Aït Ahmed à propos de la rente

« Ce gâteau auquel les Algériens ne sont pas invités à goûter »

El Watan, 11 avril 2006

Opposé frontalement au projet de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, le président du FFS, Hocine Aït Ahmed, s’est élevé, aujourd’hui, contre l’oubli et l’impunité qu’impose la même charte.

Dans une déclaration rendue publique hier, il a appelé à voir l’histoire de l’Algérie en face et à se souvenir des personnes assassinées. « Que faire alors de nos yeux, de cette mémoire qu’on prétend nous dénier ? Voir et se souvenir précisément. Se souvenir des êtres chers auxquels on a fait la chasse comme à des fantômes. Voir notre histoire en face », a-t-il déclaré dans une déclaration faite à l’occasion du 19e anniversaire de l’assassinat d’Ali Mecili. Le leader du FFS a estimé que la méditation dans la mémoire « ne signifie pas la vengeance ou la réconciliation ». La finalité, selon lui, est de tirer les leçons du passé afin de trouver les moyens permettant au peuple de se libérer des mensonges et des manipulations du régime. Un régime qui, a-t-il indiqué, s’est construit sur l’oubli et l’impunité. Pis encore, le même régime légifère et décrète contre l’oubli et l’impunité. Allusion faite ici aux textes d’application de la charte pour la paix et la réconciliation. « Le système qui nous tient lieu d’Etat s’est construit sur l’oubli des massacres de milliers d’adolescents en octobre 1988. Il s’est construit ensuite sur une terrible guerre contre les civils », a-t-il souligné. La tragédie nationale, a-t-il précisé, est un concentré d’oublis des promesses de la Révolution et des dénis des libertés, de règne du droit et de la justice. Hocine Aït Ahmed a appelé ses militants à refuser cette politique de l’oubli que le pouvoir a imposée. Le traité d’amitié entre l’Algérie et la France repose, selon le vieil opposant, sur ce même oubli et l’impunité. « La raison d’Etat, la raison des deux Etats qui ne savent fonder ce qu’ils appellent leur amitié que sur l’oubli et l’impunité. L’impunité que l’un accorde d’avance à l’autre pour de multiples raisons : la peur, la rente pétrolière et gazière et, nous dit-on aujourd’hui, une rivalité entre les grands qui se bousculent pour se partager un gâteau auquel les Algériens ne sont jamais invités à goûter », a-t-il affirmé. Hocine Aït Ahmed, rappelons-le, était parmi les signataires d’une pétition lancée récemment « contre l’autoamnistie ».

Madjid Makedhi

 
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