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Bouteflika à Oran «Démasquer les opportunistes»Le Quotidien d'Oran, 10 septembre 2005 «Dieu m’est témoin que c’est là un très lourd fardeau que je ne pourrais supporter sans l’implication et l’approbation du peuple, et particulièrement de ceux qui ont été éprouvés par les longues années de la tragédie nationale». Ces termes sont revenus plusieurs fois dans le discours du président de la République devant une large assistance au stade Ahmed Zabana. «Nous sommes ensemble sous la bannière du martyr Zabana et la protection du saint patron Sidi El-Houari. Aujourd’hui est un grand jour où se rassemblent des grands hommes venus de Tlemcen, de Saïda, de Mascara, de Mostaganem, de Aïn Témouchent et d’Oran. Je ne suis pas venu vous demander de voter pour moi mais pour expliquer une grande cause, votre cause à tous», a dit le président, le regard figé sur les chioukh notables et personnalités d’Oran et des wilayas de l’Ouest, assis aux premières rangées. Des mots qui n’ont pas laissé insensibles les milliers de citoyens venus jeudi de six wilayas de l’Ouest et qui avaient pris d’assaut le stade mythique d’Oran dès les premières heures de la matinée. S’adressant à une foule totalement acquise à sa cause, le président de la République a affirmé que la réconciliation nationale s’inspire réellement de la volonté de ceux qui ont subi les affres de la décennie noire. «La réconciliation nationale n’est pas une démarche dictée par le sommet. Le projet ne pourra aboutir que lorsque ceux qui ont été injustement touchés dans leur chair, leurs droits et leur amour-propre, arrivent à pardonner», dira M. Bouteflika. Ce dernier rappellera à l’occasion que des erreurs ont été commises par le passé, notamment durant la période post-indépendance à l’encontre des familles et des enfants de harkis. «Nous avons commis des erreurs à l’encontre des familles et des proches des harkis et nous n’avons pas fait preuve de sagesse. Nous avons suscité en eux un sentiment de haine et de rancoeur, portant ainsi un préjudice au pays», a souligné le chef de l’Etat. Et d’ajouter qu’une grande partie de la crise qu’a connue le pays est due à cette très grave erreur. «Aujourd’hui, nous faisons face à une problématique similaire» a souligné le président de la République. S’adressant aux milliers de jeunes présents au meeting, Bouteflika a tenu à souligner que le colonialisme a privé les Algériens de leur culture, leur identité, leur religion et leur histoire. «Qui connaît l’histoire de la guerre de libération nationale ? Aujourd’hui, des jeunes nous demandent, pourquoi avoir combattu et pourquoi avoir chassé la France. Ces mêmes jeunes demandent des visas pour partir à l’étranger. Ces propos nous blessent. Savez-vous seulement les souffrances que vos parents ont vécues ? Il est temps pour notre jeunesse de se réapproprier sa culture et son authenticité, car nous n’avons pas de pays de rechange», dit le président. Néanmoins, il n’hésitera pas à lancer un «Macha’a Allah» pour cette jeunesse algérienne «qui malgré un soleil de plomb est là avec moi». Concernant le projet de charte, le chef de l’Etat a affirmé qu’il propose aux Algériens d’être tolérants et de pardonner à ceux qui se sont égarés sous l’influence de ceux qui ont falsifié la religion. «La religion n’est ni le kamis, habit étranger à notre culture, ni la barbe ou les cheveux longs. Chacun est libre de s’habiller comme il le désire. Celles qui désirent mettre le hidjab ou celles qui veulent porter la jupe, chacune est libre de ses choix», explique le président, assurant qu’il allait s’opposer, dans le cadre du respect des libertés individuelles, à ceux qui font de la religion un fonds de commerce. Tout en appelant le peuple à démasquer les opportunistes, le président de la République a réitéré l’engagement de l’Etat à prendre en charge toutes les victimes de la tragédie nationale sans distinction aucune. Le chef de l’Etat a également insisté sur la nécessité de réintégrer dans leurs postes d’emploi, ceux qui