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CONFÉRENCE DES CADRES DE LA NATION
EXÉCUTION DES DEUX DIPLOMATES ALGÉRIENS À BAGDAD
Les étranges accusations du Chef de l’Etat
L'Expression, 15 août 2005
Les formules sont bizarres, ambiguës, et ont intrigué les plus avisés.
Pour le président de la République, il y a toujours un clan d’éradicateurs assez puissant pour essayer de dynamiter ses efforts de réconciliation et de paix. Il l’avait dit déjà en 1999, il l’a répété en 2002 en « débarquant » à l’improviste en pleine conférence internationale d’Alger sur le terrorisme, le 26 octobre 2002, devant un auditoire acquis aux thèses éradicatrices, pour lancer: «Je suis un homme de paix et je sais que dans cette salle beaucoup me désavouent (...) mais je reste persuadé que le terrorisme a ses racines, ses motifs et ses références, sur lesquels on peut débattre et discuter (...) Dieu merci, je ne suis pas un adepte de l’éradication.» Les formules avaient laissé les auditeurs pantois...
Hier, c’était en encore plus fort: «L’enlèvement et l’exécution de nos diplomates à Bagdad relèvent de ces tentatives de s’opposer à notre politique de réconciliation nationale et qui veulent que notre société continue à vivre dans cette atmosphère de peur et d’insécurité instaurée par le terrorisme. La réconciliation nationale nous permettra non seulement de renforcer notre cohésion et de ramener la paix dans nos villes et dans nos campagnes, elle nous permettra également d’isoler encore davantage les acteurs du terrorisme que nous pourrons alors combattre avec toujours plus d’efficacité et de détermination. Si la politique reste l’art du possible, la réconciliation nationale que je vous propose représente le seul compromis autorisé par les équilibres nationaux.» Les formules sont bizarres, ambigues, et ont intrigué les plus avisés. Que voulait dire le président? Qui visait-il? Pour comprendre un peu plus, revenons un peu en arrière. Quelques secondes avant, le président Bouteflika disait: «Des voix connues ne manqueront pas de s’élever pour tenter de s’opposer à cette attente populaire légitime, à notre désir profond de paix, à notre quête de réconciliation nationale pour que l’Algérie retrouve la force de son unité nationale qui lui a permis de s’opposer à ses adversaires à travers les siècles.
Ces voix seront sans aucun doute les mêmes que celles qui, à l’intérieur et à l’extérieur, ont assisté hier, silencieuses aux horribles tueries qui nous ont frappés dans notre chair et dans notre âme. Ce silence coupable, hier les a disqualifiés de s’ériger aujourd’hui en censeurs de la volonté du peuple souverain, comme elles se sont retrouvées disqualifiées déjà, dans leurs vaines tentatives de se dresser contre la concorde civile.»
Il est tout à fait évident que le président sent qu’il y a autour de lui des résistances, lesquelles ne semblent plus assez influentes, mais qui restent quand même assez pernicieuses pour tenter de nouveaux coups fourrés.
L’assassinat des deux diplomates algériens, a été un point sur lequel le président s’est beaucoup appesanti. Pour lui, c’est un coup destiné à faire fléchir sa volonté d’aller vers une solution de paix et de réconciliation. Tous ceux qui ont soutenu «l’effort de guerre» entre 1994 et 1999 se sentent, à des degrés divers visés. Tous ceux qui n’ont pas été «hommes de paix» dès le début du terrorisme en Algérie, n’ont pas aujourd’hui droit de cité. Le président semble avoir en tête des noms, des politiques et des clans. Lesquels? A qui pensait-il exactement? On donnerait cher pour savoir de quoi il retournait dans son esprit à cet instant-là...
Fayçal Oukaci
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