Bouteflika et l’exigence d’un référendum

L’amnistie et les dossiers ouverts depuis l’indépendance

Le Quotidien d'Oran,30 mars 2005

Amnistie générale, terrorisme, lutte contre la corruption et le trafic d’influence, réforme de la Justice. Ce sont autant de sujets que le président de la République a abordés, hier, face aux 1.400 délégués à la Conférence nationale sur la réforme de la Justice.

Attendu depuis la veille, le premier magistrat du pays a finalement rejoint le Palais des Nations pour un discours lourd de sens. Loin de s’arrêter au thème de la rencontre, Abdelaziz Bouteflika réaffirmera sa volonté d’aller à un référendum concernant l’amnistie générale dès que les conditions seront réunies. «Les années passent, elles passeront un millier de fois, mais le peuple algérien blessé n’oubliera jamais les années noires, de folie, d’enterrements et de destruction», précisera-t-il. Il faut, toutefois, dépasser ce stade afin «d’établir une cordialité et libérer le peuple de tous ses handicaps». L’amnistie générale ne peut être, dans ce cadre, décrétée que par le peuple algérien «souverain» pour sortir définitivement de «cette crise sécuritaire connue durant la dernière décennie».Il dira à ce sujet qu’aucun secours ou aide ne viendra de l’extérieur. «Si nous n’essayons pas de faire les choses par nous-mêmes pour sortir de cette crise nationale, et nous voulons qu’elle disparaisse à jamais, personne ne le fera à notre place». Le peuple algérien est le seul capable de résoudre ses problèmes. «Où ils ne seront pas résolus. Nous avons les clés à nous de les utiliser à bon escient», prévient-il. Si la concorde nationale a essayé d’enrayer, pour le chef de l’Etat, définitivement les amertumes, la réconciliation nationale «authentique» clôturera «certains dossiers ouverts depuis l’indépendance». Cependant, il ne suffit pas, pour le Président, de manifester l’approbation au projet, il faut être «conscient» qu’il y a un «tribut à payer» pour la réconciliation nationale. «Il faut que chacun cède quelque peu de ses droits pour sauver le pays et le sauvegarder», précisera-t-il.

Pour autant, l’Algérie ne cédera pas au terrorisme et continuera à mener une lutte implacable. Néanmoins, il est important, pour le Président, d’arriver au sein des Nations unies à une définition unique du terrorisme. «Chaque pays a son terrorisme. Pour certains, c’est l’Islam, pour d’autres, la volonté des peuples au recouvrement de leur indépendance ou encore la riposte des opprimés dans des régions du monde». Il faut définir le terrorisme, dira-t-il, pour mettre en place les piliers nécessaires. «Pour savoir ce que nous combattons, pourquoi nous le combattons et comment le faire».

S’adressant aux magistrats, il dira qu’après aval du peuple, «il reviendra à la justice de veiller à l’application de l’amnistie générale». Pour cela et pour l’établissement d’un Etat de droit, la justice doit fournir un «effort sans précédent». Une justice «acceptée de tous, adaptée aux exigence de l’heure», est le seul «moyen susceptible de reconstruire le pays». Le premier magistrat saluera au passage le bilan quinquennal de la réforme du secteur. C’est la réforme que nous voulions et que nous voulons, dira-t-il. Il poussera le secteur à plus d’efforts. «Vous n’atteindrez la tranquillité d’esprit que lorsqu’il sera dit que la justice est appliquée uniformément de l’Est à l’Ouest du pays que ce soit pour les forts ou les faibles». Et c’est le citoyen qui sera seul juge en la matière. «La justice pour le citoyen n’est pas une affaire de discours, d’opinion ou de point de vue. C’est son vécu quotidien, c’est ce qu’il ressent comme amélioration ou recul dans le secteur», ajoutera-t-il. Si la réforme de la Justice est certes interdépendante avec les autres réformes structurelles, elle n’en est pas moins l’un des plus importants vecteurs de refondation des piliers de l’Etat. «Elle doit être au diapason des impératifs de notre époque».

Néanmoins, Abdelaziz Bouteflika n’occultera aucun sujet même sensible pour les magistrats. La lutte contre la corruption et les tentations de toutes sortes sont une exigence, que le premier magistrat n’a cessé de réitérer face aux 1.400 magistrats et auxiliaires de justice présents pour la rencontre. Il rappellera que l’Algérie a été l’un des premiers pays à ratifier la convention internationale de lutte contre la corruption. «La ratification ne veut pas dire que nous avons résolu le problème». La corruption est, pour lui, une hémorragie pour l’économie, un handicap pour la réalisation des projets de développement et une entrave à l’investissement national et étranger. «Nous devons assainir notre société de ses aspects néfastes et de ses déviations si nous voulons aller de l’avant». C’est «l’abécédaire» de toutes les réformes.

Et les magistrats n’ont pas besoin de réviser les concepts mais d’être au diapason de la réalité. Impartialité et intégrité des magistrats qui ne doivent obéir qu’à la loi, martèlera-t-il sous une salve d’applaudissements.

«L’indépendance consiste à refuser d’obéir aux personnes influentes, riches et aux tentatives de corruption. Elle consiste également à résister aux mercenaires de l’information qui défendent l’injustice et parviennent à soulever l’opinion publique contre les magistrats», stipulera le président du Conseil supérieur de la magistrature. Il s’agit, pour lui, «d’immuniser» les magistrats contre ces phénomènes, à condition qu’eux-mêmes n’appliquent pas une justice à deux vitesses. «J’ai connaissance de magistrats qui ont des protections invisibles.

L’Etat protégera le peuple et l’épée juridique de l’Etat décimera tous ceux qui n’appliquent pas rigoureusement la loi dans notre pays», préviendra le chef de l’Etat. A charge aux magistrats d’être au diapason de leur premier représentant.

Samar Smati

   
www.algeria-watch.org