en ont été injustement écartés, estimant nécessaire et possible la cohabitation entre les familles des terroristes et celles des victimes du terrorisme. «J’ai entendu parler de mariages entre familles de terroristes et victimes. C’est comme cela que doivent être les peuples qui aspirent à la paix. Je souhaite aussi voir ceux qui ont été jugés par contumace pour leurs opinions et positions politiques et qui se trouvent actuellement à l’étranger, regagner le pays. Ils seront les bienvenus», a-t-il dit. S’agissant de la loi sur la concorde civile, le chef de l’Etat a indiqué que celle-ci a permis de relancer l’économie nationale, soulignant que c’est pour la première fois depuis les année 70 que l’Algérie jouit d’une bonne santé financière, grâce notamment à la stabilité du dinar et à des réserves de change des plus rassurantes». La voix de l’Algérie est entendue à l’extérieur. Nous n’avons plus honte de dire que nous sommes des Algériens» ajoute M. Bouteflika. Le chef de l’Etat a, par ailleurs, réaffirmé son rejet de toute idée d’amnistie générale, la considérant comme un retour du pays aux années 1990. «Si nous retournons à ces années, alors disons adieu à l’Algérie» a dit le président. Avant de clore son discours, le président de la République a tenu à rendre un vibrant hommage aux éléments de l’ANP et les forces de sécurité pour les sacrifices consentis, qui ont permis à l’Algérie de préserver les institutions et de rester debout. «C’est fort possible que des dépassements aient été commis par les services de sécurité, il est impossible de les comparer avec ceux qui ont été commis au nom de telle ou telle personne», rappelle le président. Ce dernier a, enfin, exhorté la population à voter massivement le 29 septembre prochain en toute conviction, en faveur ou contre le projet. «La souveraineté revient au peuple et sa volonté sera respectée quels que soient les résultats des urnes. Je vous quitte et ma conscience est tranquille si vous avez compris mon message», a conclu le chef de l’Etat. Signalons qu’à son arrivée au stade, le président de la République, qui était accompagné de six ministres, a été salué par les membres de la famille du chahid Zabana, avant qu’il ne dépose une gerbe de fleurs devant la stèle érigée à la mémoire du premier martyr, guillotiné le 19 juin 1956. Pour accueillir le président de la République, Oran s’est mise jeudi sur son «31». Les Oranais, désormais habitués à offrir un accueil des plus chaleureux au Président, n’ont pas failli à leur tradition. Jusqu’à une heure tardive de la soirée, ils étaient encore des centaines à l’attendre au quartier de l’USTO, dernière escale d’un «périple» qui aura duré presque 12 heures. L’ambiance qui caractérise cette ville chaleureuse, où se sont retrouvés jeudi, les Saïdéens, les Témouchentois, les Mostaganémois, les Oranais, les Mascaréens et les Abbassis, a été fidèlement reproduite à l’intérieur et aux abords du stade Ahmed Zabana. Le périple du Président a débuté tôt dans la matinée par l’inauguration de la station de déminéralisation de Brédéah, dans la commune de Boutlélis, à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya. Cette station assure la déminéralisation des eaux souterraines de Brédéah pour réduire leur salinité et afin qu’elles soient potables. Sa réalisation a nécessité une enveloppe budgétaire de l’ordre de près de 2,9 milliards de dinars. Un accord a été signé avec la firme française «Digremon» pour la gestion technique des installations et la formation des techniciens dans le cadre du transfert des technologies, dont le contrat est d’une durée de trois ans. En quittant Boutlélis sous des salves d’applaudissements des habitants de cette commune, le Président s’est rendu au quartier Yaghmouracène pour l’inauguration du nouvel hôpital militaire régional universitaire. Constatant de visu les moyens dont dispose cet hôpital, le plus grand sur le plan national et dont le coût de réalisation est estimé à 14,8 milliards de dinars, M. Bouteflika a invité les responsables de cet établissement