Heure zéro pour l’amnistie

Par M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 29 août 2006

Le 28 ou le 31 ? Une lecture stricte de l’ordonnance sur la paix et la réconciliation promulguée le 27 février, qui donne six mois aux membres des groupes armés pour se rendre, implique que la date butoir arrive le 28 août 2006.

Dans l’attente d’une décision du Président sur la prorogation du délai ou non, le gouvernement semble, sur la base de sa propre lecture sur l’échéance, avoir déjà octroyé une rallonge jusqu’au 31 août 2006. Un «dernier quart d’heure» offert apparemment pour convaincre les «hésitants» de profiter des largesses de la loi, sachant que, malgré les demandes «pressantes» de certains partis politiques, nul ne sait si le président de la République va accorder un nouveau sursis ou non. La forte médiatisation des déploiements des forces de l’ANP, dans les zones d’action des groupes armés, semble constituer un message plus que subliminal aux «hésitants»: profitez vite des bienfaits de la loi, il n’y aura pas une autre chance. De nombreux articles évoquent en effet une «grande offensive» de l’armée qui aurait lieu après le 31 août 2006. Certains pestent déjà contre les politiciens qui parlent de «rallonge» et de «prolongation» dont l’effet ferait croire aux «hésitants» - que l’on prend soin de distinguer des «irréductibles» - que l’épée d’Al-Hadjadj ne serait pas prête de sortir de son fourreau. Il faut remarquer pourtant que les opérations de l’armée et des services de sécurité n’ont pas été gelées dans l’attente du fameux «31» et que la promulgation de l’ordonnance sur la paix et la réconciliation n’a pas entraîné une pause dans l’action antiterroriste. Tout cela fait partie d’une sorte de «climat» où ceux qui font la scène politique actuelle semblent avoir quelque difficulté à deviner la décision que prendra le président de la République. Certains n’y vont d’ailleurs pas par quatre chemins, ils seront d’accord avec tout ce que décidera le président Abdelaziz Bouteflika et s’abritent fort opportunément derrière l’article 47 de l’ordonnance sur la paix et la réconciliation nationale lui donnant la possibilité de prendre à tout moment «toutes autres mesures requises pour la mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale».

«Débat balisé»

Autant dire qu’ils n’ont pas d’avis particulier, chose qui peut s’interpréter de manière contradictoire comme une manifestation de «loyauté» ou un renvoi de la responsabilité au seul Président. Une situation qui est, depuis des années, un trait caractéristique de la «vie politique». Ce qui explique que, hormis quelques commentaires de presse, les «débats» ne portent ni sur le bilan, ni sur le fond de la politique mise en oeuvre, mais uniquement sur la question de la prorogation de la date butoir ou non. Puisque tout est confiné dans la question des dates, ce sera une curiosité de savoir, à la lecture du «bilan final» qui est annoncé, si la «rallonge» entre le 28 et le 31 août a eu une quelconque incidence ou si l’on reste au chiffre de «250 à 300 redditions» donné par le ministre de l’Intérieur. Il serait surprenant que ces «trois jours» de rallonge ou ce dernier «quart d’heure» changent fondamentalement la donne. Le chiffre de 300 terroristes sur un effectif présumé de 700 à 800 (là également, le flou reste de mise) pourrait s’interpréter, suivant le point de vue où l’on se place, comme positif ou négatif. Le verre pourrait être estimé à «demi plein» par les autorités en faisant valoir que la reddition de 300 éléments armés est un apport positif dans le rétablissement de la sécurité. A l’opposé, d’autres verront le verre à «moitié vide» en soulignant que les espérances portées sur la loi sur la paix et la réconciliation ont été démesurées et que les «irréductibles» n’ont pas été alléchés par l’offre qui leur a été faite. On peut en tout cas être sûr d’une chose: le nombre de ces irréductibles est suffisamment consistant pour qu’il justifie, aux yeux des autorités, une autre «rallonge» dans l’état d’urgence.

Il reste que le fait que des partis en viennent à demander une «rallonge» des délais pour les groupes armés est interprété, non sans logique, comme une reconnaissance implicite que le bilan n’est guère réjouissant.

Abdelaziz Belkhadem, en indiquant que la paix et la réconciliation, «une question de valeur qui ne peut être définie ni dans le temps, ni dans l’espace», choisirait ainsi de botter en touche pour contourner le fait, évident, que l’offre d’amnistie est, du point du vue du droit, «définie dans le temps». Formellement donc, la commission de suivi doit se réunir et faire un bilan détaillé sur le nombre de redditions à transmettre au Président. La focalisation sur les «délais» permet de baliser les débats en laissant au président de la République le soin de trancher entre les deux options.

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