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| Amnistie générale Les courtiers, les convaincus et les autres Les Débats, 2-8 février 2005 Il ne s'agit pas d'une loi de finances dont ils ont pu lire des bribes dans la presse nationale ni d'un projet de loi sur les hydrocarbures qu'ils ont pu télécharger sur le site web du ministère de l'Energie et des Mines. Hormis un discours que M. Bouteflika a prononcé à l'occasion du 50e anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne, dans lequel il fait explicitement référence à cette démarche, il n'existe aucun texte officiel ni aucune information détaillée sur le contenu du projet en question. Pourtant, les "souteneurs" se bousculent pour soutenir un projet d'amnistie dont ils ne connaissent que le titre. Si cela est compréhensible de la part d'un Ben Bella qui a défendu la réconciliation nationale aux pires moments des "certitudes" républicaines et des "laqad najahna" ou autres "derniers quarts d'heure", ça l'est beaucoup moins de la part de ceux qui ont entretenu un discours va-t-en-guerre. Mme Benhabyles, sénatrice et ancienne ministre, change de registre et se met, elle aussi, au soutien du projet d'amnistie générale à condition de "respecter le devoir de mémoire" et le "devoir de solidarité et de dignité envers les victimes". Ainsi, après avoir été membre de SOS Attentats et sillonné le monde pour rendre compte des méfaits du terrorisme, voilà qu'elle compte créer le premier "réseau de wilaya des femmes algériennes pour la défense de la paix" sous la houlette de la "Coalition mondiale des femmes pour la défense de la paix" née le 24 novembre 2004 à Genève. Pour Mme Benhabyles, "l'Algérie est un chantier pour la paix" où "les femmes ont toujours joué un rôle prépondérant". Après les avoir mises "aux premières lignes du combat contre le terrorisme" (discours ambiant des années noires de la précédente décennie), les femmes sont actuellement convoquées pour une autre "mission sacrée", celle de défendre une amnistie dont ils ne savent rien. Mme Saïda Benhabyles invite "toutes personnes qui croient en la culture de la paix, condamnent toute forme de violence et croient surtout en l'implication des femmes dans le règlement des conflits" à faire partie de son réseau. Selon elle, "30 associations ont déjà répondu favorablement à cette initiative en plus de personnalités, d'organisations estudiantines" comme l'UNEA et l'UGEL, des associations d'artistes mais également des associations comme Iqra, l'Association pour la non-violence dans les établissements scolaires, SOS Femmes en détresse, Rachda, l'Association des victimes du terrorisme, l'Association des femmes de l'audiovisuel et l'UNFA. De quoi s'agit-il ? Que défend-t-on ? Qui va bénéficier de cette amnistie ? Les démarcheurs ne s'embarrassent pas de questions. Ils soutiennent, un point c'est tout. D'autres, comme à la fameuse Commission nationale de l'amnistie générale (CNAG), présidée par un certain Abderezak Ismaïl, dont est également membre Ahmed Ben Bella, sont allés jusqu'à élaborer une plate-forme en huit points pour déterminer les contours et les bénéficiaires de l'amnistie. Il s'agit, entre autre, de "lever les poursuites judiciaires", d'"annuler des jugements", de "réhabiliter les victimes du drame national" et d'amnistier les services de sécurité et les groupes armés, et de permettre à ces derniers de "revenir dans la société". Ce matraquage en faveur de l'amnistie ne laisse point de place au débat. Les familles victimes du terrorisme comme celles, à l'image des familles des disparus, victimes des services de sécurité, sont appelées à accepter sans discuter l'amnistie générale qui se prépare. Du coup, comme l'a décrété M. Ben Bella, si on est contre, c'est qu'on tire des dividendes du malheur des Algériens ! A en croire les déclarations de ses animateurs, la CNAG semble, sans existence légale, être mandatée par les plus hautes autorités puisqu'elle prétend avoir la charge, comme l'a récemment affirmé Ben Bella, "de contacter les repentis de l'AIS pour en finir avec les problèmes auxquels ils ont été confrontés après la signature du pacte dans le cadre de la concorde civile". Même l'Association nationale des transporteurs algériens (ANTA), dont la vocation n'est pourtant pas de faire de la politique, s'est mise à rouler sur l'autoroute de l'amnistie. Pourvu qu'elle ne fasse pas dans l'excès de vitesse pour nous emmener droit au mur. Pour ce qui est des partis politiques, après avoir soufflé le chaud et le froid, le parti de Aboudjerra Soltani semble se tourner résolument vers l'amnistie générale qu'il veut associée à la levée de l'état d'urgence, une vieille revendication qu'il vient de déterrer des archives des actions politiciennes du MSP. Quant au RND, le virage à 180° qu'il vient de prendre est significatif des enjeux liés à cette démarche. Dans la pré-campagne organisée en faveur de l'amnistie générale, des membres du parti d'Ouyahia parlent de "la nécessité de la réconciliation nationale" qui signifie pour eux "la négation de soit et l'acceptation de l'autre". Etrange changement de position quand on se souvient des propos tenus par des responsables du parti lors de la campagne électorale présidentielle pour signifier que tout a été fait en matière de réconciliation nationale et qu'il n'y a plus lieu de parler d'amnistie pour d'autres groupes armés, et encore moins pour ceux (entendre par là les membres de l'ex-FIS) "qui ont mis le pays à feu et à sang". Même atmosphère de soutien chez le président de la Commission nationale consultative pour la promotion des droits de l'homme (CNCPPDH), Me Farouk Ksentini, qui avoue néanmoins ne rien connaître du projet d'amnistie tout en envisageant le pardon même pour les pour auteurs des crimes collectifs. L'astuce étant que "la notion du crime contre l'humanité n'est pas reconnue par le droit positif algérien". Tout concorde a priori pour que le dossier de la "décennie rouge" soit fermé sans que l'on ait eu le temps de le scanner, de le fouiller et de l'examiner soigneusement pour le comprendre afin que de telles horreurs ne se reproduisent plus. Un grand risque. Pourtant, il s'agit moins de réconcilier les ennemis d'hier, les bourreaux et les victimes (dans les deux camps), que d'explorer les raisons politiques et sociales qui ont mené l'Algérie à une situation de désastre. S'agit-il d'aller résolument vers la démocratisation du pays, vers la transparence économique, vers la bonne gouvernance (pas celle des séminaires !) et vers une responsabilité des gouvernants envers les citoyens, ou alors de changer uniquement de nom d'époque tout en gardant les mêmes ingrédients ? Le risque dans la conclusion à la hâte de l'amnistie générale est de perdre toute référence à la vérité et à la justice, des notions qu'il ne servira à rien d'inclure dans les manuels scolaires si elles n'ont pas été mises en application. Car le meilleur des enseignements se fait par la pratique. Abdelkader Djalil
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www.algeria-watch.org
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