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Mirage 2005par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 16 août 2005 Le 29 septembre, les Algériens sont appelés à se prononcer sur une autre charte. Une «feuille de route» traçant le parcours d’une autre étape de la réconciliation vers la solution politique nationale qui, quoi qu’on puisse dire, restera incontournable. Si l’on devait se fier au seul applaudimètre, l’ovation des cadres de la nation qui ont salué longuement, debout, la fin du discours du Président, on serait tenté de se laisser persuader que la partie est d’ores et déjà gagnée. L’enthousiasme dans la salle permettait, en effet, de prétendre à un succès aisé à la prochaine consultation référendaire. Sauf que l’enthousiasme du Club des Pins ne semblait pas du tout partagé par la rue algérienne, selon les échos. Au vu des discussions, le discours a eu plutôt l’effet d’un dégrisement sur la rue algéroise ou les attentes étaient autrement plus ambitieuses. Ce qui vient démontrer une fois de plus l’importance de l’écart qui sépare gouvernants et gouvernés et qui est l’un des facteurs à l’origine du déficit en homogénéité du pays, mais aussi des choix que les responsables retiennent souvent arbitrairement contre les aspirations de leurs administrés. Donc, cette fois aussi, pour ne pas déroger à la règle, l’Algérien râle, passe naturellement à l’audace et parle de «compromissions». Ce qui, ajouté aux amertumes nées des autres promesses évoluant au rythme imprimé à la réconciliation et qui comme elle sont toujours en voie d’être honorées, ne peut être encourageant pour une participation massive à la consultation sur la charte. Dans la situation d’aujourd’hui, il serait prétentieux de s’avancer à dire que les chiffres pourraient rivaliser avec ceux annoncés comme résultat du référendum du 16 septembre 1999. La précarité domine toujours la vie quotidienne du petit peuple, c’est-à-dire la frange majoritaire qui vote. Celle qui allonge les chaînes, de nuit, devant les bureaux des OPGI pour juste déposer un dossier de demande de logement dont un million d’exemplaires a été promis à une nation de plus en plus sceptique sur la réalisation d’une telle prouesse par le gouvernement d’Ouyahia. La puissance du chômage qui fait des ravages parmi les jeunes et les moins jeunes, à la source de toutes les frustrations, parfois à l’origine de drames familiaux, augmente à la vitesse du désengagement de l’Etat. Un Etat qui, d’un côté, se désengage mais qui, de l’autre, ferme les yeux et laisse faire une administration réputée pour ses freins criminels à toutes les énergies productives, à la création d’emplois. Alors, la question se pose de savoir combien parmi nos légions de chômeurs qui vivent quotidiennement le complexe et l’humiliation sont-ils prêts à prendre le chemin de l’urne en septembre prochain ? Les décisions dictées à la nation contre la volonté de la majorité, à l’instar des histoires de la charia, de l’importation d’alcool, du statut de la langue française, consacrée plus nationale, plus maternelle que tamazight, les débats stériles mais déstabilisateurs sur le tutorat, la dissolution d’assemblées légales à la suite de négociations illégales, etc., sont autant d’éléments qui pourraient avoir, les ressentiments aidant, des retombées négatives sur le taux de participation. Les émeutes dans nos différentes villes, au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest, ne sont-elles pas l’expression d’un ras-le-bol, même si l’on admet la manipulation ? N’auront-elles aucune conséquence sur la participation référendaire ? Peut-on honnêtement s’attendre à un déplacement massif du corps électoral pour venir appuyer une charte perçue comme une loi sur la concorde nationale «améliorée». Un texte qui a tenu longtemps en haleine l’opinion, mais qui répond partiellement aux problèmes sans épouser tout à fait les aspirations populaires ou la vision des grandes figures algériennes sur la réponse à apporter à la crise nationale. L’absence de réactions chez les poids lourds politiques écoutés n’est pas non plus de bon augure pour une répétition du triomphe de 1999. Et si, d’ici le référendum, rien ne vient bouleverser la situation, ne serait-ce que psychologiquement, on peut d’ores et déjà parier que le taux de participation atteint en 1999 ne se reproduira pas. Rien n’a été entrepris jusqu’ici pour assurer le succès à une opération qui nécessitait la plus grande audience possible mais qu’on a confinée à la limite de la clandestinité. Telle une «charte pécheresse», malgré ses aspects positifs. Le seul débat organisé sur la question a été suivi par les Algériens sur la chaine El-Moustaquila. Mahieddine Amimour, l’ancien ministre de l’Information, et d’autres intervenants dont Abassi Madani, intervenaient sur El-Moustaquila. Les trois chaînes nationales du pays n’ont peut-être pas jugé utile de perdre du temps avec un débat sur un mirage. M. Z. |
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www.algeria-watch.org
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