. Dans l’histoire des référendums, jamais la population n’a boudé les urnes autant que cette fois-ci. À Bechloul où la consigne du libre choix du citoyen a été respectée, celui-ci a répondu par non.
Au niveau d’Ahnif, à l’entrée du centre de vote du chef-lieu de la commune, des restes de pneus brûlés le matin en signe de désapprobation. À l’intérieur, quelques rares personnes âgées. M’chedallah, région connue pour son engagement dans le combat amazigh, n’a pas voté massivement comme lors des grands événement. Ce constat est valable pour les autres communes telles Haïzer, Saharidj, Taghzout, Ait-Laâziz, Ahl-El Ksar et Ouled-Rached.
Au chef-lieu de la wilaya, si l’engouement a été enregistré au niveau du centre Guendaz dont les électeurs sont connus pour la plupart de la mouvance islamique, ceux du centre-ville n’ont pas connu la même affluence.
D’ailleurs, la municipalité avait appelé à l’aide de mégaphone la population à se rendre massivement aux urnes. Les autres régions du nord et de l’ouest de la wilaya ont connu une grande participation.
…et urnes absentes à Aghbalou
Par Slimane Allouche, Liberté, 1 octobre 2005
Contrairement à ces localités où les archs ont récidivé, jeudi dernier, avec la destruction des urnes et des documents électoraux, la population d’Agbalou, à l’extrême est de la wilaya, a noté l’absence des urnes dans les bureaux de vote. Ce qui a laissé supposer qu’elles avaient été détruites pendant leur acheminement.
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