Le Président l’a déclaré hier devant les chefs militaires

Réconciliation nationale le peuple sera bientôt consulté

par Nefla B., Le Jeune Indépendant, 4 juillet 2005

Huis mois après avoir lancé son initiative pour une amnistie générale, le président Bouteflika a choisi le siège du MDN pour annoncer la prochaine consultation du peuple.Préférant user du terme générique de réconciliation nationale, le Président demande à l’ANP de l’aider dans sa démarche en consentant un nouveau sacrifice… pour faire sortir le pays définitivement de la crise.

Le président de la République a déclaré, hier, lors d’un discours de circonstance à l’occasion du 43e anniversaire de l’indépendance, que le peuple sera bientôt consulté pour donner son avis sur la réconciliation nationale. Le président Bouteflika a tenu ces propos sans pour autant citer le mot amnistie générale, même s’il y a fait allusion en déclarant que la réconciliation nationale demeure la solution qui s’impose pour le retour définitif de la paix.

Le Président a appelé les Algériens à pardonner sans oublier, en acceptant ainsi un autre sacrifice sur l’autel de leur patrie qui a suffisamment saigné. Le Président a soutenu sa demande en avançant que des morts supplémentaires ne soulageront pas la douleur de ceux qui ont perdu des êtres chers.

Notre pays a besoin de paix et de stabilité. Conscient de la complexité d’une telle démarche, le Président a reconnu que ce qui est demandé est énorme, mais cette réconciliation nationale qu’il prône doit «s’accompagner d’un exercice lucide et courageux d’une justice forte et consciente de sa mission au service de la société.

Une telle opération ne peut évidemment être engagée que dans un climat redevenu serein, permettant à la raison de triompher de tout ressentiment et de tout esprit de revanche», a-t-il poursuivi, allusion, probablement, à son initiative d’amnistie générale.

Cette recherche de sémantique plus adaptée à la symbolique du lieu où il a tenu son discours renseigne sur la complexité d’un sujet, tabou il n’y a pas si longtemps. Equilibriste, Bouteflika a enchaîné immédiatement en légitimant, sans réserve, l’action de l’ANP qui a recouru à la violence pour combattre la violence.

Avec cette position, le Président a clairement indiqué que s’il doit y avoir amnistie, elle ne saurait exclure ceux qui ont combattu la barbarie avec parfois des moyens peu orthodoxes. Le Président a poursuivi son discours en rendant un hommage poignant aux services de sécurité, plus exposés aux agressions du terrorisme.

«Leur tâche n’a pas été facile et il leur a été nécessaire d’utiliser la violence pour combattre la violence et affronter un adversaire sans scrupules et sans moralité. L’hommage que je rends aujourd’hui se veut aussi l’expression de notre indignation contre toute présentation tendancieuse de leur action visant à entacher leur honneur.

Ils ont une seconde fois, après leurs aînés de l’Armée de libération nationale, sauvé la patrie, et je veux les assurer tous du respect et de la reconnaissance de l’ensemble de la nation.» Mettant en garde contre les quelques groupes résiduels de terroristes, il a appelé à la vigilance, d’autant plus que «nos blessures n’étant pas encore totalement cicatrisées, il nous faut veiller à assurer notre retour à la normale dans les meilleures conditions possibles».

S’adressant aux membres de l’ANP, M. Bouteflika n’a pas clôturé ce chapitre sans cet appel pathétique : «J’attends de vous un soutien dans ma démarche pour faire sortir le pays définitivement de la crise», a-t-il lancé. Cette rétrospective des souffrances endurées par le peuple algérien, aussi bien durant la décennie noire que durant la guerre de libération, a amené le président de la République à ouvrir une brèche pour revenir sur la loi du 23 février, adoptée par le Parlement français.

Cette fois-ci avec plus de sérénité et appelant à la sagesse. Tentant de dépassionner le débat, Bouteflika a proposé qu’on laisse les historiens faire leur travail de transcrire les faits et les événements sans complaisance, sur la base des archives qu’il souhaite accessibles sans restriction.

«Nous ne voulons pas que nos jeunes soient nourris de haine ou d’esprit de revanche», a-t-il dit. Un propos qui s’inscrit dans sa logique en prônant le pardon sans pour autant oublier. N. B.


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