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La participation, principal enjeu du référendum en Algérie
Par José Garçon, Libération, 29 septembre 2005 les Algériens ont commencé à voter à 8 heures jeudi, pour le référendum sur la charte présidentielle «pour la paix et la réconciliation nationale» qui vise à tourner la page sur une décennie de sale guerre. Les quelque 40.000 bureaux de vote devaient fermer à 19 h 00, mais les walis - préfets - avaient, comme lors des scrutins précédents, la possibilité de retarder leur fermeture d'une heure dans les grandes villes. Le «oui» - bulletin bleu - étant acquis d'avance, le principal enjeu de ce vote était le taux de participation. En effet, celui, s'il n'était traditionnellement l'objet de tous les tripatouillages, pourrait refléter la lassitude des Algériens devant des scrutins récurrents qui ne changent rien à leur vie. Selon le ministère de l'Intérieur algérien, le taux de participation était de 44,01% à 14 h 00. La plus forte participation aurait été enregistrée à Batna, à 430 km au sud-est d'Alger, et Djelfa, à 275 km au sud de la capitale (plus de 65%). Dans la Mitidja, riche plaine agricole près d'Alger, la participation était faible en milieu de journée, notamment dans les villages où des massacres collectifs avaient fait des centaines de victimes en 1997 et 1998. Ainsi à Benthala où plus de 4OO personnes furent massacrées en une nuit, 200 électeurs sur 7 OOO inscrits s'étaient déplacés. Même constat de l'AFP à Sidi Hamed, un village où un autre massacre fit 157 victimes. «On vote généralement l'après-midi dans ces régions», ont tempéré les autorités. En Kabylie, où le FFS, le principal parti d'opposition, ainsi que le RCD, dans l'opposition depuis sa sortie du gouvernement, avaient appelé au boycott, la participation était très faible dans les grandes villes (6,84 % à Tizi Ouzou et 7,57 % à Bejaïa selon le ministère de l'Intérieur). Quelques incidents auraient été enregistrés, notamment à Bouira, Amizour et El Kseur, où des manifestants ont lancé quelques pierres contre la sous-préfecture et éparpillé quelques urnes. La plupart des partis d'opposition et des mouvements de défense des droits de l'Homme ont rejeté l'initiative présidentielle: ils estiment que, sous couvert de pardon, elle assure l'impunité aux forces de sécurité impliquées dans la disparition de12.000 à 20.000 personnes soupçonnées de soutenir les groupes armés islamistes. Ils dénoncent en outre la volonté d'Abdelaziz Bouteflika de transformer ce vote en plébiscite personnel lui permettant de préparer une révision de la Constitution, indispensable pour qu'il puisse briguer un troisième mandat à partir de 2009. Les familles de disparus et de victimes du terrorisme – qui pour la première fois ont travaillé ensemble – réclament, elles, «vérité et justice» avant un éventuel pardon. Hocine Aït-Ahmed, le leader du FFS, estime de son côté que cette charte «n'a rien à voir ni avec la paix ni avec la réconciliation». «C'est, dit-il, un acte de guerre contre la société algérienne à laquelle le pouvoir fait porter la responsabilité du marasme social et économique du pays. Cela lui permet d'effacer les trois décennies antérieures d'incurie qui ont conduit inexorablement à la sale guerre. Le pouvoir ne se remet pas en cause, mais restaure, pour se maintenir, la machine totalitaire et intègre les chefs terroristes à la rente.» L'ancien Premier ministre réformateur Mouloud Hamrouche n'est pas moins sévère , estimant qu' «on ne peut discuter à l'intérieur de l'impasse» et que «l'alternative ne se construit pas dans l'enfermement actuel». |
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