A propos du projet présidentiel

Ghechir : “Il ne faut pas faire d’amalgames”

Par Mourad Kezzar , Liberté, 23 avril 2005

Pour le président de la ligue algérienne des droits de l’Homme, le peuple doit savoir ce qui s’est réellement passé durant les dix dernières années.

À Constantine, au moment où certains groupes, ceux que les citoyens découvrent depuis quelques années dans tous les comités de soutien aux différents programmes lancés par le gouvernement, font campagne pour l’amnistie générale tout en avouant à leur auditoire ignorer ses contours, les animateurs des organisations des droits de l’Homme de la place crient au dérapage.
Pour le président de la ligue algérienne des droits de l’homme, l’avocat de Constantine,
Me Boudjemaâ Ghechir, “ce n’est pas en écoutant toute cette nuée de clientèles qui fait du tapage autour de l’amnistie générale que le président de la République va réussir dans sa démarche”.
Toujours selon ce troubadour des droits de l’homme, “la concorde nationale est l’une des idées les plus nobles qu’a fécondées l’humanité. Elle est loin de se limiter à une décision politique. C’est un sentiment ancré dans la culture des peuples, donc une démarche qui doit s’inscrire dans un projet futuriste”. L’amnistie générale qui doit passer par la concorde civile est, selon les animateurs des droits de l’homme de Constantine, un projet qui doit réunir trois conditions pour sa réussite : la vérité, la justice et l’équité. Pour la vérité, Ghechir explique que le peuple doit savoir la vérité sur ce qui s’est réellement passé. L’État doit dire la vérité sur les milliers de disparus et de viols. Concernant la justice, l’homme des droits de l’homme constantinois a fustigé le secteur de la justice qui, au lieu d’être le socle à partir duquel les sociétés construisent leur stabilité et leur sécurité, est chez nous synonyme de répression.
Enfin, en matière d’équité, toutes les parties engagées dans la crise doivent être sur un pied d’égalité. “Il ne faut pas faire d’amalgames. On ne peut pas dire que tous ceux qui sont dans le pouvoir sont des criminels et des terroristes, même constat pour ceux qui sont dans les maquis terroristes”, conclut l’avocat.
Pour les familles des disparus de Constantine qui observent une fois par semaine un sit-in dans le centre de la ville depuis des années, la question du dédommagement matériel est discutable. Toutefois, la condition sine qua non de la réconciliation nationale reste la fermeture des plaies ouvertes durant la période de crise, laquelle ne peut se faire que par la reconnaissance des parties impliquées dans leurs responsabilités.
Pour ces mêmes familles, l’histoire contemporaine a enregistré à travers le monde au moins 20 expériences de réconciliation nationale réussies.
Toutes se sont fondées sur les trois conditions universellement admises. On ne voit pas pourquoi on veut une amnistie à l’algérienne, sauf si on lui réserve le sort qu’ont connu l’islam, le socialisme, l’école… à l’algérienne !
À l’opposé, des proches de membres des forces de sécurité engagés durant les années 1990 dans la lutte antiterroriste sont méfiants de l’avenir.
Pour eux, si l’État a amnistié les terroristes en 1999, il ne l’a pas fait pour ceux qui étaient dans l’autre camp, celui de la défense de la République.

  Redditions - Réconciliation - Amnistie  
www.algeria-watch.org