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Ahmed Ben Bella :
“La loi sur l’amnistie sera prête dans deux mois”
Par Karim Kebir, Liberté, 2 juillet 2005
L’ancien Président a jeté un pavé dans la mare en plaidant pour le retour sur la scène politique du parti dissous.
Hasard du calendrier, concours de circonstances ou sorties calculées ? Au moment où le chef de l’État Abdelaziz Bouteflika relançait, depuis Tlemcen, la controverse sur la loi du 23 février, votée par le Parlement français, et évoquait la réconciliation nationale, le premier président de la République algérienne décortiquait depuis Le Caire, sur le plateau d’Al-Jazeera, le concept de l’amnistie générale et les enjeux qui l’entourent. Si le premier l’a ignorée à Tlemcen, le second s’y est étalé longuement. À telle enseigne qu’il est à se demander finalement si la mission de Ahmed Ben Bella ne procédait pas d’une espèce de ballon-sonde ou alors de l’objectif visant à lever quelque voile sur le projet présidentiel. Ainsi, Ahmed Ben Bella a révélé que la loi sur l’amnistie générale sera prête dans “deux à trois mois”, soit théoriquement à la rentrée sociale. Ce qui corrobore les propos du président du MSP qui indiquait récemment que le référendum sur l’amnistie aura lieu avant la fin de l’année. “On continue à travailler dessus, et la loi sera prête dans deux à trois mois”, a indiqué l’ex-Président, invité de l’émission Bila houdoud. “Une loi qui détaille toutes les étapes”, a-t-il ajouté. Ahmed Ben Bella, qui paraissait très à l’aise dans ses réponses en sa qualité de président de la commission qui chapeaute le projet présidentiel, s’est même permis de montrer “le chemin à suivre”. “Le gouvernement doit prendre en charge les victimes et doit leur assurer une vie décente. Il faut une loi qui doit être appliquée.” “Êtes-vous pour une réconciliation sans le jugement des auteurs des crimes ?” interroge le journaliste. “Je suis de ceux qui souhaitent tourner la page et passer à autre chose”, a-t-il dit en se référant, comme pour justifier la démarche, à l’Islam.
“L’ex-FIS doit participer”
D’ailleurs, à contre-courant des voix officielles qui avaient affirmé que le dossier du “FIS est clos”, l’ex-président de la République a estimé nécessaire, pour la réussite de la réconciliation, le retour du parti dissous sur la scène politique. “Toutes les parties doivent participer, et l’ex-FIS en fait partie. Il doit participer et même à l’activité politique”, a-t-il suggéré. Ahmed Ben Bella répondait ainsi à la question de savoir si la réconciliation était possible au moment où les responsables du parti dissous sont soumis à des restrictions. Cependant, s’il concède que “les Algériens sont un grand peuple” et que “la violence a fortement diminué”, le président de la Cnag n’en reconnaît pas moins que l’entreprise de réconciliation n’est pas une tâche aisée. “Ça demande du temps pour effacer les plaies”, a-t-il reconnu. Mais l’aveu cache, à vrai dire, certains obstacles même s’il refuse d’en révéler la nature. “On a fait des progrès sur le plan psychologique, mais il faut du temps”, a-t-il dit en suggérant que les familles des victimes ainsi que les problèmes sociaux constituent aussi des questions à résoudre.
“Il n’y a pas qu’un seul camp qui a tué”
Mais la difficulté à laquelle semble faire allusion l’ancien président de la République est liée beaucoup plus aux acteurs de la crise.
À sa manière, il apporte de l’eau au moulin des adeptes du “Qui tue qui ?” “Le pays a traversé une période dangereuse, et il n’y a pas qu’un seul qui camp qui a tué.”
C’est pourquoi, à ses yeux, l’entreprise de réconciliation ne doit pas être menée par les “responsables de la crise”.
La seule personne qualifiée, selon lui, à mener le projet à bon port s’appelle Abdelaziz Bouteflika.
“Il est intègre et est élu à 85% lors une élection la plus ouverte et transparente de l’histoire”, a-t-il justifié assorti cependant d’un conseil à l’endroit de celui qu’il semble admirer : “Il ne doit pas se précipiter !”
