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EXCLUSIF
UN DANGEREUX ÉMIR DU GIA TÉMOIGNE
« Nous
avons perdu la guerre»
L'Expression,
31 mai 2004
Un des terroristes
les plus redoutés par la population de Jijel,
et le plus recherché par les services de sécurité,
a déposé les armes, a-t-on appris, hier, par des sources
sécuritaires.
Selon nos sources, Fanit a décidé de se rendre pour la
simple raison qu’il ne fait pas l’objet d’une condamnation
par contumace à une lourde peine de prison.
Le repenti a déclaré aux éléments des services
de sécurité auxquels il s’est rendu, qu’il
a tenté de convaincre son jeune cousin âgé de 20
ans de l’accompagner. Mais ce dernier ne l’a pas suivi, sans
toutefois le dénoncer.
Profitant d’un déplacement de son groupe, Katibet El-Mouahidoune,
Fanit s’est rendu aux autorités militaires avec son arme.
N’ayant pas porté atteinte aux gens de son douar Boukhdech,
il a pu regagner le domicile familial.
Le terroriste repenti a fourni de précieux renseignements concernant
sept individus de la région qui n’ont pas encore déposé les
armes. Parmi ces éléments, il a cité le nom de Lemhoum,
un autre dangeureux terroriste activement recherché par les services
de sécurité.
Au plan de l’organisation des maquis, Fanit a révélé qu’ «il
n’y avait aucun lien organique entre Katibet El-Mouahidoune et
les émirs du GIA, Zitouni et Zouabri» de triste mémoire,
mais qu’ils ont appliqué leurs «fataui» après
la reddition de l’AIS.
Il a, en outre, révélé l’emplacement de toutes
les caches existant entre Texenna au sud-ouest de Jijel et Boukhdech
au sud-est.
Quant à Salah Zelbah alias El Balafri, Famit confirme qu’ «il
n’est plus entouré que de quatre individus dont son égorgeur».
Autre révélation, le terroriste repenti déclare
qu’El-Balafri est organiquement lié à la direction
du GIA et a connu les émirs nationaux les plus sanguinaires dont
Gousmi, qui s’était proclamé Khalifa Al-Mouaminin.
Les précieux renseignements donnés par Fanit aux services
de sécurité concernent également le sinistre Benyoucef
alias Cheikh Ahmed abattu en 1994 à Settara wilaya de Jijel. Fanit
a même donné les noms des assassins du garde forestier,
B. Abdel Hamid, massacré à la «tronçonneuse» par
les éléments d’El-Balafri qui se trouvaient à Ouled
Boufaha. Famit affirme que Tayeb Soufi, âgé de 63 ans, vivant
en famille au maquis, «a l’intention de déposer les
armes, mais craindrait la réaction de Zelbah et Lamhoum»,
déterminés «à ne pas se rendre quoi qu’il
advienne», révèle le repenti.
La mort lente des maquis terroristes
Il a également longuement évoqué la situation des
groupes armés, révélant : «Tout a changé dans
nos relations avec les populations civiles. Elles ne manifestent plus
aucune sympathie pour nous et nous refusent même l’eau».
Dans ses «confidences», Fanit reconnaît le rôle
majeur joué par les différents corps de sécurité. «La
plupart des douars sont dotés de GLD, de gardes communaux et en
certains lieux, il y a des cantonnements de militaires. La vie est devenue,
pour nous, infernale», raconte le repenti qui avoue que «plus
de 30 éléments armés ont péri suite à des
maladies entre 1999 et 2003», affirme-t-il. Et d’ajouter
: «Il nous arrivait de ne pas manger pendant plusieurs jours. On
se contentait souvent d’herbes ou de fruits sauvages durant trois
jours ou plus d’une semaine». Il reconnaît que leur
seul salut pendant les périodes de grand froid tient dans «des
attaques contre des l’huileries, dans le seul but de tenir le coup
contre le gel et la faim».
Son témoignage de la vie dans les maquis l’amène à dire
qu’ «aucun lieu n’est plus considéré comme
sûr. Le moral de nos hommes est très bas, au point où nous
ne savons plus pourquoi on se bat. Beaucoup de terroristes sont au bord
du suicide». A ce propos, il affirme que lui-même a été témoin
de deux suicides en 2002. Il s’agissait de «deux jeunes recrues
venues de Bougara et d’Oum El-Bouaghi. Ils se sont donnés
la mort à quelques semaines d’intervalle», témoigne-t-il.
Cette situation, affirme Fanit «touche même les émirs
et leurs proches qui souffrent d’une misère morale et physique
intolérable. Le temps où ils étaient accueillis
en «héros» par les populations des douars, soit par
peur soit par conviction est bel et bien terminé».
D’ailleurs, «le jusqu’au-boutisme de certains éléments
n’est plus convaincant au sein même des troupes», soutient
Fanit, qui reconnaît que les mouvements des groupes terroristes «sont
systématiquement signalés aux services de sécurité».
Un état de fait qui a pris «une ampleur très importante
après la reddition des éléments de l’AIS» relève-t-il
tout en soutenant que le geste de l’AIS «a été un
coup fatal pour nous» avoue l’émir du GIA.
«C’était l’enfer»
Pour cet émir, dont l’engagement dans le GIA a été total,
la guerre que cette organisation a menée contre les Algériens
est quasi finie. Et c’est en homme résigné qu’il
lance à l’adresse des officiers qui l’ont interrogé : «Nous
avons perdu la guerre».
Nos sources relèvent que l’interrogatoire, en question,
s’est transformé pendant un long moment en un monologue
où le repenti décrivait, le regard perdu, les conditions
extrêmement difficiles dans lesquelles lui et ses sept hommes survivaient
dans les maquis jijeliens. L’homme parlait comme s’il sortait
d’un enfer. Il reconnaît que lui, son groupe et les autres
Katibates disséminées dans l’est du pays n’avaient
rien d’une armée. Tout juste des individus affamés
et sans aucun espoir dans l’avenir. Fanit avoue qu’il a cherché au
plus profond de lui-même pour trouver un brin d’espoir et
décider de quitter l’enfer du maquis. Il déclare
que beaucoup de terroristes ne se rendent pas, non pas par engagement
idéologique, mais par lassitude de la vie. «Toutes ces années
de maquis ont ôté toute humanité qu’il y avait
en nous», affirme-t-il. En fait, les Fanit-Zelbah-Soufi et autres
ne sont que les soldats de «plomb», tout juste bons à jouer
le rôle d’égorgeurs, servant les intérêts
d’officines établies en Algérie et à l’étranger.
Fanit, comme d’autres repentis, semble avoir compris cela. C’est
en tout cas, ce qui transparaît de ses déclarations aux
services de sécurité.
La reddition de ce chef du GIA et le témoignage qu’il a
fait renseigne sur l’efficacité du dispositif anti-terroriste
mis en place par l’Algérie, mais donne également
un aperçu assez clair de l’engagement des citoyens du pays
profond dans cette lutte de tous les jours.
Nous sommes loin des actes indescriptibles qui ont eu lieu dans les maquis,
entre 1994-95. Enfin, Fanit dit avoir tellement de remords qu’il
compte partir s’installer ailleurs où il pourra refaire
sa vie, affirment nos sources.
Ikram GHIOUA
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