Déclaration de Ligue Algérienne des Droits De l'Homme - LADH

Sur la charte pour la paix et la réconciliation nationale

La «  realpolitik » qui sacrifie la vérité et la justice sur l'autel des règlements politiques n'est pas acceptable.

Nous militants de la Ligue Algérienne des Droits de l'Homme – LADH

- Considérant notre conviction que la paix durable est une condition fondamentale de la jouissance des droits de l'homme.

- Que la paix sociale ne peut se réaliser par le silence autour de ce qui s'est passé et ce qui se passe.

- Que seule une réconciliation nationale juste et durable est le garant sur de la paix et de la stabilité, sans lesquelles il est impossible de miser sur la réussite de quelconque projet de développement durable.

-Que la charte aurait à gagner davantage de crédibilité et d'adhésion si un large débat public venait à s'y installer. Car une réconciliation nationale elle se construit et s'acquiert ne se déclare pas et qu'une telle démarche pose des questions essentielles pour notre devenir commun dans le contexte après conflit.

- Conscients du fait qu'il revient aux algériens et aux algériennes et à eux et elles seul(e) s, la décision de se comporter avec leur passé.

- Que nul volonté politique ne doit faire oublier au peuple Algérien que le but la réconciliation n'est pas d'embellir le passé, encore moins de l'oublier, mais il s'agit par cette démarche d'éviter que la plaie ne reste ouverte afin qu'elle ne devienne pas à son tour source de rancoeurs et de nouveaux conflits .

Pour ces motifs

La réconciliation nationale doit dépasser à notre sens le concept de réconciliation entre deux parties au conflit mais s'étend à un mouvement d'évolution sociale qui vise une prise de conscience collective, un état d'esprit, dans lesquels le peuple algérien dépassera les intérêts catégoriels pour atteindre les sommets de la responsabilité humaine afin d'arrêter l'effusion de sang et créer les règles de la cœxistence pacifique et la cohésion sociale.

Le peuple Algérien est en droit de connaître la vérité toute la vérité, sur tout ce qui s'est passé ces dernières années, de connaître les commanditaires, les exécutants. Les victimes ou leurs proches éprouvent le besoin de poser des questions et de trouver des réponses auprès des personnes ayant commis les assassinats, les viols, les destructions des écoles, des usines, Elles ont besoin de connaître la raison pour laquelle elles, ou leurs proches ont été enlevés, torturés ou assassinés.

Les familles des disparus ont également besoin de connaître la vérité sur le sort de leurs proches afin de pouvoir enfin entamer, le cas échéant les procédures de deuil, Très souvent dans le cas ou le décès est avère, les familles réclament qu'on leur rende les corps pour qu'ils soient enterrées dans des tombes individuelles, A défaut les familles demandent au moins qu'on les informe sur le lieu ou leurs proches seraient susceptibles d'être enterres.

Il faut rejeter la situation confuse ou tout le monde est coupable et tout le monde est innocent, Il faut identifier les assassins, les criminels et les traduire en justice, Traduire un criminel devant la justice s'inscrit dans cette recherche de paix sociale, le but de la justice est multiple à savoir, retisser le tissu social, restaurer les normes et les valeurs, sanctionner les torts et prévenir la récidive.

Le but de la réconciliation nationale est de tourner la page, Beaucoup de victimes et leurs proches souhaiteraient pouvoir tourner cette page mais n'en sont tout simplement pas capables dans la mesure ou elles ont l'impression que la justice n'a pas été rendue. La lutte contre l'impunité est un élément central de la réparation et l'équité.

Il y a plusieurs causes qui peuvent concourir à rendre les mœurs d'un être humain moins rudes, mais parmi toutes ces causes, la plus puissante est de sentir la justice.

Les victimes ont besoin d'une reconnaissance officielle des souffrances qui leur été infligé, Il faut être conscient c'est que les souffrances infligées aux victimes peuvent être assimilées à une deshuminisation de celles-ci. Dans le processus de conciliation les victimes cherchent alors à regagner cette humanité perdue, Cela passe essentiellement par une reconnaissance de la part de la société et surtout du responsable direct ou indirect de la violation.

- Que la – realpolitik – qui sacrifie la justice sur l'autel des règlements politiques n'est pas acceptable

- L'impunité des criminels n'est plus tolérée,

- La justice est partie intégrante de la paix.

Que selon les instruments internationaux de protection des droits de l'homme, les Etats s'engagent à respecter le droit des personnes au recours à la justice, et même une amnistie générale était prononcée, les victimes devraient rester libres de recourir à la justice, si tel est leur souhait.

Il est possible de nous inspirer des vertus de la tolérance et l'acceptation de l'autre à la lumières des expériences des autres nations qui ont souffert des crises internes sanglantes en instituant une justice transitionnelle à pour but l'identification des responsables de la tragédie nationale ; les criminels ; les assassins ; les violeurs ; les commanditaires quitte à les amnistier par la suite.

Les militants de la LADH sont ainsi

Vivement préoccupés par le fait que les droits humains et les libertés fondamentales pourraient être sapés par certaines dispositions envisagées par la charte. y compris le droit à la protection de la mémoire collective.

Préoccupés également par les conséquences préjudiciables de certaines dispositions de la charte sur la jouissance des droits des défenseurs des droits humains, des membres des associations des victimes de terrorisme , des associations des disparus , les activistes des partis politiques et les journalistes.

Vivement préoccupés par le fait que certains discours nient l' Algerianité ; le patriotisme et la citoyenneté aux voix discordantes qui essaient de

S'exprimer sur le projet de la charte. Notre pays à besoin d'un vrai débat autour d'un projet qui engage son avenir ,Il est donc impératif d'ouvrir le champ à expression plurielle – y compris la radio et la télévision- pour discuter , expliquer, et même critiquer pour que le scrutin soit entouré d'un minimum de crédibilité.

En maudisant, diabolisant, injuriant celles et ceux qui s'y opposent ou critique le projet de la charte , c'est tourner le dos à la démocratie.

Les défenseurs des droits humains ,les hommes politiques , les associations, les journalistes sont parfaitement dans leur rôle en apportant critiques et propositions, ils assument des devoirs , remplissant des taches qui justifie leurs existence et surtout exerçant leurs droits constitutionnels et civiques.

Pour les militants de la LADH
Maître Boudjema GHECHIR
Président LADH
Alger 27 août 2005

  Reddition - Réconciliation - Amnistie  
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