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Au Nom d’Allah, Le Clément, Le Miséricordieux
Communiqué
Concernant la Réconciliation Nationale en Algérie
Vendredi 13 Mai 2005 (Traduction de l'arabe)
Depuis des siècles, le peuple algérien n’a cessé de lutter utilisant tous les moyens légitimes disponibles pour défendre ses principes islamiques et pour préserver sa libre volonté. Son combat pour la concrétisation de ces objectifs, menant tout droit de la résistance populaire et l’Appel au Réformisme (ou Da’wa Islahia), puis de la révolution pour la libération jusqu’à l’indépendance ; ce combat se trouve immortalisé dans des pages rayonnantes de son histoire. Cette volonté ne dura malheureusement qu’un bref instant avant qu’elle ne soit confisquée et que le projet de Novembre qui consacre l’édification d’un état algérien démocratique, social et souverain, dans le cadre des principes de l’Islam, ne soit avorté.
La crise nationale n’est pas le résultat du néant. Ses racines s’étendent même avant l’avènement de l’indépendance. Cette crise s’est empirée avec le temps pour arriver à un paroxysme de ses complications, menant le pays vers un drame national, quarante ans après le recouvrement de la souveraineté nationale. Dévoilant ainsi les incompétences et les erreurs concernant un grand nombre de choix politiques faits par les pouvoirs successifs en place durant cette période. Ce qui nous mène, sans hésitation, à décrire cette crise comme une crise structurelle.
En effet, le recours à la force devant tout conflit avec l’opposition, ainsi que la prise de décision de manière unilatérale, sans la moindre référence au peuple ni à ses principes et constantes, sont autant de caractéristiques qui ont distingué le pouvoir en Algérie depuis l’indépendance. Ceci aboutit à l’exclusion de nombreuses potentialités à tous les niveaux et dans tous les secteurs.
Les choix et les pratiques du pouvoir ont donné lieu à une situation complexe et à des pratiques extrémistes, du fait du reniement de la culture politique de multipartisme du peuple algérien, multipartisme tel vécu dans les années quarante du siècle dernier. Cette situation s’est empirée jusqu’à nier aux algériens le droit à la différence et à l’expression de leur opinion, leur interdisant la diversité naturelle, caractéristique commune à tous les peuples.
De fait, la situation précédemment décrite et les conséquences qui en découlèrent - telles la dépravation, l’inefficacité dans la fructification des ressources naturelles et humaines, et la faillite totale dans les choix sociaux - tout cela a mené à la faillite même de l’état. Ce qui eut pour conséquence le soulèvement d’octobre 1988, témoin de la rupture absolue entre le peuple et le pouvoir de fait.
Les tentatives du pouvoir d’alors de passer outre la série des faillites en se basant sur son expérience exclusive de gestion des crises, par une série de reformes politiques et économiques, ne réussirent qu’à les empiler pour aboutir en fin de parcours à la plus grande crise qu’ai jamais connu le pays.
Le peuple algérien, par le biais des élections historiques locales du 16 juin 1990, et législatives du 26 décembre 1991, a exprimé, avec maturité et de manière civilisée, son habilité à choisir l’autorité politique du pays.
Malheureusement, une minorité idéologique, dévoilant son hostilité vis a vis des constantes de la nation, en se mettant au travers du choix du peuple, l’accusant d’immaturité, a mis tout en œuvre pour confisquer son droit de décider de lui-même son destin. Elle a ainsi imposer au pays, tout au long de la décennie passée, « la solution du tout sécuritaire » et la militarisation du peuple et du pays, niant l’existence même de crise politique nationale en Algérie, drainant le pays tout droit vers une sale guerre.
La situation dramatique vécue aujourd’hui par une large partie de notre peuple est due à la décision irresponsable de faire fi à la volonté populaire, et ainsi, de déclarer la guerre aux élus du peuple et à leurs sympathisants. Aussi, la dégradation de la situation est due au fait du refus de certains éléments du pouvoir à tout dialogue avec l’opposition légitime et représentative, lui préférant la politique de représailles d’éradication.
