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MADANI MEZRAG CONFIRME
«
Des négociations ont lieu»
L'Expression, 27
avril 2004
L’ancien chef de l’AIS explique que ce sont ceux qui ont
voté pour Bouteflika qui mènent les tractations avec les
groupes armés.
Dans un entretien qu’il vient d’accorder à la chaîne
de télévision qatariote Al Jazira, et qu’il a renouvelé à L’Expression,
Madani Mezrag confirme l’existence de négociations «entre
ceux qui ont soutenu à bras-le-corps la réconciliation
nationale prônée par le président de la République
et les groupes armés». Selon l’ancien responsable
de l’Armée islamique du salut, il y a des responsables qui
activent «à plusieurs niveaux afin de mettre fin à l’effusion
de sang en Algérie et éteindre les feux de la discorde».
Il ajoute que «les négociations actuelles sont menées
sur deux fronts». Le premier, et qui est essentiel, concerne les «frères
qui sont encore dans les maquis et chez qui nous avons trouvé une
réelle volonté de mettre fin aux hostilités».
Pour cette catégorie d’hommes, «il faut trouver des
garanties juridiques qui permettraient leur retour parmi leurs concitoyens».
Le deuxième front de ces négociations a trait aux responsables
de l’Etat algérien qui doivent «saisir les opportunités
qui se présentent et faire en sorte de préserver aux frères
leur dignité, leur sécurité et leurs droits tout
en préservant à l’Etat algérien son autorité»,
et essayer surtout de ne pas ouvrir les plaies qui en rajouteront encore
aux douleurs des uns et des autres. Au sujet du nombre d’islamistes
armés concernés par les négociations en cours, une
source à Collo nous a précisé: «Aucun groupe
important, aucun chef de katiba connue ne sont concernés à ce
jour, par les tractations qui se déroulent un peu partout dans
les fiefs islamistes de l’Est. Evidemment, nous sommes, (en réalité,
nous avons toujours été) en contact avec des frères
qui sont à ce jour, dans les maquis et il y a de fortes chances
pour qu’ils déposent les armes et réintègrent
la vie civile.»
Combien sont-ils? «Peut-être quelques dizaines, mais on n’en
sait pas plus, et il faut être présent partout dans les
maquis concernés par les redditions pour avancer un chiffre. Du
reste, tous les chiffres avancés par la presse, ces derniers jours,
sont difficilement vérifiables». L’imposante carrure
de cet ancien chef de Katibat de l’AIS à l’Est tranche
brutalement avec son propos mesuré et ses traits calmes. Notre
interlocuteur participe «dans la mesure» de ses «possibilités» aux
tractations qui se poursuivent en vue d’amener le maximum de repentis à déposer
les armes et à intégrer un cadre juridique de négociations.
En fait, le nombre d’islamistes en «négociations indirectes» est
très en deçà de ce qui a été annoncé en
grande pompe: entre 100 et 300 pour la presse, et 700 pour les titres
arabophones paraissant à Londres et la chaîne qatariote
El Djazira. Evidemment de tels chiffres ont de quoi réjouir les
autorités, et principalement le président de la République,
qui peut en tirer un énorme avantage, celui d’être
l’homme qui aurait mis fin à quinze années de confrontation
directe pouvoir-islamistes. Cependant, il ne faut pas pousser l’optimisme
jusqu’aux limites de l’invraisemblance et s’avancer
sur un terrain qu’aucune partie ne maîtrise. Ni les intermédiaires
(chefs militaires, anciens émirs repentis et familles) ni les
islamistes concernés ne peuvent dire avec exactitude à combien
s’élève le nombre de «trêvistes».
Ce sont des «poches» de terrorisme, de «petits nids» d’activistes,
des hommes vivant cachés même dans le tissu urbain des villes
et villages de l’Est... qui se trouvent aujourd’hui intéressés
par le dépôt des armes.
Les maquis d’El Kala, Tébessa, Collo, Jijel, Annaba, Skikda,
Bouira, M’sila, etc. sont encore investis par de petits groupes
mobiles d’activistes du Gspc, et qui souhaiteraient certainement
mettre fin à une activité sans objectifs politiques clairs,
mais nous ignorons si le gros des contingents du Gspc est concerné par
les négociations actuelles. Ne perdons pas de vue que la force
de frappe du Gspc reste concentré dans la Kabylie, qui va pratiquement
de Sidi Daoud, Lagata et Bordj Ménaïel à Larbaâ Nath-Irathen
et Aïn El Aïn et poussant au sud, jusqu’au col de Thirourda.
C’est dans ces maquis que se trouve la direction de l’organisation,
autonome depuis 1996, née officiellement en septembre 1998 et
qui s’est imposée à partir de 2000 comme le groupe
le mieux structuré et le plus imposant, avec près de 300
hommes armés, en Algérie. Or, à ce jour, il n’a été fait état
publiquement d’aucune négociation. Dans le premier cercle
de commandement du Gspc, parler de trêve ou de repentir équivaut à une
condamnation à mort, Abdelmadjid Dihou, ex-imam de Bordj Ménaïel,
en a fait l’expérience. A partir de 2000, la littérature
djihadiste du Gspc est venue, par trois fois, renforcer cette règle.
Un long communiqué, publié à l’endroit des
chefs de groupe, interdit à quiconque de faire référence à une
possibilité de négociations avec les autorités.
Au contraire, tous ceux qui ont été tentés par la
reddition ont été éliminés et tous ceux qui
se sont rendus aux autorités ont été indexés
comme «cibles à éliminer» (cas du repenti du
Gspc abattu à Bachdjarah, il y a quelques semaines). En fait,
les services de renseignement n’ont jamais cessé les contacts
avec les «maquisards» et de tout temps, des émissaires
sérieux et crédibles, anciens repentis, émirs ou
chefs de katibates, ont été dépêchés
aux maquis islamistes pour les amener à déposer les armes
et mettre fin à la belligérance. Si aujourd’hui, à la
faveur de la réélection d’Abdelaziz Bouteflika et
son discours résolument «réconciliateur», il
se trouve que les négociations sont en phase avancée, c’est
tant mieux, mais disons-le une fois de plus, les réalités
du terrain, selon nos sources, restent très en deçà de
ce qui a été initialement annoncé.
Fayçal OUKACI
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