LA LOI PORTANT CONCORDE CIVILE BOUCLE SES CINQ ANS

Une décision difficile et courageuse

L'Expression, 19 septembre 2004

Elle a consacré le retour de la sécurité mais elle reste entourée de flou.


En 1999, Bouteflika surprend son monde en portant à bras-le-corps une loi qui ne fait pas, il faut le dire, l’unanimité au sein de la société même si elle promet «d’éteindre le feu de la fitna» pour paraphraser le président qui en a résolument fait son cheval de bataille. Officiellement, arrivée à expiration le 13 janvier 2000, cette loi continue d’être appliquée. Mais si elle est présentement caduque, on lui a trouvé un ersatz dans ce qu’on appelle désormais la réconciliation nationale. Un succédané qui supplée au vide juridique et qui constitue la pierre angulaire sur laquelle repose le deuxième mandat du président. Il est certes difficile de définir ce nouveau concept qui a vu le jour durant la dernière campagne électorale car il reste entouré de flou. C’est l’arlésienne, tout le monde en parle mais personne ne l’a vue Certains prétendent qu’elle sert de levier à une amnistie générale qui devra absoudre définitivement les terroristes de leurs crimes. D’autres pensent au contraire qu’elle permet de panser les blessures d’une décennie sanglante. Toujours est-il que la loi sur la concorde avec son cycle binaire, selon les observateurs avertis, a effectivement sorti le pays de son isolement et permis au retour de l’accalmie. Il est vrai qu’aujourd’hui, on est loin des carnages perpétrés dans les hameaux et les attentats ciblant de paisibles citoyens. L’effort de l’Armée qui a veillé au grain et envoyé ses meilleurs éléments au charbon est considérable. Ils ont constitué un rempart inexpugnable contre le terrorisme. Actuellement l’avancée exponentielle de ce dernier n’est plus qu’un souvenir. Récemment, le ministre de l’Intérieur a déclaré que 450 terroristes ont été neutralisés sans donner le nombre des «irréductibles» qui écument encore le maquis. Néanmoins, il a été réduit à sa plus simple expression si l’on se réfère aux propos de l’ancien chef d’état-major Mohamed Lamari qui avait déclaré que l’épine dorsale du terrorisme a été brisée. Les tenants de l’antithèse de la réconciliation disent que cette politique prônée par Bouteflika n’est ni plus ni moins qu’un plan insidieux visant à tourner la page sans que ceux impliqués dans le terrorisme soient contraints à répondre de leurs actes devant la justice. C’est le cas notamment de certaines associations victimes du terrorisme ou celles des familles des disparus qui ont refusé les propositions des autorités concernant leur indemnisation en contrepartie de leur abandon des recherches. Cette vente concomitante n’a pas trouvé preneur car il est exigé que la lumière soit faite sur les disparitions forcées. Pour Bouteflika qui table sur cette loi pour laminer les résistances, la tâche n’est pas aisée. Il aura sans doute recours à un forcing pour la faire passer. Elle lui permettra d’en finir avec l’épisode douloureux qui entache l’histoire du pays et par là même servira de matrice au modèle à imprimer à sa propre vision. Cependant, il a reconnu que pour mener à bien son programme et achever les chantiers engagés lors de sa première investiture, il a besoin de temps.
La percée d’un tel projet nécessite, n’a-t-il eu de cesse de répéter, une adhésion totale des acteurs de la société. Un quinquennat ne suffit pas pour avancer des conclusions hâtives. Il reste encore beaucoup à faire.
L’effervescence et l’agitation autour des réformes tant sur le plan social, économique et politique ne permet pas en ce moment une visibilité claire de la situation. La décantation se fera certainement qu’une fois l’ordre définitivement établi.


Nadira BEL

 

 
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