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UNE
EMBELLIE SÉCURITAIRE QUI NE VIENT PAS...
Les
néo-trêvistes de la «deuxième concorde» L'Expression,
22 juillet 2004
«Lutter contre les groupes armés comme si la concorde civile
n’existait pas.»
«
Je n’aime pas beaucoup ce qualificatif de ‘‘reddition’’,
dites plutôt que c’est là une nouvelle démarche
pour emmener le maximum de nos frères qui sont encore au maquis à déposer
les armes et bénéficier des dispositions de la réconciliation
nationale. Les contacts avec nos frères n’ont jamais cessé,
et ce sont ceux-là mêmes qui ont soutenu le président
de la République, le 8 avril, qui sont aux avant-postes des négociations
avec les groupes armés pour les convaincre de regagner leurs familles
et leur vie d’avant le début des hostilités.»
Madani Mezrag qui tenait ce discours, il y a quelques semaines, semble
bien embarrassé aujourd’hui : «Nous n’avons
pas compris pourquoi le pouvoir continue à donner une interprétation
erronée à la concorde civile, qui est, en fait, une option
de paix, choisie et plébiscitée par tout un peuple (plus
de 90% lors du référendum de 1999). Les autorités
continuent à donner des calmants et des drogues douces à un
problème politique qui a commencé, il y a une douzaine
d’années, par la répression, la violence d’Etat
et la confiscation des libertés et des choix populaires. Nous
ne sommes pas partisans d’un retour en arrière, mais il
y a des mesures politiques et légales qui devaient être
prises afin d’emmener le maximum de combattants à déposer
les armes, et qui ne l’ont pas été. Le pouvoir continue,
de manière tout à fait étrange, voire suspecte, à pervertir
les vérités, ignorer les réalités et adopter
des stratégies de défense ou de fuite en avant. On commence à nous
poser la question de savoir si le pouvoir veut réellement aller
vers une réconciliation réelle ou bien alors tente-t-il
uniquement de gagner du temps et de se poser comme le champion d’une
politique pacifique qui n’en est pas une.» Celui qui tient
ce discours est pourtant l’un des plus farouches partisans d’une «solution
négociée», au point de soulever contre lui l’hostilité de
ses pairs islamistes. Madani Mezrag, qui est une pièce maîtresse
de la trêve ANP-AIS décrétée en octobre 1997
et qui continue à ce jour à jouer son rôle d’incitateur
des groupes armés disséminés dans les maquis de
l’Est à déposer les armes, paraît en cet été 2004,
bien indécis.
En fait, il n’y a aucune politique suivie jusque-là et qui
invite à voir clair.
Les redditions enregistrées depuis la réélection
du président de la République, le 8 avril dernier, sont
en vérité très en deçà du tapage médiatique
maintenu pendant plus de deux mois. Il semble que les redditions, annoncées
en grande pompe, «dépassant les 300» «avoisinant
les 800», ou qui sont le signe d’une «fin imminente
des hostilités», voire même de «la victoire
de la politique de concorde», n’ont été qu’un
clin d’oeil fait par une partie de l’armée à l’endroit
du président de la République.
Car ne perdons pas de vue que la campagne électorale a été couverte
par les rumeurs tenaces, et qui ont été confirmées,
par la suite, que «l’aile éradicatrice de l’ANP
n’envisageait pas de cohabiter cinq autres années avec Abdelaziz
Bouteflika».
«Les autorités continuent à donner des calmants
et des drogues douces à un probléme politiques»
C’est d’ailleurs cette même rumeur qui a pris à contre-pied
nombre de centres de décision, qui, de fait, se sont ralliés à la
candidature d’Ali Benflis, le secrétaire général
du FLN et l’ancien dauphin du président de 1999 à 2003.
Les annonces, chaque jour que Dieu faisait, de redditions en nombre impressionnant, étaient
alimentées par le souci de cette aile militaire de se remettre
dans le giron présidentiel, car entre-temps, Bouteflika avait
raflé la mise, écrasé tout sur son passage et fait
taire ses plus farouches opposants. La présence du chef d’état-major
de l’armée au premier rang des officiels venus assister à la
- seconde - prestation de serment du président, signifiait en
même temps une allégeance sans faille et une nouvelle donne
dans l’appréciation de l’hégémonie et
des rapports de force entre la présidence et l’état-major
de l’armée.
De fait, on pouvait saisir au vol les nouveaux messages envo-yés
au président de la République et qui reflètent clairement
l’image des nouvelles dispositions de l’armée entière
et son action à mener les derniers irréductibles à déposer
les armes. Les correspondants locaux étaient abreuvés de
ce genre d’informations par des «responsables sécuritaires» et, à leur
tour, encombraient les fax de leurs rédactions centrales d’écrits
portant sur les nouvelles redditions: 120 terroristes par-ci, 190 par-là déposaient «virtuellement» les
armes. Chlef, Jijel, Skikda, Annaba, Bouira, Tizi Ouzou et Béjaïa étaient
les nouvelles capitales de la reddition. La «une» des médias était
très souvent consacrée à ces redditions et la presse
internationale s’intéressait - de nouveau - aux nouveaux élus
de la seconde concorde civile (la première eut réellement
lieu et toucha près de 2000 islamistes armés de l’AIS,
du GIA et de la Lidd stationnés à Jijel, Larbaâ,
Médéa et Chlef).
