Grâce aux informations fournies aux services de sécurité par un repenti

Découverte d’un charnier de 15 cadavres à Aïssaouia (Larbaa)


Par Lyes Malki, La Tribune, 31 juillet 2004

Six cadavres ont été découverts hier et trois autres, jeudi dernier, dans un charnier situé au lieu-dit Aissaouia (Tadmout sur carte) dans les maquis de la région de Médéa à une trentaine de kilomètres de Tablat. La découverte du charnier, annoncée par le procureur de Larbâa jeudi dernier, a été rendue possible grâce à un repenti qui a conduit les services de sécurité jusqu’à l’endroit précis où 15 personnes auraient été tuées et enterrées. Hier, à notre arrivée sur les lieux de la macabre découverte, une équipe composée d’une dizaine d’agents de la Protection civile, de cinq gendarmes, de deux agents de la police scientifique (section identité judiciaire) et de deux autres du laboratoire des textes ADN, s’attelaient encore à fouiller l’endroit mètre par mètre. Le site sur lequel l’équipe s’est déployée occupait jusqu’à hier une superficie de 200 m². Elle devrait s’étendre encore plus avec les recherches qui devront reprendre dès ce matin pour déterrer les cadavres restants. Une tâche qui ne sera pas de tout repos d’autant que l’endroit du charnier, situé sur un lit de oued, est extrêmement difficile à atteindre. En effet, l’accès au site, impraticable pour les véhicules, n’est possible qu’au bout d’une demi heure de marche sur une descente de deux kilomètres, en aval du mont Tadmout. Selon l’équipe chargée des fouilles, les cadavres ont été retrouvés les mains ligotées par du fil de fer et du chatterton. Certains avaient même les mains et les pieds attachés, a-t-on constaté. Les ossements retrouvés, couverts d’habits complètement défroqués, nous a-t-on indiqué encore, correspondent à des personnes adultes dont le sexe n’a toutefois pas encore été déterminé. Ils seront transférés à l’hôpital Franz Fanon après les prélèvement nécessaires pour les tests ADN. Ces dernier sont le seul moyen à même de connaître l’identité des cadavres mais l’opération prendra beaucoup de temps, selon les dires d’un expert qui précisera par ailleurs que cela ne sera possible qu’avec un travail de comparaison avec l’ADN de la mère ou de la sœur. Il faut dire que les recherches sur le site en question sont étroitement suivies par les plus hautes autorités militaires en collaboration avec les autres corps des services de sécurité. Hier, en fin d’après-midi, le général major, Fodhil Cherif, commandant de la première région militaire, s’est personnellement déplacé sur les lieux. L’intérêt que portent les autorités à cette découverte, au même titre que les précédentes d’ailleurs, se rapporte à l’épineux dossier des disparus. La mise en service du laboratoire des tests ADN, inauguré la semaine dernière, devra permettre un tant soit peu d’avancer dans le sens d’un règlement définitif de ce dossier. Plusieurs autres charniers avaient été découverts, faut-il le rappeler, dans diverses régions du pays notamment dans les maquis blidéens. Le plus important reste toutefois celui ayant permis de déterrer en 2003 des dizaines de personnes tuées et enterrées à Relizane.

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Les rendez-vous de la mémoire

Par Abdelkrim Tazaroute, La Tribune, Samedi 31 juillet 2004

Longtemps occulté, sinon complètement ignoré par les pouvoirs publics et la majorité des formations politiques, le dossier des disparus a désormais droit de cité. S’inscrivant dans le sillage de la politique de concorde civile et de la réconciliation nationale, ce dossier, une des plaies des années rouges, ne pouvait éternellement être l’apanage des associations de droits de l’Homme et autres partis politiques et des actions menées sans répit par les familles de disparus en quête de vérité. L’exploitation faite durant plusieurs années par nombre d’acteurs politiques en pleine période de lutte antiterroriste, relayés à l’étranger par d’autres parties, n’a pas permis d’appréhender cette épineuse question sous de bons auspices. Pis, le traitement du dossier des disparus a dérivé en accusation à peine voilée des autorités algériennes. Confrontée à un terrorisme des plus barbares, l’Algérie, pour sa survie, devait faire face aux groupes terroristes qui avaient planifié la mise à genoux du pays en mobilisant les forces patriotes pour mener avec efficacité la lutte. Il est évident qu’une guerre ne peut être menée contre des groupes terroristes sans que soient enregistrés des dépassements, pour le reste, reconnus. Il en résulte, selon les chiffres officiels 5 200 dossiers de disparus. Le collectif des familles de disparus avance un nombre plus important. Les ONG et les médias, notamment français, s’emparent du dossier pour mettre au banc des accusés les autorités algériennes. Une redoutable campagne médiatique est enclenchée sous le titre générique de la pernicieuse question du «qui tue qui». Les attentats du 11 septembre 2001 mettront fin aux attaques contre la manière dont est menée la lutte contre le fléau du terrorisme en Algérie. Cela étant, l’affaire des disparus nous interpelle, nous Algériens avant tout le monde. Personne ne peut rester insensible à la quête de vérité des familles de disparus. On ne peut perpétuellement continuer à détourner la tête devant ces mères qui manifestent chaque mercredi devant le siège de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’Homme. Le dossier des disparus, depuis l’avènement de la politique de la concorde civile, a connu une avancée considérable. Un devoir de mémoire est de mise à ce sujet et l’installation depuis septembre 2003 de la commission ad hoc pour le traitement du dossier des disparus s’inscrit dans ce sens. L’amélioration de la situation sécuritaire aidant et la stabilité retrouvée sont de nature à contribuer au traitement du dossier. Les repentis sont mis à contribution pour repérer les charniers. La vérité peut être rétablie afin de refermer une plaie, pour le nécessaire travail de deuil des familles des disparus.

A. T.

 

 
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