à la rigueur dans sa gestion et appelé à accorder une importance primordiale à la maintenance des équipements. Rappelant que le problème de gestion se pose déjà à l’EHU, le président a affirmé qu’il est impératif d’éviter les fâcheuses situations que connaissent les hôpitaux civils. Le chef de l’Etat a demandé aux gestionnaires de cet hôpital d’ouvrir les portes aux citoyens civils, tout en insistant sur la nécessité d’assurer des prestations payantes et ce pour maintenir le standing de cet hôpital et éviter la situation que connaît le même hôpital de Aïn Naâdja. La rigueur dans la gestion a été aussi exprimée par le Président lors de l’inauguration de la résidence universitaire de 2.000 lits implantée à Haï El-Othmania. Cette nouvelle infrastructure a nécessité une enveloppe financière de 450 millions de dinars. Le président de la République a demandé aux responsables du secteur de consacrer davantage de surfaces aux résidences universitaires et de s’inspirer de l’exemple de la wilaya de Sétif où ce genre d’infrastructures constitue de véritables modèles à suivre. M. Bouteflika a aussi demandé d’accorder davantage d’attention aux logements sociaux destinés aux enseignants. Poursuivant sa visite, le président de la République a ensuite inauguré la piscine olympique, située au quartier populaire d’El-Hamri. Les travaux de sa construction ont été confiés à une entreprise chinoise et ont nécessité une enveloppe de 159,8 millions de dinars. Avant une petite pause-déjeuner à la résidence El-Bahia, le président de la République s’est rendu à l’hôtel «Sheraton» qu’il a officiellement inauguré. Salué à l’entrée par l’ambassadeur de Libye à Alger, le chef de l’Etat s’est félicité de la réalisation de ce projet qui matérialise les relations fraternelles et la coopération entre l’Algérie et la Libye. Le coût de réalisation est estimé à quelque 09 milliards de dinars. Là aussi, le Président a insisté sur la rigueur dans la gestion de ce «joyau», fierté de l’infrastructure hôtelière en Algérie. L’après-midi, le cortège présidentiel s’est dirigé vers Arzew pour l’inauguration de l’unité de dessalement d’eau de mer «Kahrama». Devant le ministre des Ressources en eau et les responsables de l’unité, le Président a insisté sur la nécessité de définir une politique des prix de l’eau qui réponde au pouvoir d’achat du consommateur, invitant ces cadres à trouver une formule pour que l’eau dessalée revienne moins chère. Le président de la République qui a goûté de l’eau dessalée de «Kahrama», l’a qualifiée de bonne, soulignant que le consommateur doit faire confiance à sa qualité irréprochable. Pour couper court à certaines rumeurs selon lesquelles l’eau dessalée n’était pas consommable, le président de la République a insisté sur les qualités de ce produit. «Tous les laboratoires ont confirmé la potabilité de cette eau, contrairement à certaines informations selon lesquelles l’eau dessalée n’était pas consommable», a déclaré le Président. Un avis que partage le premier responsable du secteur, M. Sellal, que nous avons contacté en marge de la visite. Avant de rejoindre la zaouïa de Sidi M’hamed Belkaïd de Sidi Marouf, le président a visité deux importantes sociétés privées installées à Oran-Est. La Sarl PROMAG du promoteur Amry Benaïssa, située dans la commune de Hassi Ben Okba, spécialisée dans les matériaux de construction. Erigée sur une assiette foncière de 8,25 hectares, cette entreprise emploie quelque 250 travailleurs et offre un produit de qualité, comme a pu le constater le président de la République. L’autre société visitée appartient au Groupe Chérif. Il s’agit de la société spécialisée dans la fabrication de revêtement de sol et murs en grès cérame CGRES, du Groupe Chérif. La production des produits de revêtement de sol et murs est de 1.800.000 m2 par an, alors que la production des plinthes atteint 60.000 m2/an. La société emploie quelque 200 travailleurs et s’est fixé comme objectif de répondre à la demande des citoyens tant en qualité qu’en quantité et rétablir l’équilibre régional