Ainsi, faire assumer au Front Islamique du Salut la responsabilité de la crise et de sa dégradation équivaut à responsabiliser la victime du crime perpétré par le coupable, et cela relèverait de la dénaturation pure et simple de la vérité historique. La confrontation armée ne constituait en aucun cas un choix planifié au sein de la majorité de la tendance islamique, ni même une possibilité parmi d’autres choix. La tendance islamique comptait de façon exclusive sur le choix du peuple et sur son adhésion active dans la noble confrontation politique.
Le drame national et la situation tragique qu’il engendra nécessitent le concours des efforts de tous les enfants du peuple afin de traiter les séquelles de la crise, de trouver ensemble une solution qui nous permettra de sortir définitivement de ce long tunnel. Afin de pouvoir se préparer pour un sursaut national réel, ayant pour fondements les constantes nationales, le respect de la volonté du peuple, son droit au pluralisme, et la prise en considération des hauts intérêts du pays, y compris la préservation de ses ressources naturelles vitales, et des relations avec les peuples et états voisins.
Ainsi, le pouvoir actuel est appelé à trouver une solution à la spirale de confrontation, eu regard aux responsabilités de certains de ses membres dans la compromission de l’appareil de l’état dans le putsch à l’encontre de la légitimité.
Et cela ne peut se réaliser que par la mise en place de mesures appropriées requises pour l’accomplissement du projet de la réconciliation nationale. Ainsi que par la présentation d’un projet clair, dont l’objectif est de réaliser un climat propice pour un Tassamouh populaire globale (pardon mutuel après révélation de la vérité) et une réconciliation nationale réelle et juste.
La détermination du concept et de la nature de ce projet historique et déterminant, de la part de ses auteurs, constitue une phase primordiale et indispensable à même de permettre à tout un chacun de s’engager positivement dans ce projet et de manière effective.
Nous, de par notre responsabilité historique, nous insistons sur le fait qu’une réconciliation nationale réelle implique nécessairement que le projet soit considéré comme étant le projet du peuple algérien tout entier, dont la participation effective dans sa préparation et sa concrétisation est impérative. Et cela par le biais d’un dialogue sérieux, et d’un débat national incluant toutes les forces et les potentialités représentatives de la réalité et des aspirations du peuple. De même que cette réconciliation nationale se doit d’élargir les voies de participation réelle dans l’élaboration de ce projet aux parties exclues ou éloignées, tout en leur assurant les garanties légales.
La réconciliation nationale constitue un devoir légitime, une nécessité historique, un acte civilisationnel, et une condition essentielle parmi les conditions nécessaires à la renaissance de cette nation. Ainsi, elle représente un projet gigantesque qui ne saurait être réduit en un projet d’amnistie de contours confus, ou dans des réparations matérielles aussi importantes soient elles.
Au contraire, la réconciliation juste impose la connaissance de l’identité réelle des responsables derrières la perpétration de tous les massacres collectifs, des crimes d’exécutions sommaires et arbitraires et de la pratique de torture commise à l’encontre des populations civiles. De même elle impose de faire toute la lumière sur le sort disparus, et faciliter le retour des personnes déplacées, à l’intérieur du pays, et des exilés à l’étranger, à leurs domiciles et à réintégrer leur emplois.
Nous considérons que toute tentative qui ignorerait les droits légitimes, qui écarterait les partis concernés par la crise, qui pervertirait la vérité, qui imposerait la politique du fait accompli, ou qui passerait outre le retour au véritable processus démocratique; nous considérons qu’une telle tentative est vouée inéluctablement à l’échec et fera passer notre pays à coté d’une autre opportunité historique pour une réconciliation réelle.
Nous renouvelons par ailleurs notre disposition pour une participation active dans tout projet sérieux dont l’objectif consiste à réaliser le Tassamouh global entre les différentes composantes du peuple, ainsi qu’à une réconciliation nationale réelle et équitable capable de réconcilier les parties en conflit, panser les plaies, enterrer les haines, de tourner la page des affrontements, et d’ouvrir une nouvelle page qui concrétiserait les aspirations du peuple à la vie fondée sur la liberté et la justice et qui permettrait à l’Algérie de restituer son bien-être et sa position légitime qui lui revient de droit parmi les nations.
Signatures :
Anwar N. Haddam
Ahmed Zaoui
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