RECONCILIATION NATIONALE

Anouar Haddam et Ahmed Zaoui parlent de «projet gigantesque»

Le Quotidien d'Oran, 15 mai 2005

L’aile radicale de l’ex-FIS réapparaît en faisant savoir qu’elle prend option pour la réconciliation nationale, qu’elle qualifie de «projet gigantesque (mais) qui ne saurait être réduit à un projet d’amnistie aux contours confus».

C’est par la plume d’Anouar Haddam et Ahmed Zaoui que l’aile radicale s’est exprimée hier par un long communiqué sur la réconciliation nationale. Vivant tous deux depuis de longues années sous d’autres cieux, les deux responsables de l’ex-FIS dissous demandent «la mise en place de mesures appropriées, requises pour l’accomplissement du projet de la réconciliation nationale (et) la présentation d’un projet clair dont l’objectif est de réaliser un climat propice pour un Tassamouh populaire global (pardon mutuel après révélation de la vérité) et une réconciliation nationale réelle et juste».

La vérité - terme mis entre parenthèses dans le communiqué -, les deux membres influents de l’ex-FIS l’ont esquissée à travers leur explication des faits marquants de la décennie sanglante. En préambule, ils ont tenu à se référer «aux pratiques extrémistes du pouvoir» qui ont, selon eux, confisqué les principes islamiques du peuple et sa libre volonté et ont fait avorter le projet de Novembre qui consacre l’édification d’un Etat algérien démocratique, social et souverain dans le cadre des principes de l’Islam. Ils en déduisent que « (...) les conséquences qui en découlèrent - telles la dépravation, l’inefficacité dans la fructification des ressources naturelles et humaines et la faillite totale dans les choix sociaux -, tout cela a mené à la faillite même de l’Etat. Ce qui eut pour conséquence le soulèvement d’Octobre 1988, témoin de la rupture absolue entre le peuple et le pouvoir de fait». Ils en tirent un premier constat en soulignant que «les tentatives du pouvoir d’alors de passer outre la série des faillites en se basant sur son expérience exclusive de gestion des crises, par une série de réformes politiques et économiques, ne réussirent qu’à les empiler pour aboutir en fin de parcours à la plus grande crise qu’ai jamais connue le pays».

Haddam et Zaoui estiment alors que «le pouvoir est appelé à trouver une solution à la spirale de confrontation, eu égard aux responsabilités de certains de ses membres dans la compromission de l’appareil de l’Etat dans le putsch à l’encontre de la légitimité».

«Le peuple algérien, par le biais des élections historiques locales du 16 juin et législatives du 26 décembre 1991, a exprimé avec maturité et de manière civilisée son habilité à choisir l’autorité politique du pays», rappellent-ils pour commencer par situer la période de ce qu’ils appellent «le putsch contre la légitimité». Ils écrivent: «Malheureusement, une minorité idéologique, dévoilant son hostilité vis-à-vis des constantes de la nation en se mettant au travers du choix du peuple, l’accusant d’immaturité, a mis tout en oeuvre pour confisquer son droit de décider de lui-même son destin». Ils notent qu’a été imposée «la solution du tout sécuritaire et la militarisation du peuple et du pays, niant l’existence même de crise politique nationale en Algérie, drainant le pays tout droit vers une sale guerre».

Anouar Haddam et Ahmed Zaoui pensent que la réussite de la réconciliation nationale doit passer par «la détermination du concept et de la nature de ce projet historique et déterminant de la part de ses auteurs» parce qu’elle «constitue une phase primordiale et indispensable à même de permettre à tout un chacun de s’engager positivement dans ce projet et de manière effective». Les deux membres de l’ex-FIS se veulent surtout être partie prenante, de par, écrivent-ils, «notre responsabilité historique», sans qu’ils expliquent la nature et les niveaux de cette responsabilité même, mais soulignent que «nous insistons sur le fait qu’une réconciliation nationale réelle implique nécessairement que le projet soit considéré comme étant le projet du peuple algérien tout entier, dont la participation effective dans sa préparation et sa concrétisation est impérative». Ils appellent à cet effet à «un dialogue sérieux et à un débat national incluant toutes les forces et les potentialités représentatives de la réalité et des aspirations du peuple». Et de pointer plus précisément du doigt ce qui leur est essentiel. «De même que cette réconciliation nationale se doit d’élargir les voies de participation réelle dans l’élaboration de ce projet aux parties exclues ou éloignées, tout en leur assurant les garanties légales».

La réconciliation, disent-ils, «est un devoir légitime, une nécessité historique, un acte civilisationnel et une condition essentielle parmi les conditions nécessaires à la renaissance de cette nation». De par sa qualité de «projet gigantesque», elle ne saurait cependant «être réduite à un projet d’amnistie aux contours confus ou dans des réparations matérielles, aussi importantes soient-elles», estiment les signataires du communiqué. Ils affirment que «la réconciliation impose la connaissance de l’identité réelle des responsables derrière la perpétration de tous les massacres collectifs, des crimes d’exécutions sommaires et arbitraires et de la pratique de la torture commise à l’encontre des populations civiles; de même qu’elle impose de faire toute la lumière sur le sort des disparus et faciliter le retour des personnes déplacées à l’intérieur du pays et des exilés à l’étranger, à leurs domiciles et à réintégrer leurs emplois».

En clair, Haddam et Zaoui considèrent que «toute tentative qui ignorerait les droits légitimes, qui écarterait les parties concernées par la crise, qui pervertirait la vérité, qui imposerait la politique du fait accompli ou qui passerait outre le retour au véritable processus démocratique, est vouée inéluctablement à l’échec et fera passer notre pays à côté d’une opportunité historique pour une réconciliation réelle».

Ils persistent et signent en «renouvelant notre disposition pour une participation active dans tout projet sérieux dont l’objectif consiste à réaliser le Tassamouh global entre les différentes composantes du peuple, ainsi qu’à une réconciliation nationale réelle et équitable, capable de réconcilier les parties en conflit, panser les plaies, enterrer les haines, tourner la page des affrontements et ouvrir une nouvelle page qui concrétiserait les aspirations du peuple à la vie fondée sur la liberté et la justice et qui permettrait à l’Algérie de restituer son bien-être et sa position légitime qui lui revient de droit parmi les nations».

Ghania Oukazi

  Anwar Haddam et Ahmed Zaoui: Communiqué concernant la Réconciliation Nationale en Algérie (13.05.05, version en arabe pdf)  
www.algeria-watch.org