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L'AMNISTIE GÉNÉRALE À L'ÉPREUVE DES ISLAMISTES Les « détenus du désert » interpellent Bouteflika L'Expression, 23 décembre 2004
Les principaux acteurs et victimes du conflit algérien restent bizarrement éloignés du débat. Dans un document
rédigé et diffusé par un groupe
d'anciens détenus des « centres de détention »,
ceux-ci saisissent l'opportunité du contexte politique actuel
induit par le discours officiel, pour réclamer leurs droits. « Nous
avons été arrêtés, transférés
dans les centres du Sud algérien pendant plusieurs années,
sans passer par un tribunal, et sans être accusés d'un chef
d'inculpation clairement et officiellement notifié. Nous avons été libérés
au bout de notre détention sans avoir jamais compris pour quelle
raison nous avons été arrêtés et pourquoi
nous avons été relâchés. Entre-temps, nous
avons été licenciés de notre travail sans pouvoir
justifier la durée de notre ''absence'', et aucun document ne
nous a été remis pour faire valoir notre droit... ».
Le communiqué des anciens détenus des centres de détention
nous replonge tout à coup dans le contexte de février 1992
et toute l'agitation qui s'en est suivie: « Nous avons été jetés
par certains dans des prisons improvisées dans le désert
algérien et parqués dans ce qui avait été appelé ''les
centres de détention'' hors de tout cadre légal. Certains
de ces endroits ressemblent à d'énormes fournaises, d'autres
avaient servi aux expériences nucléaires, comme Reggane
et Aïn M'guel (...) notre séjour sous les tentes avait été à ce
point intenable pour mener certains à la mort, et d'autres à des
maladies chroniques (...). » A la faveur du projet d'amnistie
générale, formulé il y a près d'un mois par
le président de la République, et repris à l'unisson
par l'ensemble des « unanimistes », sans qu'on sache
exactement de quoi il retourne, ni les contours et la teneur de ce concept,
les islamistes se dressent pour faire entendre leurs voix. Dans ledit
document, ils énumèrent une série de mesures-cadres
susceptibles de solutionner l'ensemble de leurs doléances. La
première de leurs revendications concerne la réhabilitation
des islamistes emprisonnés en février 1992, puis libérés,
hors de tout cadre juridique. S'ensuivent, pêle-mêle, les
dédommagements pour tous ceux qui ont été libérés
sans qu'une accusation leur soit notifiée, la prise en charge
des malades et des familles de ceux qui sont morts pendant la période
de leur emprisonnement ou de leur transfert, la réinsertion professionnelle,
la levée de restrictions civiques et administratives qui touchent
les islamistes emprisonnés au Sud et qui n'ont pas fait l'objet
d'accusations avérées, etc. De son côté, la
direction de l'ex-FIS soutient totalement les revendications introduites
par les anciens détenus des camps du Sud, et estime que cela est
un préalable à tout dialogue, sérieux et crédible
avec les autorités. Abdelkader Boukhamkham, porte-parole informé de
cette structure, va au bout de ce que pensent ses compagnons: « Ecoutez,
il y a comme un malaise qui interdit aux uns et aux autres d'être
clairs, et, en fait, d'être pratiques. Il y a d'abord cette idée
lancée en l'air, l'amnistie générale, et dont personne
ne sait rien, mais, pour positiver les choses, soyons preneurs, mais
définissez au moins avec audace et lucidité les parties
en conflit. C'est bien beau de dire ''Dieu pardonne à tous...'',
mais il y a pardon et comptes à rendre. Les affaires politiques
et les délits d'opinion sont une chose, et les affaires criminelles
en sont une tout autre et doivent être mises dans un tout autre
cadre de solutionnement. Ce qui ont tué, massacré, entaché leurs
mains de sang de victimes innocentes, où qu'ils se trouvent, quels
qu'ils soient, doivent être jugés et répondre de
leurs crimes. C'est un principe juste et nécessaire ».
En fait, depuis que le président de la République, Abdelaziz
Bouteflika a lancé son idée d'aller vers une consultation
référendaire à propos de l'amnistie générale,
toute la classe politique a applaudi, mais à aucun moment il n'y
eut de débat sérieux sur le sujet, qui, en réalité,
reste flou, opaque, flottant et imprécis pour la quasi-totalité. Fayçal OUKACI
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www.algeria-watch.org
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