Madani Mazrag, jeudi, à l’université de Constantine

“L’AIS a été manipulée !”

Par Mourad KEZZAR, Liberté, 28 mai 2005

Devant un parterre de repentis, d’imams de mosquée et d’étudiants de l’université des sciences islamiques Emir-Abdelkader, le numéro un de l’ex-AIS s’est exprimé, jeudi dernier, à Constantine lors d’une rencontre sur l’amnistie. Il a jeté un véritable pavé dans la mare quand il a avoué que sa nébuleuse a été manipulée par des cercles du pouvoir. Il déclara que “nous étions l’instrument avec lequel la guerre a été gérée”.
Cette sortie de l’ancien chef des maquis du Fis intervient dans un contexte de confusion générale où les repositionnements s’opèrent en fonction du projet d’amnistie du président Bouteflika. L’ex-chef islamiste est pressé de voir cette amnistie se concrétiser sur le terrain.
À peine s’il ne dit pas que ce meeting organisé par une de ces associations gravitant toujours et uniquement autour du pouvoir est une perte de temps. “On parle de la concorde nationale et de l’amnistie générale comme si ce peuple, dans toutes ses composantes, a besoin de nous pour le sensibiliser sur une question qu’il a déjà tranchée”, s’écrie-t-il.
Dans sa quête, Madani Mazrag n’oublia pas d’encenser le président de la République et d’enfoncer le Chef du gouvernement, mais aussi premier responsable du RND à forte composante de Patriotes et de GLD. “Quand le Chef du gouvernement déclare que l’amnistie générale sera réalisée le jour où les conditions nécessaires seront réunies, nous ne pouvons que nous demander sur la nature de ces conditions. Avec qui allons-nous réunir ces conditions ? Avec les victimes du terrorisme, les familles des disparus et les éléments des forces de sécurité ? Tous, ils ne font qu’attendre le jour où cette amnistie sera décrétée”, tance l’ex-émir.
Dans sa tentative d’expliquer les fameuses lignes rouges, il ressasse un discours vieux d’avant 8 avril. Pour lui, “il existe une minorité étrangère à ce pays, mais qui représente malheureusement la majorité au sein des cercles du pouvoir. Au sein de cette majorité, le président de la République se retrouve en minorité. Il est le seul défenseur des espérances du peuple face à ceux qui ne veulent pas voir les Algériens sortir de ce bourbier”.
Madani Mazrag appelant à l’application immédiate de l’amnistie sans vérité, responsabilité et pardon, tronque sa casquette de réconciliateur pour celle d’inquisiteur quand il ouvre le feu sur les archs qu’il qualifie de groupes occidentalisés. La même virulence contre le FLN “qui a failli se jeter dans les bras des Occidentaux”, pour reprendre ses termes. En contradiction avec les faits qui ont marqué toute une décennie de terrorisme, comme si amnistie rime avec amnésie, Madani Mazrag est revenu sur la position de son organisation durant les années de feu et de sang. Pour lui, ils n’étaient pas contre l’État ou contre le pouvoir, à travers les élus dans les différentes institutions, mais contre le système qui est “un ensemble de lobbies qui n’ont aucun intérêt dans la réconciliation nationale”, pour le paraphraser.
À travers sa sortie, que seul le cafouillage qui entoure la scène politique nationale permet, Madani Mazrag, empressé de voir l’amnistie générale se résumer à un décret, encense le président de la République et descend le reste des acteurs de la vie publique.

Mourad KEZZAR


L’ex-émir à Constantine au nom des repentis

Les menaces de Madani Mezrag

El Watan, 28 mai 2005

Le faux bond de Abdelaziz Belkhadem et de Ahmed Ben Bella, au meeting organisé jeudi à Constantine, a donné l’occasion à Madani Mezrag, ancien responsable repenti de l’AIS, d’effectuer son retour sur la scène.

