LADDH

Pour des états généraux sur les disparus

Le Quotidien d'Oran, 4 août 2004

Les récentes déclarations de Farouk Ksentini sur les disparus ont fait sortir de leurs gonds le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), Maître Ali Yahia Abdenour, et ses collaborateurs, dont Me Zehouane, qui ont animé hier une conférence de presse.

Ksentini est épinglé aussi bien en sa qualité de président de la Commission consultative des droits de l’homme qu’en tant que premier responsable de la commission chargée du traitement du problème des personnes portées disparues pendant les années du terrorisme. Il lui est reproché de manoeuvrer à l’effet de réduire le dossier à une simple question d’indemnisation matérielle, alors que, à leurs yeux, le sujet est fondamentalement politique dès lors qu’il s’agit de justice et de vérité.

Ali Yahia Abdenour a longuement expliqué que la vérité sur les disparus doit être élucidée pour être transmise aux familles concernées afin que celles-ci fassent leur deuil, s’il y a lieu. Sont-ils morts ? Aux arrêts ? Ou cachés quelque part dans un camp secret ?, s’est-il interrogé, en préconisant d’avouer la vérité dans tous les cas de figure. Cette vérité-là, la commission que préside Me Ksentini ne peut la dispenser, aux yeux du président de la LADDH, pour sa proximité du pouvoir et pour avoir exclu de sa composante les représentants des droits de l’homme et des familles des disparus. Elle est plutôt soupçonnée de vouloir enterrer le problème en le circonscrivant dans son strict volet social, en faisant préalablement admettre le postulat que tous les disparus sont tous morts.

On apprendra que la commission ad hoc a fait parvenir aux familles concernées, individuellement, une convocation à l’effet de savoir si la réparation matérielle est souhaitée, ou si, au contraire, les investigations doivent se poursuivre. Une représentante de l’association des familles de disparus s’est élevée contre le procédé qui contourne l’association dans l’approche du traitement du dossier. Pour Hocine Zehouane, les déclarations de Farouk Ksentini sont une tentative de clore le dossier alors que la question est fondamentale «humainement, politiquement et internationalement».

Il plaidera pour la tenue des états généraux nationaux sur les disparus. C’est que la ligue des droits de l’homme considère que la vérité et la justice sont des préalables à la réconciliation et à la réparation, et que la commission qui conduit la mise en oeuvre d’un tel processus doit être indépendante. Une entité devant jouir du pouvoir d’entendre et de convoquer quiconque en mesure de fournir des informations utiles. Il est cité, à titre d’exemple, les expériences des pays qui ont organisé des échanges publics entre les victimes et les auteurs des abus, à l’image de l’Afrique du Sud. Des préalables qui ne sont pas réunis dans le cas de la structure dirigée par Farouk Ksentini, présentée comme un organisme d’Etat.

Selon les responsables de la ligue, la commission ad hoc, dont les objectifs publiquement déclarés se résument à recenser les disparus, localiser leurs cadavres et indemniser leurs ayants droit, «n’a pas les prérogatives lui permettant de satisfaire au standard universel, présumant par là même que tous les disparus sont morts». Et les démarches qu’elle a entreprises jusque-là sont assimilées à des «manoeuvres dilatoires tendant plus à protéger les hauts dignitaires du régime qu’à répondre au besoin de vérité et de justice», lit-on dans la déclaration liminaire des conférenciers, qui ne comprennent pas pourquoi les disparus devraient être exclus de l’identification par ADN. Non sans préconiser de traiter toutes les victimes sur un pied d’égalité.

Les propos tenus par Farouk Ksentini récemment au forum d’El Moudjahid, selon lesquels les victimes de la tragédie nationale ne doivent pas faire l’objet d’un même traitement, sont à leurs yeux «contraires à l’éthique de juriste et à la philosophie des droits de l’homme».

Omar S.

 

 
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