L'amnistie à fragmentation


par Mohamed Zaâf , Le Jeune Indépendant, 16 décembre 2004

L e Président a manifesté sa volonté d'engager résolument l'Algérie sur le chemin de l'amnistie générale, station importante mais transit obligatoire aussi pour atteindre la réconciliation nationale recherchée. Une mesure qui finira par chasser durablement l'esprit malfaisant pour refaire enfin place à celui de l'unité, de la fraternité.

Des éléments plus conformes à la personnalité nationale, qui nous distinguaient et qui, avec l'aide de Dieu, ont permis l'inimaginable : une résistance victorieuse de 132 ans. Aujourd'hui, après le travail colossal accompli tel une fourmi depuis 1999, les Algériens ne se contentent plus d'espérer seulement, ils ont dépassé ce stade et ils croient dur comme fer aux chances de parvenir à une solution politique de la crise.

Sauf qu'ils s'en déchargent (par fainéantise ?) sur le seul Président, alors que celui-ci réclame des avis et se dit ouvert à toutes les suggestions. Mis à part deux ou trois partis politiques et les familles des victimes des deux bords, le courage semble faire défaut et on n'ose pas trop se prononcer sur un sujet d'une telle sensibilité.

Bouteflika attend des suggestions, la classe politique attend ses suggestions, alors que le peuple suggère toujours mais n'en finit pas d'attendre. Si à travers l'amnistie générale le peuple attend la fin officielle du calvaire, «au-dessus» du peuple on phantasme à langue pendue sur une amnistie plus large, une amnistie qui ne s'arrêterait plus au politique mais absoudrait aussi les crimes économiques.

D'autres voix s'amusent à trouver une définition autre à l'amnistie générale. Les interprétations qui commencent à foisonner la traduisent, selon les convenances, par amnistie partielle, amnistie sélective, etc. Mais l'obstacle le plus têtu à surmonter reste bien sûr la vérité sur ce qui s'est passé depuis l'arrêt du processus démocratique en janvier 1992.

Car si l'on peut considérer que la mesure envisagée par le Président sur l'amnistie est d'ores et déjà adoptée, on ne peut non plus ignorer que la vérité est en effet une revendication mise continuellement sur le tapis politique algérien.

Jusqu'à présent, des milliers de dossiers de disparus existent, mais pas une seule personne n'a été incriminée ni présentée à la justice. Comme l'Etat algérien n'a demandé de compte à personne sur les forces à l'origine des exécutions extrajudiciaires.

L'Etat algérien n'a apparemment rien de la bravoure de l'Afrique du Sud qui a eu le courage d'affronter la vérité et de crever définitivement l'abcès. Bien que le peuple algérien ait prouvé par le passé qu'il savait dépasser les haines, qu'il savait être magnanime, on lui refuse quand même une vérité qui ne pourra être indéfiniment étouffée.

Car la mesure sur l'amnistie générale ne peut être dissociée de celle à prendre fatalement sur la levée de l'état d'urgence. Une levée qui, obligatoirement, cédera le pas aux libertés politiques, et favorisera l'apparition de la vérité puisque la liberté délie mieux les langues.

Quel que soit leur bord, les Algériens doivent se préparer à franchir la prochaine étape, et personne n'a le droit de faire courir le moindre risque aux générations montantes. Le cauchemar de la décennie rouge est fini. Le système à l'origine de son avènement et le terrorisme qui l'a marquée sont en voie de disparition.

Ils ont épousé la même courbe, ils ont démarré avec la même puissance, ils faiblissent et s'éteignent au même rythme. L'Algérie mobilise ses forces pour la relance de son développement. Le Président qui a lancé en l'air l'idée d'une nécessaire révision de la carte politique nationale semble conscient qu'il est vain de chercher des résultats et la réussite avec des gens ne sachant produire que les échecs.

Le 8 avril dernier, 84 pour cent des Algériens qui s'étaient exprimés lui avaient donné mandat pour assainir la maison des produits et sous-produits de la crise. La réconciliation doit s'exercer d'abord entre l'Etat, ses textes, ses urnes et ses dirigeants.

M. Z.

 

   
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