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LE
PRÉSIDENT DE LA LADDH À PROPOS
DES DISPARUS
« Un
million de dinars pour enterrer le dossier»
L'Expression,
04 août 2004
Me Ali Yahia a dénoncé l’exclusion
des disparus du traitement ADN.
Longtemps soumise à l’étouffoir public, la question
des disparus serait l’objet, selon la Ligue algérienne de
défense des droits de l’Homme (Laddh), d’une vaste
entreprise politique menée par les hautes autorités du
pays visant à clore, si ce n’est à liquider, définitivement
ce dossier.
L’homme lige, auquel le président de la République
a confié cette tâche, n’est autre que Farouk Ksentini,
président du Cncppdh, l’organisme public traitant des droits
de l’Homme, lequel patronne également la commission Ad hoc
sur les disparus.
Expliquant les tenants et les aboutissants de cette «mission»,
Ali Yahia Abdenour, président de la Laddh, dans une conférence
de presse tenue, hier à Alger, a taillé en pièces
les «graves» révélations faites par le premier
responsable du Cncppdh, mercredi dernier, au centre de presse du quotidien
El Moudjahid, qui en seraient, d’après lui, les signes avant-coureurs.
Il y a d’abord cette «frasque» que le représentant
personnel de Bouteflika, selon le qualificatif d’Ali Yahia, avait
publiquement assenée la semaine précédente: «L’Etat
est responsable mais non coupable.» «Grave!», a-t-il
considéré. Une «sentence» qui a pour visée
de «disculper les violations et autres dépassements» que
le pouvoir a commis depuis 1988. De fil en aiguille, c’est tout
le problème de l’impunité qui est remis au goût
du jour et contre lequel, justement, ce défenseur des droits de
l’Homme met en garde. Et de marteler: «Les auteurs doivent
payer (...) On ne peut pas tourner la page de cette manière!» Autre
grief, plus révélateur celui-ci: le pouvoir, après
avoir dénaturé les revendications des familles de disparus
et jeté ces derniers à la vindicte, s’apprête à «acheter» à coups
de millions la renonciation. Hocine Zahouane, vice-président de
la Ligue, en sait quelque chose, puisque c’est lui qui s’occupe
de l’«épineux» dossier. A l’en croire,
depuis quelque temps, la commission Ad hoc, en les convoquant à titre
individuel, propose aux proches des victimes des indemnités allant
jusqu’à 1 million de dinars, avec pour contrepartie de renoncer à la
poursuite des recherches par les services concernés. «Ksentini,
dans une démarche d’une rare perfidie, tente d’acheter
le silence des familles», a-t-il accusé, pour sa part, prenant à témoin
l’opinion publique quant aux velléités du pouvoir
sur cette question précise.
De cette «perfidie», le numéro 2 de la Laddh dénonce
donc les pressions matérielles avec lesquelles la commission, «toute
honte bue», marchande les familles. Car, il est vrai, poursuit-il,
que ces mêmes familles vivent, en majeure partie, dans des conditions
sociales des plus lamentables. D’où le besoin d’une
prise en charge par les pouvoirs publics, mais nuance!
Que cette assistance sociale se fasse en dehors de tout calcul ou autres
visées politiques, «comme c’est actuellement le cas»,
a-t-il déploré.
Sur la question des charniers et de la mise en place d’une commission
d’enquête, deux événements qui font actuellement
l’actualité, Me Ali Yahia a jeté un autre pavé dans
la mare. «Les analyses de l’ADN concernent uniquement les
victimes du terrorisme... Les disparus en ont été exclus»,
a-t-il déclaré, alors qu’une semaine auparavant,
Farouk Ksentini, au même titre que le directeur général
de la Dgsn, affirmaient tout à fait le contraire. Si, en fait,
l’information d’Ali Yahia venait, cependant, à se
confirmer, les familles des disparus resteront sur leur faim et perdront
probablement tout espoir de pouvoir faire «dignement» leur
deuil, surtout que la création d’un laboratoire fut l’une
de leurs principales revendications. Se révoltant, de ce fait,
contre cette volonté publique de faire dans le deux poids, deux
mesures pour le traitement des victimes, dont serait coupable en premier
lieu M.Ksentini, le vieux «pépé» des droits
de l’Homme appelle, au contraire, à les traiter sur un pied
d’égalité. Alors qu’en outre, les différents
services de l’Etat s’échinent depuis une semaine dans
l’affaire du charnier de Toulmout dans lequel gisaient quinze cadavres,
le président de la Laddh appelle à la mise en place d’une
commission d’enquête indépendante composée
de personnalités de haute valeur morale, reconnues pour leur impartialité,
leur intégrité... pour faire toute la lumière sur
cette question de charniers, a fortiori, sur tout le problème
des disparus. L’Etat, pour sa part, est appelé à dire
la vérité, «toute la vérité»,
au sujet des personnes qu’elle a mises au secret durant la tragédie
nationale.
Pour ce faire, ce ne sont pas les témoignages et le renseignement
qui font défaut, car nombreux sont les auteurs, militaires soient-ils
ou civils, qui ont, chacun à sa manière, écrit des
livres et autres publications à cet effet. D’autres sources,
selon lui, sont plus importantes encore pour peu que les institutions
détentrices: police, gendarmerie, DRS... Sur un ton sporadiquement
coléreux, le patron de la Ligue des droits de l’Homme, appuyé par
ses collègues, n’a pas pris de gants pour s’en prendre
au président de la commission Ad hoc.
Chargé de mission, représentant personnel de Bouteflika,
capitaine d’avant-garde...
ce sont autant d’accusations adressées, non sans virulence, à M.Ksentini
qui «pollue les droits de l’Homme», selon les mots
d’Ali Yahia. Evoquant auparavant l’évolution des droits
de l’Homme en Algérie, il a dénoncé la répression
menée par les autorités contre les journalistes et a appelé à la
libération du journaliste Hafnaoui Ghoul, de Mohamed Benchicou
et Benaoum, respectivement directeurs de deux journaux, Le Matin et Erraï.
Des journalistes que la Laddh entend irrémédiablement défendre.
En parfait professeur des droits de l’Homme, Me Ali Yahia a appelé à enraciner,
le plus largement possible, cette culture. Plus éloquent mais
sur un ton mobilisateur, il appelle: «Il faut libérer la
liberté!»
Amine GOUTALI
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