en matière de produits de revêtement du sol. Dans les deux entreprises, le président s’est enquis des capacités de production et la qualité des produits proposés. Tout en félicitant les promoteurs, Bouteflika a insisté sur la nécessité d’encourager l’investissement local, notamment celui qui opte pour des produits concurrentiels aux normes internationales. Après une halte de plus d’une heure et demie à la zaouïa de Cheikh Belkaïd, le président de la République a procédé à la pose de la première pierre de la future résidence universitaire de 2.000 lits au niveau du quartier résidentiel «USTO», à la sortie Est d’Oran. Auparavant sur le site de Haï El-Yasmine, le Président a posé la première pierre d’un projet de 1.520 logements socio-locatifs. Ce projet d’habitation, initié par l’Office de promotion et de gestion immobilière (OPGI), fait partie d’un programme portant réalisation de 2.670 logements relevant du même promoteur public. Le reste de ce programme, localisé au niveau du plan d’occupation des sols (POS) de Bir El-Djir, est inscrit au titre du plan quinquennal (2005/2009). Le quota affecté à la wilaya d’Oran est réparti en deux tranches, respectivement de 480 et 670 logements. Sur place, le chef de l’Etat a mis en exergue l’impérieuse nécessité d’impulser une nouvelle dynamique pour que les régions les moins dotées en logements puissent être au diapason de celles qui ont réalisé leurs programmes, tout en insistant sur le suivi des projets, tâche qui doit être dévolue aux cadres compétents. Il abordera à l’occasion la situation du parc logement de la wilaya, notamment les immeubles menaçant ruine. «Je sais qu’au niveau de la wilaya, il y a de nombreux immeubles menaçant ruine. Des privées ont manifesté leur intention pour les racheter et construire des tours. Il faut étudier ce problème», insiste le Président. Ce dernier, tout en appelant les responsables à ne plus construire des F2 ou du moins de les réserver aux célibataires, a demandé à ce que les deux tranches restantes du programme des 9.000 logements destinés au quartier des Planteurs, soient lancées dans les plus brefs délais. Djamel B. Bouteflika vise particulièrement des «cadres de la nation» Fini le marchandage avec le malheur des Algériens !par Sihem H., Le Jeune Indépendant, 10 septembre 2005 Les brebis galeuses des institutions de l’Etat, le dossier des harkis, les disparus, les dépassements des corps de sécurité dans la décennie noire, le respect des libertés individuelles… sont autant de sujets sensibles qu’a abordés le président de la République dans son meeting à Oran. Dans un langage cru et inspiré du parler quotidien des Algériens, M. Bouteflika a tenu à remettre bon nombre de pendules à l’heure. Le président de la République a ouvert un nouveau front lors de son meeting animé, jeudi, au stade Ahmed-Zabana à Oran. Il a ainsi promis d’«éradiquer» toutes les personnes, particulièrement celles occupant des postes importants au sein des institutions de l’Etat, qui tirent des dividendes de la crise qu’a vécue notre pays. Des personnes qui, ajoute le président de la République, n’ont aucun intérêt à ce que les Algériens se réconcilient pour que soit enfin rétablie la paix. «Ces opportunistes qui parfois sont même des cadres de la nation, des enfants du système ou, encore, travaillent dans nos administrations, se complaisent à nager en eau trouble pour maintenir le statu quo, la situation de ni guerre ni paix les arrangeant parfaitement», affirme-t-il. M. Bouteflika, sans aller dans le détail, affirme que «ces cadres qui ont fait du malheur des Algériens un fonds de commerce seront particulièrement visés et poursuivis. Ils devront inéluctablement rendre des comptes, d’autant plus que ces cadres ont souillé l’image de la nation». S’adressant aux citoyens venus notamment d’Oran, de Tlemcen, d’Aïn Témouchent, de Saïda, de Mascara, de Sidi Bel Abbès et de Mostaganem, le Président a, lors de ce meeting sur le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale proposé à référendum, tenu à préciser que ce