Il a précisé qu’il était venu s’exprimer au nom des repentis. Ayant eu vent de sa présence, ces derniers sont d’ailleurs venus nombreux pour l’écouter. La plupart d’entre eux sont originaires de la wilaya de Jijel. L’ancien responsable de la branche armée du FIS dissous a prêché en faveur de la réconciliation nationale. Présenté comme un « daîya » (prédicateur, ndlr), Madani Mezrag a fait de l’ombre aux autres invités, à l’image de Lakhdar Belfar, président de l’organisation nationale des victimes du terrorisme (ONVT) et de Belkacem Abdellaoui, secrétaire général de la coordination des associations de soutien au programme du président, à l’origine du meeting. Lors de sa prise de parole, il a livré sa « vision » de la réconciliation nationale et du projet d’amnistie générale. Celle-ci, dira-t-il, est « adoptée et réclamée depuis des années par le peuple ». Il regrettera le fait, toutefois, que le projet d’amnistie soit encore « l’otage politique d’une minorité au pouvoir qui trace des lignes rouges ». Madani Mezrag n’a pas tari d’éloges à l’égard de Abdelaziz Bouteflika. Une personnalité qu’il a dit respecter et apprécier. Mais l’ancien émir s’est montré persuadé que le chef de l’Etat n’a pas totalement les coudées franches pour mener à bien son projet d’amnistie générale. Partant, il s’est dit déterminé à le soutenir. « Nous allons le soutenir. Nous nous opposerons avec force à ceux qui font barrage à la volonté du peuple », a-t-il martelé sur un ton menaçant. L’ancien fisiste a déclaré, par ailleurs, être libéré de toute contrainte : « Nous nous opposerons à ce système composé de lobbies et de groupes d’intérêts jusqu’à ce qu’il devienne un système républicain et démocratique dans le cadre des principes islamiques. » Les critiques sont apparemment adressées au chef du gouvernement. Il est reproché à Ahmed Ouyahia de faire dans la « politique des deux poids, deux mesures » dans le traitement des événements de Kabylie et de la crise endurée par le pays durant la dernière décennie. Dans la foulée, l’intervenant a descendu en flammes les archs. Ces derniers sont qualifiés de « minorité traîtresse à la solde des croisés et des puissances étrangères ». Le discours enflammé de Madani Mezrag, qui a rappelé ceux des années 1990, n’est pas allé sans gêner les organisateurs du meeting, présentés comme proches du FLN. Certains d’entre eux n’ont d’ailleurs pas hésité à dénoncer la « trahison » du coordinateur local et le « détournement » du meeting au profit des islamistes. Malgré les protestations, rien n’arrêtera Mezrag. Celui-ci continue son prêche avec un verbe violent et intimidant. La réconciliation passe, selon lui, par des concessions, « mais cela n’empêche pas de situer la faille qui découle de l’immoralité du pouvoir et des conspirations des occidentalistes ». A la fin de son discours, Madani Mezrag a appelé à « soutenir avec force le projet du chef de l’etat pour faire aboutir la réconciliation et décréter l’amnistie au profit de ceux qui souffrent encore des pressions ». Les familles des disparus clamaient fort, en revanche, qu’il n’y aura pas de réconciliation sur le dos des disparus. Le meeting a failli dégénérer à plusieurs reprises dans une salle débordée par des catégories intéressées par le discours de la réconciliation nationale. Les étudiants de l’université islamique de Constantine sont aussi venus en force en quête de la moindre occasion pour exposer leur refus de la suppression du « bac islamique ».

N. Nesrouche


 

LORS D’UNE RENCONTRE SUR LA RECONCILIATION NATIONALE A CONSTANTINE

Madani Mezrag s’en prend aux ârouch

Le Quotidien d'Oran, 28 mai 2005

Le palais de la culture Malek Haddad a vibré ce jeudi après-midi au rythme de la réconciliation nationale. Mais indéniablement, en l’absence de Ahmed Ben Bella et de cheikh El-Karadaoui dont la venue avait été pourtant annoncée, l’émir de l’ex-AIS, Madani Mezrag, aura ravi la vedette.

D’autant mieux que l’auditoire, censé regrouper les différents acteurs de la tragédie de la dernière décennie, était nettement dominé par la mouvance islamiste, agrémentée des éléments de l’ex-bras armé du FIS dissous venus pour la circonstance en nombre.

L’initiatrice d’une telle rencontre, en l’occurrence la coordination nationale des associations de soutien au programme du président de la République, dont le premier responsable, Abdelaoui, était présent ce jeudi, avait pourtant multiplié les invitations en direction de ministres, des autorités locales, de chefs et de responsables locaux de partis politiques, d’associations et d’organisations. Mais les défections étaient quand même nombreuses, même si la salle du palais Malek Haddad était pleine à craquer.

