Les islamistes et l'option de l'amnistie générale

Les «militaires» prennent de court les politiques

L'Expression, 21 février 2005

Les signaux envoyés au président de la République sont assez clairs pour être interprétés en temps réel.

Le scénario de 1999-2000 semble se répéter pour les islamistes : les ex-militaires prennent encore de court les politiques. Comme pour la concorde civile, lancée par le président de la République dès son investiture, l’aile armée du parti dissous a pris les devants et accordé tout son intérêt pour l’amnistie générale. L’ancien émir de l’AIS, Madani Mezrag, a déclaré que cette démarche doit permettre à tous les «hommes de bonne volonté» de faire part de leurs suggestions et leurs points de vue et de la faire précéder par des mesures qui pourraient aboutir «à un apaisement politique et à des actions concrètes». Il y a quelques jours, l’ancien émir du groupe islamique armé avait formulé une proposition similaire et avait dit être «disponible à travailler dans le sens d’une démarche susceptible de faire cesser toute hostilité et toute violence». Le propos de Madani Mezrag, adopté aussi par ses deux lieutenants, Ahmed Benaïcha pour l’Ouest et Mustapha Kertali pour le Centre, rappelle celui exprimé par les mêmes chefs de l’AIS qui, les premiers, avaient porté à bras-le-corps le projet de loi portant concorde civile adopté par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika en 1999, quelques mois seulement après son investiture. Le positionnement des chefs «militaires» et des leaders trêvistes des groupes armés leur avait permis alors d’être dans les bonnes grâces du président et d’accéder de fait, à un statut politique d’interlocuteurs, informels certes, mais directs du pouvoir. Cette promptitude dans la sollicitation de la part des anciens chefs de guerre se veut un gage donné et renouvelé de constance dans le choix de la paix civile. Les signaux envoyés au président de la République sont assez clairs pour être interprétés en temps réel. C’est visiblement ce qui agace les leaders politiques du parti dissous qui pensent que l’aile militaire fait concession sur concession et opère malignement sur l’autre, sans pour autant avoir un objectif politique sérieux à son adhésion totale à la démarche du président. Le plus souple de la tendance, Abassi Madani, avait déclaré, il y a une semaine sur l’antenne de la chaîne de télévision El Moustaqilla que malgré plusieurs points de discorde sur le projet d’amnistie, il reste à espérer qu’il peut mener à plus de paix, de confiance et de sérénité, alors que pour Abdellah Anas et Qamareddine Kherbane, les deux «leaders londoniens» du FIS, «il y a plus d’opacité que de clarté dans ce projet» et qu’il faudrait attendre le travail que mène aujourd’hui la commission chargée de ce projet «pour pouvoir donner un avis sérieux et prendre position».
Pour d’autres responsables politiques de l’ex-FIS, dont Abdelkader Boukhamkham, il y a lieu surtout de souligner «le peu de sérieux dont fait preuve la classe politique algérienne qui ne sait du contenu de l’amnistie absolument rien, mais qui continue à gesticuler, adhérer et encenser le projet comme si les textes avaient été lus en long et en large et approuvés dans leur totalité».
Dans tout ce magma pré-amnistie, c’est l’ancien président Ahmed Ben Bella qui pourrait jouer le rôle de «modulateur». Aussi proche du président de la République, Abdelaziz Bouteflika que des islamistes de l’ex-FIS, il est dans son rôle de président d’honneur de la commission nationale pour l’amnistie générale, une pièce maîtresse du jeu.

Fayçal OUKACI

 
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