projet n’est pas «une décision d’en haut dictée au peuple». Cette charte, explique-t-il, tend à «prôner la tolérance» vis-à-vis de ceux qui se sont égarés sous l’influence de «faussaires de la religion». Car l’origine de «la catastrophe» qu’a vécue notre pays a été dans la mauvaise interprétation de l’islam. «La piété ne se mesure pas à la longueur de la barbe ou du qamis […] Ce sont des fatwas et de mauvaises interprétations de la charia qui ont induit en erreur bon nombre de nos jeunes», précise-t-il. A ce titre, M. Bouteflika encourage toute personne à se vêtir de la manière qui lui plaît, en allant de la «âabaya à la minijupe». Le mauvais traitement des familles des harkis est à l’origine d’une partie de la crise Lors de son discours, le président de la République a également insisté sur la nécessité de dissocier les terroristes de leurs familles, «ces dernières ne pouvant payer pour les actes commis pas leurs proches». Il évoque à cet effet les similitudes existant entre cette frange de la société (les familles des terroristes) et les enfants des harkis. Face à un parterre d’anciens moudjahidine venus assister à la rencontre, M. Bouteflika n’hésite pas à révéler que «le traitement du dossier des familles des harkis après l’indépendance est l’une des plus graves erreurs commises dans le passé». Il s’explique : «Nous avons commis des erreurs à l’encontre des familles et des proches des harkis et nous n’avons pas fait preuve de sagesse. Nous avons suscité en eux un sentiment de haine et de rancœur, portant ainsi un préjudice au pays». Bouteflika a évoqué le sensible sujet de la guerre d’Algérie avec son franc-parler. Il est allé, en effet, jusqu’à affirmer qu’«une grande partie de la crise qu’a connue le pays est due à cette très grave erreur». Une raison suffisante, à son avis, pour «éviter aujourd’hui de faire face à une problématique similaire». Abordant le dossier des disparus, M. Bouteflika reconnaît, en énumérant les différentes conclusions de la commission ad hoc installée pour plancher sur ce dossier, les dépassements commis par certains membres des corps de sécurité. Toutefois, ces dépassements, souligne-t-il, «ne peuvent en aucun cas égaler les méfaits causés par les terroristes dans la mesure où les corps de sécurité obéissaient à un unique devoir consistant en la sauvegarde de la nation». Sur un autre registre, le président de la République a accusé le colonialisme de nous avoir spoliés de notre culture, de notre identité, de notre religion et de notre histoire. Il a invité la nouvelle génération, «en l’absence de pays de rechange», à accorder une attention particulière pour recouvrer cette identité perdue. Ecartant toute éventuelle amnistie générale qu’il perçoit comme étant un «retour aux année 1990», M. Bouteflika rappelle les mérites de la loi sur la concorde civile grâce à laquelle «le Trésor public est, pour la première fois en sécurité, le dinar est stable et l’inflation a reculé». «Il m’est impossible actuellement, en 2005, de demander au peuple algérien plus que ce qui est contenu dans le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale», a-t-il conclu. S. H. ------------------------------------------ Meeting du président de la République à Oran La main tendue aux harkisEl Watan, 10 septembre 2005 A l’intérieur des appareils, du régime, de l’administration, des institutions mais aussi du peuple, il y a des gens qui n’aiment nager qu’en eau trouble pour profiter de la situation de ni guerre ni paix et se remplir les poches. » Des propos réitérés par le chef de l’Etat à l’occasion du meeting tenu jeudi au stade Zabana à Oran. « Il faut qu’on les trouve et qu’on leur coupe l’herbe sous leur pied pour faire échec à ce commerce indigne », poursuit-il sous les applaudissements d’un parterre de près de 40 000 personnes venues d’Oran et d’autres wilayas de l’Ouest : Aïn Témouchent, Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Mascara, Mostaganem et Saïda. Il engage l’Etat à prendre en charge les victimes du terrorisme. Au sujet des disparus, il