DEBAT SUR L’AMNISTIE GENERALE

Le travail des ONG remis en cause

Le Quotidien d'Oran, 9 mai 2005

L’ensemble des participants à la table ronde sur le projet d’amnistie générale, tenue hier au forum d’El Moudjahid, ont tiré à boulets rouges sur les ONG et Amnesty International.

Mme Benhabilès, présidente du réseau féminin algérien pour la paix, a dénoncé la politique de deux poids deux mesures pratiquée par Amnesty International en évoquant son absence lors des années d’enfer.

«Nous nous sommes déplacés jusqu’à Londres pour les rencontrer et leur faire part de la situation dans laquelle les Algériens vivaient, mais aucun n’a daigné lever le petit doigt». La présidente s’interroge pourquoi les ONG, dont Amnesty International, ne vont pas défendre actuellement les droits des Irakiens et des Palestiniens. «Nous n’avons pas besoin d’être téléguidés par Amnesty International», dira fermement Benhabilès.

Farouk Ksentini a, pour sa part, affirmé qu’Amnesty International s’est trompée dans ses jugements, précisant que cet état de fait ne peut en aucun cas pousser l’Etat algérien à fermer ses portes aux ONG.

«Au contraire, ils doivent venir en Algérie et ce sera l’occasion pour nous de leur démontrer qu’ils se sont trompés», estime Ksentini. Et d’ajouter que 15 ONG sont déjà en Algérie et doivent se rendre au ministère de l’Intérieur pour discuter sur l’état d’urgence.

La majorité des participants à ce débat, que ce soit les juristes, les représentants de la société civile ou des droits de l’homme, soutient le projet de la réconciliation nationale et l’amnistie générale proposé par le président de la République.

M.Farouk Ksentini estime que la réconciliation nationale est un droit du citoyen et est dans l’intérêt national. Il précise que l’amnistie générale n’est pas en contradiction avec les droits de l’Homme.

L’avocate Mme Benbrahim a qualifié le projet du président de la République de logique, juridique et politique, qui complète en fait des lois qui existent sur l’amnistie et le pardon votées en 1999.

Me Miloud Brahimi a défendu à son tour les familles des disparus et les familles des terroristes en appelant les pouvoirs à écouter cette frange de la société et en lui accordant un statut légal pour que la réconciliation nationale aboutisse à l’amnistie générale.

Il a proposé d’inclure dans la législation algérienne la notion du crime contre l’humanité. Il faisait référence aux crimes commis par les terroristes et les enlèvements des femmes suivis de viols lors des années de braise.

Mais peut-on pardonner aux terroristes leurs actes ? A cette question, le président de la commission nationale d’amnistie générale, M.Serai, a invité l’ensemble des acteurs à aller chercher la raison qui a poussé des médecins, des professeurs d’université, des cadres à rejoindre les maquis. «Un médecin repenti que j’ai rencontré à Djebel Babour m’a expliqué qu’il avait rejoint le maquis après avoir constaté que des éléments des services de sécurité l’attendaient devant chez lui. Il a affirmé qu’il a été informé par des voisins qu’ils sont venus pour le liquider», dira M.Serai. Il ajoutera: «Comme disait le président de la République, connaître les mobiles qui ont poussé certains à rejoindre le maquis nous pousse à pardonner et à comprendre leur malaise et leur situation».

M.Aziza

 
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