LIGUE ALGERIENNE POUR LA DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME
الـــــــــــرا بــطة الجز ا ئريــة لـد فـاع عــــن حـــــقــــو ق الأ ا نــســا ن
Bureau de la Wilaya de Relizane 13 Boulevard Zaghloul

Relizane le 23 Avril 2006

Monsieur le Président de la République

Mme veuve Djillali SMAÏN, se présente à notre bureau pour narrer ses mésaventures, hébétée, affolée, elle déclare. « Les services de sécurité viennent de me demander de signer une demande préalablement rédigée par eux et présentée comme étant la mienne, me faisant solliciter à mon insu une attestation établissant que mon époux est mort au cours d’un accrochage avec les forces de sécurité dans la région de Zemmora. Aucune indication sur ce prétendu accrochage, ni désignation des lieux, ni date ni aucune autre circonstance et pour cause, il n’en existe pas.

Je ne pourrai contre n’importe quelle rente participer à cette falsification des faits par ceux la même sensés établir la vérité et rendre justice à savoir les agents de l’Etat. Je ne peux tuer mon époux pour la seconde fois en lui imputant des actes qu’il n’a jamais commis ni même certainement imaginés. Djillali a été interpellé en plein jour au domicile familial par les agents de la police du commissariat central, soupçonné de je ne sais quoi et emmené au siège de la sûreté de Wilaya de Relizane. Après une razzia en règle sur sa marchandise et ses fonds au vu et au su de tout le monde à commencer par les membres de la famille et les voisins dans certains témoignent aujourd’hui officiellement de ce qu’ils ont vu, ceux qui ont pris mon époux de la maison dont les nommés BELBACHIR, BOUKHABZA, et d’autres sont des agents de l’Etat en uniformes et véhicules Officiels.

Mon mari a été retenu au commissariat central où je lui apportai quotidiennement de la nourriture, un couffin que les agents recevaient régulièrement en me restituant la vaisselle.
Ceci jusqu’au jour où ces visites ont été interdites et cette affaire enveloppée de silence.
Je refuse de prendre part au deuxième assassinat de mon époux et je laisse sur la conscience de ses assassins l’horreur de prolonger la douleur des siens.

Ceci dit si le commissariat de Relizane a joué le rôle de pourvoyeur des maquis, cela est une autre affaire. Je crie et continuerai de crier à la face du régime et prenant le monde entier à témoin, que mon mari est parti dans les véhicules de l’Etat au milieu de fonctionnaires de polices. Ces agents sont vivants et pour certains encore en fonction au commissariat de police de Relizane.

Je fais appel à Monsieur le Président de la République, non pas à son arbitrage puisque qu’il est le promoteur de cet effacement de la dette, mais à son autorité pour que cette idée de réconciliation qui se veut généreuse, même si elle souffre d’insuffisances ne soit pas comme beaucoup d’autres détournée pour protéger des assassins et condamner les victimes ».

Monsieur le Président,
L’Algérie qui avait adopté une amnistie par voie de référendum pour la réconciliation et la paix continue à détourner la vérité et faire en sorte de porter des accusations monstrueuses contre des présumés innocents. Il est inadmissible de porter des accusations mensongères

 

contre les morts et d’une manière flagrante. Je pense que personne n’a le droit ou le pouvoir de faire ressusciter un mort pour le tuer une deuxième fois.

Après une décennie, l’Etat a plaidé responsable et non coupable, décide aujourd’hui de faire d’une victime du hasard un terroriste. En effet si aujourd’hui le pays manque d’alternative démocratique et judiciaire au sein du système en place pour dire la vérité, la charte pour la paix constitue une décision sérieuse mais porte en elle un risque de reprise de la violence et de la haine. Il est évident pour les disparus dont les cas restent très assombris par des zones d’ombre on se permet le mensonge, mais pour les victimes dont les auteurs des enlèvements ont été reconnus et dont les dossiers portent des témoignages précis de la famille et des témoins, un peu de rigueur, seul la vérité pourra résoudre le problème et convaincre les proches des victimes a accepter le projet de la charte pour la réconciliation et la paix.

Le cas de Djillali SMAÏN, arrêté à son domicile le 16 janvier 1995 au milieu de la journée par les hommes du commissaire BELBACHIR Ali à l’époque officier de police judiciaire chargé de la répression du terrorisme, en plus, la saisie de la marchandise et les fonds trouvés en sa possession, est tout a fait éloquent. Ironie de l’histoire, ce même commissaire chargé du dossier des disparus délivre aujourd’hui une attestation (n° 20/06) à la famille de la victime en date du 12 courant, une attestation tendant à établir que SMAÏN Djillali est mort au sein des groupes armés, au cours d’un accrochage avec les forces de sécurité. Comble de la falsification cette affirmation est présentée comme étant celle de son épouse

Monsieur le Président
Le cas signalé n’est pas unique et est représentatif des pratiques courantes et condamnables de l’époque. Si ce dernier est présenté comme étant mort dans un accrochage d’autres sont considérés comme victimes du terrorisme à l’exemple de RACHEDI Mohamed, AOUN Youcef, Ben-AÏN-SMEN et bien d’autres.

Monsieur le Président, un faux ne pouvant produire que du faux, il y a de sérieux risques que l’idée de réconciliation des algériens n’aboutisse qu’a une fausse paix décrétée par des Lois, rejetée par les consciences et certainement porteuse d’une nouvelle flambée alimentée par les rancoeurs et sous tendue par le déni de justice qui fait de l’assassin un rentier de la République et poursuit la victime jusque dans son tombeau.

Chaque cas est spécifique. Djillali n’a jamais quitté sa maison et encore moins rejoint le maquis, pour les autres les auteurs de l’enlèvement sont connus, c’est pourquoi on ne peux imputer un accrochage post mortem et tenter de le faire serait fuir la vérité, heurter l’équité et travestir l’histoire.

Monsieur le Président, pour l’Algérie, pour la charte de réconciliation et pour une paix durable, il est utile que les auteurs de la tragédie assument leur responsabilité ou que l’Etat reconnaisse la sienne. Vouloir faire passer une telle thèse immorale et inacceptable par les familles des victimes, c’est essayer de cacher le soleil avec un tamis. Cependant il est avéré que le soleil finit par user le tamis.

Ma haute considération.
Mohamed SMAÏN
Responsable du bureau de Relizane
Membre du comité Directeur de la LADDH

 
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