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RÉCONCILIATION NATIONALE
Une
longue maturation
L'Expression,
27 avril 2004
150.000 morts, quelque
18.000 disparus, un embargo économique
asphyxiant... sont les résultats de la tragédie.
La réconciliation nationale n´est pas le fruit de la démarche «concordiale» initiée
par le président Abdelaziz Bouteflika, mais l´aboutissement
de tout un processus, né de l´arrêt du processus électoral
de janvier 1992. «Un coup d´Etat» (Ait Ahmed : Ndlr)
qui, abstraction faite de ses objectifs politiques, a été à l´origine
de l´hécatombe qui a endeuillé le pays, pendant plus
de dix ans. 150.000 morts, quelque 18.000 disparus, des dizaines de milliers
de personnes déplacées, des séquelles physiques
et psychologiques indélébiles, un embargo économique
asphyxiant... sont les résultats de cette tragédie. Scindée,
avec la création du CNSA (Comité national pour la sauvegarde
de l´Algérie) favorable à l´interruption du
processus électoral, en deux camps (éradicateur et réconciliateur),
la classe politique, avec sa composante laïco-islamo-nationaliste,
s´étant trop attardée sur des considérations
purement idéologiques, avait complètement ignoré la
situation chaotique dans laquelle était plongé le pays.
Pour arrêter l´effusion de sang, avec, toutefois, des préalables
dépassés par la conjoncture, à savoir la réhabilitation
de l´ex-FIS et la libération de ses responsables, des partis
de l´opposition ainsi que des personnalités nationales ont
signé le 13 janvier 1995 le contrat de Rome. Un pacte qui ne tardera
pas à être décrié par les membres du Conseil
national de transition (CNT) de l´époque, allant jusqu´à qualifier
de «traîtres à la nation» les signataires du
document. Pourtant, au cours de la même année, sera promulguée
la loi sur la rahma permettant aux groupes terroristes «égarés» de
rejoindre «la voie de la raison». Parallèlement, des
négociations étaient menées entre le pouvoir et
l´ex-FIS, qui ont, notamment, abouti à la libération
d´Abassi Madani et Abdelkader Hachani, mais aussi des négociations
secrètes avec l´Armée islamique du salut (AIS) étaient
menées pour désarmer ses combattants et les faire bénéficier
de mesures de clémence dans le cadre de la loi sur la «rahma». «Une
loi qui assurait l´impunité à tous ceux qui ont eu à collaborer
avec les autorités dans le cadre de la loi antiterroriste»,
estiment les familles des victimes du terrorisme. Ainsi, contrairement
aux signataires du contrat de San´t Egidio, qui prônaient
un dialogue avec les responsables politiques de l´ex-FIS, à même
de lever toute couverture politique sur les groupes armés, les
autorités algériennes étaient allées négocier
dans les maquis. Les premières tractations, qui avaient débouché sur
la trêve unilatérale de l´AIS, avaient commencé à la
fin novembre 1997, plongeant ainsi les groupes terroristes dans une vague
d´expéditions punitives, sanglantes. Les liquidations dans
les rangs du GIA et de l´AIS étaient le fait de l´esprit
de suspicion ayant régné, après la promulgation
de la loi sur la rahma, suivie d´une série de défections
au sein des groupes terroristes. La loi sur la rahma sera ensuite renforcée,
en décembre 1998, par le décret sur la tragédie
nationale pris par le gouvernement de M.Ahmed Ouyahia, ce qui, une fois
de plus, avait soulevé un tollé général chez
les familles des victimes du terrorisme. Ces dernières considérant
que cette loi «visait à mettre sur un pied d´égalité les
victimes et leurs bourreaux». Le décret Ouyahia sera ensuite
annulé par le gouvernement de M.Smaïl Hamdani, au début
de l´année 1999, sous la pression de la rue.
Cependant, avec l´arrivée de M.Bouteflika à la tête
de l´Etat en avril 1999, la promulgation de la loi sur la concorde
civile avait permis à des milliers de terroristes en villégiature
dans les monts de Jijel, de l´Ouarsenis et de Médéa
de se rendre aux forces de l´ordre. Au nom de la concorde civile
votée à l´unanimité par les deux chambres
du parlement, les commissions probatoires installées à travers
le territoire national distribuaient des certificats de virginité à tous
les terroristes. Même les partis dits éradicateurs, comme
le RCD et le RND, avaient approuvé le texte de loi, qui sera adopté par
le peuple algérien à une large majorité. Ce qui
a été dès lors perçu comme un plébiscite à l´auteur
de ladite loi, qualifié de «mal élu». Rappelons
que lors de la campagne électorale ayant précédé le
référendum, le président Bouteflika n´a pas
hésité à lâcher le mot réconciliation
nationale, tout en laissant entendre que la concorde civile allait évoluer
en concorde nationale. Joignant l´acte à la parole, le chef
de l´Etat signera en 2002, le décret portant grâce
amnistiante, un terme jusque-là inconnu dans le jargon juridique.
Mu par la volonté de mettre un terme à la spirale de la
violence, le président Bouteflika ne cesse d´appeler les
groupes terroristes récalcitrants à déposer les
armes, pour, dira-t-il, extraire le dossier sécuritaire aux manipulations
politiciennes et aux marchands de la mort.
Arezki LOUNI
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