En somme, c’était le one-man-show de Madani Mezrag qui n’aura pas manqué, en fin de rencontre, d’improviser une conférence de presse où il ne fera que persister et signer un véritable réquisitoire principalement contre le système et les ârouch. Le sens des mots est lourd quand Madani Mezrag, tout en prenant soin de souligner la différence entre l’Etat, le pouvoir et le système, accuse ce dernier de ne pas avoir tenu tous ses engagements jusqu’à aujourd’hui envers lui en tant qu’ex-émir de l’AIS. Des engagements par écrit ?, se risquera un journaliste.

«Nous ne croyons pas aux écrits mais à la parole des hommes», dira-t-il. Auparavant, devant l’auditoire, Madani Mezrag parlera de lignes rouges en les traduisant par l’islam, le nationalisme et l’Algérie de Novembre. Et à ce propos, il parlera d’abord de l’Etat en soutenant en substance que «nous sommes de l’Etat, nous existons pour lui et par lui». Mais pour bien enfoncer le clou, il évoquera ensuite le pouvoir avec une certaine réserve et en préservant l’aura du président de la République, sans pour autant se priver de marteler que «si le pouvoir se trompe, nous le corrigerons, et s’il dévie, nous le combattrons avec tous les moyens».

Mais l’orateur avait, semble-t-il, des comptes à régler avec le système et ce qu’il désignera tantôt par «un petit groupe d’étrangers au pays qui représente la majorité au pouvoir», pour affiner ensuite son idée en parlant de système de lobbies et groupes d’intérêts qui ont instrumentalisé l’armée, la gendarmerie, la police...

A propos de ces dernières, il précisera: «Nous n’avons pas pris les armes contre eux. Nous avons pris les armes contre le système pourri. Contre le complot de l’occidentalisation de la société. Nous avons pris les armes contre ceux qui voulaient que l’Algérie se noie dans ses problèmes politiques, économiques et sociaux».

Certains organisateurs, sur la tribune officielle, avaient bien tenté discrètement de tempérer l’ardeur de l’orateur, notamment quand il aborda en termes virulents la crise de Kabylie, mais apparemment sans succès. «Le combat que nous avons mené aura été contre ces lobbies et nous ferons des révélations en temps opportun. A condition que la réconciliation aboutisse», dira l’ex-émir de l’AIS. Ce dernier martèlera alors la même corde en soutenant que «nous nous sommes opposés à ce système, nous l’avons combattu et nous le combattrons encore jusqu’à ce qu’il devienne démocratique et républicain, en conformité avec les principes de l’islam, dans le cadre de la loi et de la constitution. Ménageant toujours Abdelaziz Bouteflika, plutôt en lui accordant son soutien le plus total, Mezrag affirme alors que «quand le président de la République parle de réconciliation nationale, il se trouve en minorité en endossant le rôle d’avocat. Il faut qu’on lui donne toute la force nécessaire contre ceux qui ne veulent pas que l’Algérie sorte de l’étang de pourriture». L’orateur s’interrogera ensuite: «Pourquoi le système se soumet-il à un groupuscule qui est sorti dans la rue, qui a brûlé l’emblème national, a déchiré le Coran et banni la langue arabe des frontons des institutions de l’Etat ?

Un groupuscule qui a ouvert grandes les portes aux tenants de l’évangélisation et du sionisme dans une région de Kabylie qui est chère à nos coeurs ? Toutefois, Madani Mezrag tiendra à préciser qu’il n’était pas contre la Kabylie de Amirouche, Cheikh El-Haddad, Fatma N’soumer, Benbadis, Mouloud Kacem... Evoquant les événements d’octobre 1988, il s’interrogera: «Ceux qui ont brûlé et tout cassé et même tué, le système les a désignés comme des démocrates et des martyrs de la démocratie, alors que notre action est qualifiée de terrorisme».

Dans la conférence de presse improvisée, il en avait toujours après le système en s’interrogeant sur la manière dont sont traités les pieds-noirs et les juifs qui viennent visiter l’Algérie et les Algériens. «Autant les pieds-noirs que les juifs - et je n’ai rien contre eux en tant que touristes - sont traités avec du respect et tous les égards, autant les enfants du pays sont méprisés». Revenant dans le même contexte sur les ârouch, il parlera de la politique de deux poids deux mesures en faisant le parallèle avec l’AIS et en soulignant la plate-forme d’El-Kseur. «Ils privilégient et élèvent à un rang qu’ils ne méritent pas des gens dont les parents avaient des documents de trahison et collaboré avec l’ennemi étranger français; par contre, ils pointent un doigt accusateur contre Ali Benhadj comme s’il était une bombe». En conclusion, il lancera: «Si je viens à tout perdre, j’aurais gagné l’Algérie».