Quant à l’hostilité affichée par les ONG internationales, notamment Amnesty International contre l’amnistie générale, Ben Bella se contente de répondre que “la réconciliation est une affaire algérienne (sic !) et une question d’Islam”.
Par ailleurs, il a rappelé qu’il était en contact depuis plusieurs mois avec “ceux qui sont au maquis”.
KARIM KEBIR
LA RÉCONCILIATION SELON BEN BELLA
«Le FIS est le premier concerné»
L'Expression, 02 juillet 2005
La balle, a-t-il fait savoir, est dans le camp du pouvoir politique, lequel est «appelé à réussir une réinsertion sociale des repentis».
«La réconciliation nationale ne pourra se réaliser sans le retour du parti dissous sur la scène politique nationale.» C’est ce qu’a déclaré M.Ahmed Ben Bella mercredi soir, sur la chaîne El Djazira. L’invité de l’émission «Rawafed» estime que cette question constitue l’épine dorsale du projet initié par le président de la République. Cette personnalité, qui s’est targuée d’être très proche de M.Bouteflika, a insisté sur le fait que le retour de l’ex-FIS constitue une condition inaliénable au rétablissement de la paix. Se contentant d’énoncer ses convictions, M. Ben Bella a laissé l’initiative à l’Etat algérien d’imaginer et d’élaborer «la manière et le rôle qu’aura à jouer ce parti une fois réhabilité».
La sortie de l’ancien président surprend à plus d’un titre, sachant qu’officiellement, et à en croire les déclarations de M.Abdelaziz Bouteflika et de M.Ahmed Ouyahia, cette question semble tranchée et la page tournée. «Le projet portant réconciliation nationale ne pourra servir de support pour le retour du FIS», avait insisté ce dernier lors de sa présentation du bilan général de son gouvernement devant les députés de la nation le 24 mai dernier. Ben Bella a défendu la thèse selon laquelle la réconciliation nationale interpelle le gouvernement et toute la classe politique, celle-ci devant être associée à l’exception «des parties impliquées dans les violences qui ont endeuillé le pays, qu’elles soient au sein du pouvoir ou à l’intérieur des groupes armés». «La situation est tellement compliquée, a-t-il dit, qu’il serait essentiel, dans ce sens d’écarter les parties qui ont joué un rôle dans cette crise».
Par ailleurs, et malgré la décision de son gel et les poursuites judiciaires dont certains membres ont fait l’objet, la Commission nationale pour l’amnistie générale est évoquée par M.Ben Bella. L’ancien président de la République a déclaré que cette organisation «s’échine, depuis huit mois, à préparer le terrain, et ce, sur tous les plans pour la mise en application du projet du président», annonçant par là même que les «contacts avec les groupes armés ont démontré que le projet de la réconciliation nationale a des échos excellents».
La balle, a-t-il fait savoir, est dans le camp du pouvoir politique, lequel est «appelé à réunir les conditions nécessaires à même de permettre une meilleure réinsertion sociale des repentis». «Le gouvernement doit prendre en charge les problèmes socio-économiques des repentis. L’Algérie qui enregistre une embellie financière sans précédent a les moyens de le faire», soutient-il en proposant, dans ce sens, d’établir une allocation chômage comme cela se fait en France.
L’autre effort que les Algériens, essentiellement les victimes de la décennie noire doivent faire, est de tourner définitivement la page parce que selon M.Ben Bella «les poursuites judiciaires contre les terroristes ne feront que compliquer une situation déjà largement critique». Notons que les associations des victimes du terrorisme et les ONG internationales des droits de l’homme ont mis en garde «contre l’impunité et ses conséquences sur la stabilité de la société algérienne».
Dans le même chapitre, l’orateur a annoncé que la loi sur l’amnistie générale sera rendue publique «dans deux à trois mois».
Elle sera, de son avis, «le cadre juridique qui garantira l’application, par toutes les parties, des mesures développées dans le cadre de la réconciliation nationale».
Reste à savoir si Ben Bella exprimait une opinion personnelle ou, au contraire, traduisait une vision adoptée par certains cercles au sein du système? Rappelons, enfin qu’Ahmed Ouyahia a défendu, dans ses récentes sorties, que «les droits d’auteur de ce projet reviennent exclusivement au président de la République».
Achira MAMMERI
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