| |
|
PERSONNES DISPARUES
L’État se substitue en responsabilité
Le Soir d'Algérie, 15 août 2005
Le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale révélé dans ses principaux axes, hier, par le président de la République intègre, contrairement à la loi sur la concorde civile, le dossier des personnes disparues. L’Etat se propose à se substituer en responsabilité pour le sort des disparus sans exclusive. Un seul et même statut donc : des victimes de la tragédie nationale.
Sofiane Aït-Iflis - Alger (Le Soir) - La proposition, concernant, les personnes disparues, se veut de transcender la distinction pourtant réelle entre les disparus du fait du terrorisme et ceux du fait des agents de l’Etat. «Les personnes disparues seront considérées comme victimes de la tragédie nationale et leurs ayants droit auront droit à une réparation», se décline dans sa troisième mesure la proposition présidentielle et qui, plus loin, est prolongée par cet explicatif : «La tragédie nationale a affecté l’ensemble de notre peuple sans exception. Notre volonté de paix et de réconciliation nationale nous dicte le devoir de n’exclure aucune victime, de quelque bord que se soit, retrouvée dans cette terrible épreuve. Voilà pourquoi nous ne devons pas oublier également le drame des familles dont des membres ont pris part à l’action terroriste.» La proposition tend également, voire plus fondamentalement à désengager toute responsabilité individuelle ou de corps dans les disparitions. Les deux premières autres mesures ont trait à la responsabilité de la disparition, prise sur lui par l’Etat, et à des mesures qui en découleront. «Tout d’abord, l’Etat se substituera en responsabilité pour le sort de toutes les personnes disparues dans le contexte de la tragédie nationale, et il prendra les mesures nécessaires en connaissance de cause» et «ensuite, l’Etat prendra toutes les mesures appropriées pour permettre aux ayants droit des personnes disparues de transcender cette terrible épreuve dans la dignité.» Par ces mesures, le projet présidentiel poursuit, au-delà de cette projection de transcendance d’une douleur, de soustraire le dossier des disparus aux manipulations. (…) Il en est ainsi de la tragique question des personnes disparues dans le sillage de la tragédie nationale, qui a affligé des milliers de nos familles et qui, de surcroît, est exploitée par des milieux hostiles à notre pays, non point par solidarité envers ces familles, mais dans le seul but de nuire à l’Algérie (…). Le projet de charte pour la paix et la réconciliation invite par ailleurs, à travers son chapitre lié aux personnes disparues, les familles des disparus à cesser leurs quêtes de vérité. Admettons qu’il advient ainsi, il restera toujours à résoudre l’épineuse question du nombre de personnes disparues.. Dans son enquête sur les disparues, le mécanisme ad hoc présidé par Me Farouk Ksentini s’est limité au dénombrement des seules personnes disparues du fait des agents de l’Etat. Ces dernières, selon le rapport remis au président de la République, sont au nombre de 6146. Le travail pour les personnes disparues enlevées par les terroristes reste à faire. Le président de l’association Somoud évoquait, au cours de ses nombreuses interventions publiques et médiatiques, pas moins de 10 000 cas.
S. A. I.
|
|
|