Mohamed Salah Boureni


Madani Mezrag : j’ai ressenti un profond malaise après les propos d’Ouyahia

par Samir B., Le Jeune Indépendant, 28 mai 2005

Invités pour soutenir la réconciliation nationale, l’ancien président de la République Ahmed Ben Bella et le ministre Haïchour ont fait défection, avant-hier, à la coordination, laissant la tribune à l’ancien chef de l’AIS, Madani Mezrag, qui est sorti de sa réserve pour attaquer Ouyahia.

«Ce système gangrené par les clans et les lobbies n’a jamais été républicain. Nous l’avons combattu et nous continuerons à le combattre jusqu’à son anéantissement», a déclaré l’ex-chef du bras armé du FIS dissous devant des organisateurs visiblement surpris et gênés par ses propos.

Le palais de la Culture Malek-Haddad a vibré jeudi avec la présence d’anciens membres de l’AIS, aux côtés d’étudiants en charia, grévistes, venus soutenir la réconciliation nationale et l’amnistie générale. Tout en rassurant ses anciens compagnons présents en force dans la salle quant au «règlement de leurs problèmes», Madani Mezrag, sur un ton ferme, a véhémentement critiqué le chef du gouvernement en déclarant : «Vingt-quatre heures avant j’étais bien, mais quand j’ai entendu le discours d’Ouyahia devant les députés de l’APN, j’ai ressenti un profond malaise.» Et là, il explicite sa désapprobation au sujet des propos d’Ouyahia : «Ce responsable loue les activités répréhensibles d’une minorité en Kabylie (les aârchs, NDLR) qui a brûlé le Coran, insulté le Prophète et porté atteinte à la langue arabe.» Avant de développer son discours, Madani Mezrag a tenu à préciser qu’il est lui-même kabyle, mais n’accepte pas «la politique de deux poids, deux mesures» que mènent les gouvernants qui, tout en glorifiant les actes commis par la «minorité en Kabylie», qualifient de terroristes ceux qui ont «défendu l’islam et la langue arabe».

Passant par la suite à l’objet de la rencontre, l’orateur a apporté un ferme soutien à la démarche du président Bouteflika pour qu’il puisse «extirper la minorité se trouvant dans les arcanes du pouvoir et qui est farouchement hostile à son projet réconciliateur».

Madani Mezrag a dû interrompre son discours après que des familles de personnes portées disparues l’eurent chahuté, l’accusant de faire la promotion de la réconciliation nationale sur le dos des disparus. Visiblement gêné par tant de colère, l’ex-émir national de l’AIS a tenté de reprendre la parole devant des femmes de plus en plus excitées, avant de se résigner à regagner sa place.

Peu avant lui, le président de l’Association des victimes du terrorisme et des ayants droit, Lakhdar Belfar, a dû lui aussi faire face à la pression de femmes survoltées, l’obligeant à écourter son intervention. En fait, le seul intervenant à avoir acquis l’auditoire hétéroclite aura été l’Algérois cheikh Chemseddine Bouroubi, président d’une association de bienfaisance, dissoute.

En effet, en plus du profil de «victime», comme il n’a pas cessé de le répéter, il a bien surfé, exprimant son soutien aux familles des disparus et aux étudiants en charia et en sciences islamiques. Aux premières, il les a encouragées à continuer à chercher les leurs, et aux seconds, il les a confortés dans leur combat, exhortant, à ce sujet, les pouvoirs publics à aider les universitaires et étudiants en charia.

«Nous voulons que les imams et les étudiants en charia soient aux premières loges de ce pays», a-t-il soutenu. Tout en appelant à extirper les causes réelles de la violence, Chemseddine a estimé qu’il est temps de mettre un terme à cette ambivalence qui se traduit chez certains par une attaque en règle contre la réconciliation lorsqu’ils sont dans l’opposition et par un soutien indéfectible à ce projet lorsqu’ils sont aux commandes.

S. B.

 

   
www.algeria-watch.org