La très sérieuse chaîne de télévision
qatariote Al Jazira annonça la reddition de 800 islamistes, le
quotidien londonien Asharq Al Awsat daté du 23 avril annonça:
«
300 terroristes portent le drapeau blanc de la reddition», et les
correspondants locaux voyaient dans chaque montagne «un camp de
repentis» et décrivaient avec force détails, la «descente
des maquis» des dizaines de terroristes du Gspc avec femmes, enfants,
armes et bagages.
Lorsque l’état-major de l’ANP voit que les choses
sont allées très loin et que la nouvelle vague de repentis
commença à ressembler à l’ancienne vague d’actions
psychologiques, pas très crédibles, il mit fin à la
rumeur en diffusant par le biais de la très officielle APS un
communiqué qui dément toute négociation entre l’armée
et les groupes armés.
En fait, des redditions, il y en a eu, mais le nombre réduit interdit
d’en faire grand tapage. En plus, des actions pareilles ont toujours
eu lieu et n’ont jamais cessé et étaient menées
par les familles des terroristes auxquelles les militaires accordaient
des facilités de se déplacer dans les zones surveillées
et de pouvoir contacter leurs enfants au maquis. Tous
les chefes islamistes qui onts souscrit à la tréve
et porté à bras-le-corps la concorde civiles, affichent
aujourd´hui leur déception
A Jijel, il y a en plus une vingtaine de repentis, confirmés par
des chefs islamistes de la région et par des officiers militaires.
A Bouira, il y a eu entre sept et dix au plus.
A Sétif, Annaba, Bordj Bou Arréridj et Tizi Ouzou, le nombre
total n’a pas excédé la cinquantaine, de plus il
s’agissait d’hommes isolés de leur direction, de petits
groupes réduits et délabrés, de recrues nouvelles
et fatiguées par la vie des maquis, exceptionnellement d’éléments
aguerris ou anciens du Groupe salafiste pour la prédication et
le combat.
Un officier de la 5e Région militaire, dont dépend principalement
la lutte contre-insurrectionnelle dans la région où le
Gspc reste très actif, résume bien la situation: «En
fait, nous continuons à combattre les groupes armés comme
si la concorde civile n’existait pas, alors que de l’autre
côté, les politiques mènent les négociations
et tiennent des propos comme si la lutte antiterroriste n’existait
pas.»
Voilà, en termes clairs, l’ambiguïté de la concorde
civile, et voilà pourquoi lorsque le président de la République
parle d’aller vers une réconciliation nationale, tout le
monde reste sur ses gardes. En vérité, il n’y a personne
en Algérie, pas même le président de la République
lui-même, qui puisse dire avec précision ce que c’est
la concorde civile, tant les intérêts et les enjeux restent à la
démesure des motifs qui l’ont accompagnée et des
causes qui ont été à la source de l’insurrection.
Tous les chefs islamistes, qui ont souscrit à la trêve et
porté à bras-le-corps la concorde civile, affichent aujourd’hui
leur déception. Ali Benhadjar, ancien chef de la Ligue islamique
pour la daâwa et le djihad (Lidd), se lamentait récemment,
lors d’une entrevue que nous avons eue avec lui à Médéa,
des «freins» affichés depuis quelque temps. «On
a l’impression que le pouvoir ne veut pas, on ne peut pas faire
plus avec les islamistes. Toutes les promesses faites par lui sont restées
au stade initial et les doléances formulées par les trévistes
en 1997 et en 1999 restent en souffrance.» Pour Abdelkader Boukhamkham,
les choses sont autrement plus suspectes: «Les choses ont avancé,
puis ont reculé. En fait de concorde avec les islamistes nous
avons connu des restrictions draconiennes des libertés. Les clans
qui se neutralisent au sein du pouvoir empêchent toute avancée
sur ce plan-là, et j’en arrive à sourire lorsqu’on
parle devant moi de concorde civile. Il faut repartir à zéro.» Sur
le terrain, on continue à tuer au gré des embuscades, des
faux barrages et des ratissages. Près de 80 membres des forces
de sécurité ont été assassinés par
le Gspc depuis le début de l’année, et plus de 100
islamistes armés ont été tués par l’armée
durant la même période.
Le grand coup a été réussi le 18 juin avec la mort
de Nabil Sahraoui, le chef du Gspc, et six de ses proches collaborateurs.
Action spectaculaire à laquelle a répondu en écho
l’attentat très médiatique du Gspc en plein Alger
contre la centrale électrique d’El Hamma.
Depuis, nous assistons à un rigoureux maillage sécuritaire
de toutes les artères de la capitale dans une tentative de mettre
en échec la stratégie du Gspc de porter le danger dans
cette grande caisse de résonance qu’est Alger.
De notre envoyé spécial à Jijel Fayçal Oukaci
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