Après la découverte du charnier près de Larbaa

Le douloureux chemin vers la réconciliation nationale

Par Amar Rafa, La Tribune, 1er août 2004

Le charnier découvert près de Larbaa grâce aux indications fournies par un terroriste repenti à la commission que préside Me Ksentini, appelée à en révéler d’autres, a le mérite, a priori, d’avoir fait remonter à la surface la question des disparus. Un coin du voile est en ce sens levé au sujet des personnes portées disparues lors de la décennie du terrorisme -le nombre officiel est de 5 200- mais dont le sort n’est pas connu jusqu’alors. Mais ce n’est pas tout. Car si l’on considère le fait que ce charnier ait été découvert grâce aux révélations d’un terroriste repenti du GIA qui avait participé aux massacres dans cette région, cela nous renseigne d’une façon indubitable sur les auteurs des massacres, à savoir les terroristes du GIA.La nouvelle de la découverte d’un charnier -troisième du genre dont celui de Relizane- a fait réagir un certain nombre d’associations de la société civile, et même une organisation internationale, qui ont pour centre d’intérêt la question des disparus, exprimant leur profonde inquiétude à l’égard du mécanisme de consultation mis en œuvre par la commission nationale ayant en charge la question des droits de l’Homme, CNCPPDH, dans sa formation ad hoc. Ces associations indiquent que le dossier des disparitions n’est pas soluble dans l’indemnisation. Sur le plan politique, les charniers découverts ou qui restent encore à découvrir, en collaboration avec la commission et grâce aux révélations, peuvent en fait être considérés comme le début de la fin du débat sur le «qui tue qui ?», qui a alimenté les médias occidentaux au plus fort des exactions terroristes. A chaque découverte, le voile se lève sur l’identité des auteurs des massacres et un pas supplémentaire est franchi dans le sens de la réconciliation nationale. Maintenant que le terrorisme est sur le point de rendre l’âme, suite aux actions héroïques des services de sécurité, le temps est à l’application de la politique de concorde nationale entre Algériens, à travers l’effacement des stigmates de la tragédie nationale, notamment le règlement de l’épineux dossier des disparus. Une question qui «n’est plus un tabou», de l’avis du président de la commission de Farouk Ksentini, et une démarche qui entre dans le cadre de la réconciliation nationale, comme l’a affirmé le président Bouteflika lors de l’installation du mécanisme ad hoc sur les disparus, en ajoutant qu’elle est appelée à permettre de «tourner la page noire». Cette quête dans laquelle s’inscrit la porte ouverte à la venue des ONG internationales sur les droits de l’Homme aura constitué également des garanties supplémentaires traduisant la volonté politique d’en finir avec les séquelles de la crise. Ce qui ne s’avère pas une tâche de tout repos, comme l’ont montré les expériences d’autres pays qui sont passés par le même chemin de la réconciliation, notamment l’Afrique du Sud et l’Argentine. A des nuances près sur les traitements réservés au phénomène, où le parallèle avec la situation dans les pays susmentionnés donne des lectures farfelues, il ressort que d’une manière générale, les effets de la réconciliation sont souvent douloureux, surtout pour les familles des victimes du terrorisme, mais la réconciliation est un passage obligé pour l’avenir d’une jeunesse qui a grandi dans la crise et qui aspire à la vie et la paix.

A. R.

 

 
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