RECONCILIATION NATIONALE

Les associations de victimes du terrorisme sont contre l’impunité

Le Quotidien d'Oran, 29 avril 2004

Lors du dernier Conseil des ministres, mardi dernier, le président de la République a, une nouvelle fois, indiqué que les islamistes armés qui déposeront les armes pourraient être épargnés ou voir leur châtiment atténué. Selon lui, il n’y a pas d’incompatibilité entre la guerre contre ces groupes et les tractations pour persuader certains d’entre eux à quitter les maquis. «La lutte antiterroriste, a-t-il déclaré à ce propos, doit pouvoir s’accompagner de mesures de clémence envers ceux qui sauront se ressaisir pour participer à la construction et au développement de la nation».

Mais M. Bouteflika n’en dit pas plus. Son projet de «réconciliation nationale», qu’il qualifie désormais de «priorité absolue», demeure un grand mystère quant aux détails qui doivent le concrétiser. En attendant de nouveaux développements, les associations des victimes du terrorisme, elles, sont dans l’expectative. A l’image de l’Association nationale des familles victimes du terrorisme (ANFVT), elles restent prudentes. «Nous ne voulons pas précéder les événements ni anticiper sur des mesures que nous ne connaissons pas», a déclaré hier sa présidente, Madame Flici, au Quotidien d’Oran. Elle a précisé que les associations «ne sont pas contre la paix» mais qu’elles militent aussi «pour que la justice fasse son travail et ne soit pas marginalisée». Madame Flici considère que «l’impunité serait catastrophique» et que les personnes «qui se rendront» doivent «demander pardon et passer devant la justice qui décidera de leur sort». Plus inquiète, l’association Somoud juge «curieux» le manque d’informations précises sur le nombre et la qualité des redditions. Un de ses représentants, Maître Bouchaïb, craint une opération où les victimes du terrorisme en fassent encore les frais. «Il n’est pas question pour nous d’entendre parler de réhabilitation de l’ex-FIS ou d’assister à une parodie de jugement des assassins», a-t-il affirmé. Pour cet avocat militant, il n’est pas question non plus de «ressortir la concorde civile sans qu’elle soit appliquée à la lettre». «Dans de très nombreux cas, soutient-il, des terroristes ont été amnistiés sans que les différentes étapes de la loi soient respectées». Il s’agit, selon lui, de laisser la justice «enquêter réellement sur les tueries et les viols» et «déterminer les responsabilités» pour éviter «le piège d’une paix éphémère». «Il n’est pas question pour nous de pardonner quoi que ce soit. Si la vérité n’est pas faite, conclut-il, la violence peut rejaillir». Une logique que Maître Miloud Brahimi résume en termes de «garde-fous» ! Le premier garde-fou, dira-t-il, est l’interdiction de toute forme d’impunité. «Quand le président de la République déclare réconcilier les Algériens avec eux-mêmes, nous ne pouvons qu’applaudir. Mais il faut que la justice passe et que les probabilités soient minutieusement étudiées en fonction de chaque individu et de la gravité des faits qui lui sont reprochés». Le deuxième, ajoutera Maître Brahimi, est que «toute action de pardon doit provenir des victimes du terrorisme et de leurs familles». Il faut que les «premiers concernés» et ceux «qui sont touchés dans leur chair» s’expriment.

Noureddine Azzouz


 

   
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