dira : « Il y a ceux qui disent que les terroristes endossent la responsabilité de la totalité des disparus, mais moi j’ai un rapport officiel de la commission des droits de l’homme qui implique les services de sécurité pour un certain nombre d’entre eux. » Pour lui, tous sont des Algériens victimes de la tragédie et doivent donc être mis sous l’aile de l’Etat, du peuple et de l’Algérie. Avec une nuance cependant car, il affirme, lorsqu’il loue les mérites de l’ANP, que les dépassements des services de sécurité l’ont été dans le cadre de la lutte pour sauver la République, au nom de l’Etat et du peuple, et qu’on ne saurait les comparer aux crimes commis au nom de fetwas douteuses. Il enchaîne sur les bénéficiaires de la concorde civile pour s’exclamer : « Que vais-je faire de ceux qui se sont rendus au 13 janvier 2000 ? Il faut bien leur donner une grâce et les intégrer dans la société algérienne. » Plus loin, il va même jusqu’à affirmer, parlant sans les citer des politiques de l’ex-FIS : « Ceux qui sont à l’étranger (en Europe ou aux USA) pour des idées politiques et n’ont pas commis de violence, s’ils veulent rentrer, je serai heureux si les Algériens les accueillent avec du lait et des dattes. » « Je sais que mes propos ne plaisent pas », reconnaît-il juste avant de préciser qu’il n’est cependant pas question de revenir à la situation d’avant-1990, ce qui signifierait la fin de l’Algérie. « Si j’avais voulu créer la zizanie, j’aurais demandé l’amnistie générale, mais je ne l’ai pas fait », déclare-t-il avant de tonner à trois reprises : « Il n’y aura pas d’amnistie générale. » Le président de la République, pour qui la religion est synonyme de pardon, a estimé, pour trancher la question, que « le temps ne revient pas en arrière ». Il s’est dit heureux d’avoir entendu dire - « et c’est là la grandeur de l’Algérie » - que « des familles victimes de terrorisme ont même tissé des liens par alliance avec des familles de terroristes ». Cette anecdote n’est pas fortuite si on tient compte de ce qu’il avait déclaré, auparavant, au sujet des harkis. « Nous nous sommes pas comportés avec sagesse à l’égard des enfants et des familles des harkis après l’indépendance et les haines que nous avions entretenues depuis tout ce temps nous sont retournées en mal », devait-il expliquer avant d’affirmer : « Une bonne partie de la crise est due à cette erreur. » Le fardeau de la réconciliation est lourd et Abdelaziz Bouteflika dit ne pas vouloir l’assumer tout seul, mais estime que ceux qui voteront en faveur de la charte pour la paix et la réconciliation le feront avec conviction, sinon ils sont libres de voter non. Djamel Benachour --------------------------------- RÉCONCILIATION NATIONALE «La volonté du peuple sera respectée»L'Expression, 10 septembre 2005 Le président de la République a évoqué hier la question des harkis «La réconciliation nationale n´est pas une décision dictée d´en haut, elle traduit les aspirations profondes des victimes de la tragédie nationale.» Jeudi, et à partir de la capitale de l’Ouest, Oran, le président a affirmé, dans une pique à peine voilée contre les parties qui s’opposent à ce projet., que «sans l´implication totale de toutes les victimes de la tragédie nationale dans cette démarche, le fardeau serait très lourd, pour ne pas dire impossible à supporter même pour le président». Autrement dit, rien ne se fera sans cette catégorie «qui a été injustement touchée dans son amour-propre et dans ses droits». Achira MAMMERI Le président bouteflika l’a affirmé jeudi à oran “Nous n’étions pas justes avec les familles des harkis”Par Arab Chih, Liberté, 10 septembre 2005 Pour Abdelaziz Bouteflika qui parle d'erreur commise a leur encontre, les familles des harkis n'étaient pas responsables des crimes que ces derniers ont perpètres pendant la révolution. Si Bouteflika a ouvert la page des harkis et de leurs familles, c'est parce qu'il a vu une certaine similitude entre cet épisode et la situation d'aujourd'hui. |
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