Bouteflika intransigeant à l’égard des dirigeants de l’ex-FIS

Vous êtes les bienvenus mais sans vos activités politiques

par De notre envoyé spéciale Sihem H., Le Jeune Indépendant, 21 septembre 2005

En terre chaouie, M. Bouteflika a, dans un discours au ton ferme, abordé différents aspects de notre histoire, notamment la période coloniale, plaçant une nouvelle fois la question du «pardon» comme un préalable au traité d’amitié envisagé entre Alger et Paris.

Le Président a également exclu, une fois de plus, toute mesure d’amnistie générale qui, de son avis, est «exclusivement du ressort» de… Dieu. Les cadres de l’ex-FIS à l’étranger ont été invités par le président de la République, sans pour autant les citer nommément, à rentrer au pays à condition qu’ils cessent toute activité politique.

A partir du stade du 1er-Novembre de Batna où il animait un meeting, hier, M. Bouteflika a exclu, encore une fois, toute réhabilitation, quel qu’en soit le prétexte, du parti dissous. «Nos bras sont grands ouverts pour les accueillir (les exilés du FIS dissous, NDLR), mais je tiens à les avertir qu’aucune activité politique ne leur sera permise», déclarait-il à cet égard.

Les déclarations du chef de l’Etat interviennent au lendemain des comptes rendus de presse, faisant état d’une rencontre à Londres, entre M. Abdelaziz Belkhadem et des dirigeants du FIS dissous, donnés pour être d’accord pour «rallier la cause d’Abdelaziz Bouteflika».

Se voulant plus explicite, le président de la République a affirmé qu’il est inutile de se lancer «dans des labyrinthes à la recherche d’une explication à l’origine de la crise car, cela équivaudrait à assimiler l’histoire à celle de la poule et de l’œuf».

Dans l’état actuel «il n’est pas question d’entrer dans ces détails […] ; il appartiendra aux historiens d’élucider cette partie de notre histoire». Ce qui importe pour le moment, c’est «d’éviter un retour aux années 1990, d’éviter de raviver les feux de la fitna en permettant à ces cadres de se frayer une place dans le monde politique».

C’est pour les mêmes raisons que Bouteflika a justifié l’exclusion d’une amnistie générale. «L’amnistie générale est du ressort exclusif de Dieu. Pour ma part, il m’est impossible de supporter un tel fardeau», affirma-t-il. 15 ans ça suffit ! Dans son discours d’une heure, M. Bouteflika a présenté la réconciliation nationale soumise à référendum le 29 septembre prochain comme étant «l’ultime et unique» moyen de rétablir la paix en Algérie.

«Nous sommes dans un pays démocratique et ceux qui veulent voter contre mon initiative sont libres, mais j’attire votre attention pour vous dire qu’il n’existe pas d’autres moyens pour le moment.» Revenant sur les années de braise, le Président a pris de court l’assistance, en incluant son premier mandat dans la tragédie nationale.

«Il est temps d’en finir avec ces lamentables années pour nous consacrer aux différents chantiers permettant le développement de notre pays… 15 ans barakat», s’exclama-t-il. La crise vécue par le pays n’a d’égale, de l’avis du président de la République, que la guerre ayant opposé le calife Ali à Mouaouya Ben Abi Soufiane, après la mort du Prophète.

«Ce sont les deux seules guerres dans la vie de l’humanité où les musulmans se sont entre-tués avec autant de sang-froid», affirme-t-il. Aussi, le Président juge-t-il impératif de rompre définitivement avec cette période. «Cessez de faire du peuple le captif de deux clans, l’un voulant instaurer un Etat islamique et l’autre un Etat laïque», lançait-t-il aux antagonistes.

Le traité d’amitié avec la France est tributaire du pardon Sur un autre plan, M. Bouteflika a conditionné la conclusion du traité d’amitié, dont les démarches sont entamées entre l’Algérie et la France, par la nécessaire demande de pardon par la France pour tous les dégâts que le colonialisme a fait subir à la nation algérienne.

Dans un discours prononcé à partir de Batna où il continue son périple en faveur de la réconciliation nationale, M. Bouteflika a quelque peu surpris son auditoire en raison d’un brusque changement de ton lorsqu’il abordait les relations algéro-françaises.

Le sujet était entamé par un «chaleureux message à mon ami Jacques Chirac» auquel Bouteflika a tenu à transmettre ses vœux «de bonne santé, de bonheur et un prompt rétablissement». «Mais attention», poursuivait-il, sur un ton soudainement plus ferme, «il est temps que les choses soient clarifiées […] ; nous sommes tout à fait disponibles à nous ouvrir à qui connaît notre valeur, mais nous ne pouvons pas continuer éternellement à faire l’impasse sur le passé douloureux entre nos deux pays», plaidait-il.

«Pour aller vers l’amitié espérée, il faut que la France demande pardon. Dans le cas contraire, chacun vaquera à ses occupations en continuant à défendre, séparément, uniquement ses propres intérêts» lançait-il publiquement à partir des Aurès.

La Kabylie se porte bien Le président de la République qui avait animé la veille un meeting à Tizi Ouzou a, dès le début de son discours, tenu à transmettre à partir de Batna ce qu’il qualifie de bonne nouvelle : «La Kabylie va bien, je tiens à vous rassurer.» «Les Kabyles m’ont réservé un accueil aussi chaleureux que celui dont vous m’honorez aujourd’hui», affirme-t-il.

Une déclaration à travers laquelle M. Bouteflika a tenu à mettre en exergue l’unité du peuple et du territoire algériens. «Malheur à ceux qui croyaient qu’en attaquant la Kabylie il diviseraient le peuple algérien ! Leur plan a échoué grâce à la mobilisation de la population de la région», affirmait-il dans une allusion aux événements vécus par la Kabylie en 2001.

S’adressant aux populations de Batna, Msila, Oum El-Bouaghi, Khenchela et Tébessa, le Président s’est dit fier de se déplacer «de la terre de Krim Belkacem vers celle de Mustapha Benboulaïd pour transmettre les messages d’amitié entre les différentes contrées de notre pays».

«Je tiens à rendre à partir de cette tribune un hommage particulier aux habitants de Msila, région de notre défunt président Mohamed Boudiaf», ajoutait Bouteflika à quelques encablures du domicile d’un autre ex-président, M. Liamine Zeroual.

Le président Boudiaf, considère Bouteflika, est tombé au champ d’honneur en défendant… la réconciliation nationale. Pour lui, «l’Algérie compte désormais deux types de martyrs, ceux de l’indépendance et ceux du terrorisme […] et Boudiaf est un martyr qui voulait aller vers une réconciliation nationale», confie-t-il.

Le FFS présent au meeting ! Au grand étonnement de l’assistance, des banderoles favorables à la démarche présidentielle étaient brandies aussi bien par les militants que par les élus du … FFS. Ce qui a poussé certains, y compris dans la délégation présidentielle, à en déduire que la base et la direction du parti d’Aït Ahmed n’avaient pas accordé leurs violons.

D’autant que le FFS avait clairement affiché son rejet de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. S. H.

 
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