Le MSP : « La concorde nationale doit être élargie »


Le Matin, 11 mai 2004

Il serait simpliste de limiter la politique de concorde nationale au traitement de la question sécuritaire, a déclaré le président du MSP. Lors d'une conférence de presse sanctionnant hier la réunion des élus et sénateurs du parti, Bouguerra Soltani a estimé que la concorde nationale doit être élargie à tous les domaines sociaux et économiques. Autrement, elle ne serait qu'une réédition de la loi sur la concorde civile de 1999, une loi « qui n'a pas réglé tous les problèmes », soulignera-t-il. Il n'en dira pas plus, laissant entrevoir que le projet demeure bien vague pour le parti dont c'est pourtant l'essentiel du programme.
Pour autant, Bouguerra Soltani affirme que le MSP compte bien apporter sa contribution au programme du gouvernement, à l'ordre du jour du prochain Conseil des ministres. C'est d'ailleurs sur l'ébauche du plan présidentiel que les représentants parlementaires du mouvement dans les deux chambres ont planché deux jours durant. Le président du parti donnera ainsi les grandes orientations du quinquennat du palais d'El Mouradia. Au premier plan, indique le conférencier, se trouve la concorde nationale, « préoccupation centrale de tous ceux qui aspirent à la paix et au progrès ». Il soutient qu'elle est devenue une « nécessité pour tous ». Ce premier point apparaîtra d'ailleurs comme le seul qui ait retenu l'attention du parti parmi ceux contenus dans le document qui lui a été soumis. Bougerra Soltani montrera son attachement à cet axe important pour le courant islamiste en énumérant toutes les fois où il a été évoqué : dans le programme du Président, dans son discours d'investiture, devant le premier Conseil des ministres et, bien sûr, dans le pacte qui a scellé l'alliance présidentielle.
Ce serait autant de preuves de la volonté d'Abdelaziz Bouteflika de tenir sa promesse et de justifier, devant la base du MSP, le soutien de celui-ci à sa candidature. Bouguerra Soltani restera tout aussi vague à propos des autres chapitres du projet de programme gouvernemental. Il y serait question de plans de développements socioéconomiques et de réhabilitation de l'image de l'Etat algérien sur la scène internationale.
Le programme devra être discuté plus en détails entre les membres de l'alliance présidentielle. Leurs représentants du RND, du mouvement des redresseurs et du MSP se réuniront avant la fin de la semaine, apprend le président de ce dernier.
K. D.

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Le MSP et le programme de l’exécutif
Au nom de la réconciliation…

Par Karim Kebir , Liberté, 11 mai 2004


Abou Djerra Soltani, s’est fait le chantre d’une politique “globale”, incluant dans la réconciliation “des volets culturels, sociaux, et même la Kabylie”.
Elle est applaudie par les uns et suscite des appréhensions chez les autres : la réconciliation nationale, ce vocable en vogue qui meuble désormais le jargon politique algérien sera l’un des chantiers majeurs du mandat de Abdelaziz Bouteflika entamé depuis un mois. Mieux encore, elle constituera la colonne vertébrale du programme de l’Exécutif pour les cinq prochaines années. Autrement dit, elle sera servie “à toutes les sauces”, si l’on ose l’expression. Cependant, si l’on ignore son contenu dans ses moindres détails, on en sait désormais un peu plus sur ses objectifs et ses contours. “La réconciliation nationale est devenue une réalité et une nécessité. Elle n’est pas sécuritaire uniquement. D’ailleurs, si tel était le cas, on aurait parlé de concorde civile bis. C’est une réconciliation globale qui intègre aussi bien le volet économique, social et culturel, mais aussi les points de tension. La crise de Kabylie, par exemple, doit être réglée dans le cadre de la réconciliation”, explique le leader du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abou Djerra Soltani, un des membres de l’alliance présidentielle. Ce qui est présenté comme une panacée à la crise multiforme que traverse la société implique-t-elle une amnistie générale, et par ricochet, la levée des contraintes sur les anciens responsables du parti dissous, en l’occurrence Abassi Madani et Ali Benhadj ? “Les détails du contenu de la réconciliation peuvent être dans le programme”, se contente de répondre le responsable de la formation islamiste. Soltani, qui intervenait, hier, au siège du parti à Alger devant un parterre de députés qui venaient de clôturer deux journées d’étude destinées à élaborer une vision commune autour du programme, en perspective des débats en plénière à l’Assemblée, s’est montré, en tout cas, un fervent défenseur de la “vision de sortie de crise du président”. “Le programme de l’Exécutif s’inspire de la conviction du président qu’il n’y aura rien sans la réconciliation nationale”. Un programme, a-t-il encore rappelé, dont les grandes lignes ont été évoquées dans la charte de l’alliance présidentielle mais aussi lors de la campagne, de la prestation de serment du président et du dernier Conseil des ministres. Mais il n’y pas que la réconciliation qui emballe la formation islamiste. Le MSP plaide également pour la sauvegarde des constantes, autre axe du programme. Le reste des axes sur lesquels il entend peser de tout son poids, ce sont l’emploi des jeunes, la poursuite des chantiers de développement, la démocratie sociale et la réhabilitation de l’image de l’Algérie à l’étranger. Comme pour répondre à ceux qui, à ses yeux, avaient vite conclu que le MSP n’a pas eu la contrepartie escomptée dans la formation de l’Exécutif au regard du soutien apporté à Bouteflika, Abou Djerra Soltani a osé même afficher quelque ambition. “Nous, on est pour la stabilité et la continuité. On n’est pas pressé. Il ne faut pas se contenter de miettes…”, dit-il. “On va récupérer plus de 70% de députés…”, ajoute-t-il mystérieusement. Il y a là quelques indications sur les projets secrets du président, notamment une éventuelle recomposition de l’Exécutif mais aussi la dissolution de l’Assemblée. L’ambition est aussi dans l’Alliance. “On n’a pas peur de l’avenir de l’alliance. Toutefois, chaque parti gardera son autonomie concernant certaines questions. Mais s’agissant des grands dossiers stratégiques, on se concerte et on coordonne nos efforts”, conclut-il.

K. K

 

 
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