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A L’OCCASION DU PROCES DE GHARDAÏA

Mehri met en garde

Le Quotidien d'Oran, 27 février 2005

Sommes-nous sur le chemin de la réconciliation nationale? Abdelhamid Mehri en doute fortement en relevant que le grand reflux des libertés publiques a pour corollaire un phénomène généralisé d’émeutes traduisant un blocage des canaux d’expression et une aggravation de la rupture entre l’Etat et les citoyens. Dans une déclaration rendue publique, hier, à la veille du procès devant la chambre criminelle de Ghardaïa, de 17 militants politiques et des droits de l’Homme dont le Dr Kamel-Eddine Fekhar, responsable national au FFS, M. Abdelhamid Mehri s’inquiète de l’ampleur des restrictions aux libertés d’expression et à l’activité partisane.

Accusés d’être les instigateurs des émeutes qui se sont déroulées à Ghardaïa, en octobre 2004, le Dr Fekhar et ses compagnons sont poursuivis pour les charges «d’attroupement, obstruction de la voie publique, destruction de biens de l’Etat, utilisation d’armes blanches et incendie volontaire». Pour l’ancien secrétaire général du FLN, ce procès qui est une «suite grave» des évènements de Ghardaïa, risque de devenir un obstacle de plus dans le chemin d’une réconciliation nationale «parsemée d’entraves et d’épines». M. Mehri y voit une persistance étonnée du pouvoir à choisir de traiter par la répression et la voie sécuritaire, des problèmes politiques de fond. Il relève qu’après les émeutes de Ghardaïa, des évènements similaires ont eu lieu et se sont répétés dans de nombreuses villes du pays et pour des raisons différentes.

Mais même si les causes immédiates des émeutes sont différentes d’une région ou d’une ville à une autre, elles sont toutes reliées par le fait qu’elles soient devenues l’expression d’un phénomène politique marqué par un «reflux considérable des libertés d’expression et de l’action partisane, d’un blocage des canaux de communication et de dialogue et de l’élargissement du fossé entre les dirigeants et les dirigés». Ces émeutes et ces jacqueries à répétition représentent «un phénomène politique et social annonciateur d’une dégradation plus grande de la relation entre l’Etat et les citoyens». Elles sont, selon lui, le produit de la méthode répressive et sécuritaire, choisie depuis des années «pour la gestion des affaires publiques». Il souligne qu’il n’existe, aujourd’hui, aucun indice à l’horizon indiquant une «révision radicale de ces méthodes de gestion».

Dans une critique forte, même si elle exprimée avec sa mesure habituelle, M. Abdelhamid Mehri estime que les tentatives du pouvoir de nier l’existence de liens entre ces différents évènements (émeutes, jacqueries, etc.) et de les «vêtir de l’habit de la criminalité ordinaire, constituent une persistance dans la négation de leurs fondements politiques et ne préparent pas le chemin difficile à une réconciliation nationale qui met, réellement fin à la crise».

L’ancien secrétaire général du FLN souligne que ces «crises locales» qui s’étendent sur l’ensemble du territoire national nécessitent, tout comme la «crise mère dont elles découlent», un traitement fondé sur le dialogue et la participation des citoyens à la recherche et à la mise en oeuvre des solutions. Je souhaite, conclut-il dans sa déclaration, que le procès de Ghardaïa et les verdicts qui pourraient en découler ne «constituent pas un nouvel obstacle dans un chemin parsemé d’épines et d’entraves, celui de la réconciliation nationale».

En filigrane d’un texte de soutien aux militants jugés aujourd’hui à Ghardaïa, c’est une critique de fond qui est adressée au pouvoir à qui il reproche de persister à reproduire les schémas répressifs mis en oeuvre, au cours de la décennie, tout en se donnant un cap de réconciliation nationale. Pour l’ancien secrétaire général du FLN, un de ceux qui ont appelé dès le début de la crise, en janvier 1992, à la réconciliation nationale, celle-ci n’a de sens que dans l’affirmation des libertés publiques et partisanes.

Or, constate-t-il avec pessimisme, dans ce domaine on assiste à un reflux considérable et le recours régulier à l’émeute n’en est que l’expression.

Dire que la «réconciliation» n’est pas sur des bons rails ne serait pas de ce point de vue une mauvaise déduction...

M. Saâdoune

   
www.algeria-watch.org