En attendant que le Président dévoile son projet d’amnistie générale

Une commission et des questions

Par Ghada Hamrouche, La Tribune, 11 août 2005

Le FLN, le MSP, le RND et une panoplie d’associations se sont «bousculés» pour affirmer leur soutien et leur engagement en faveur du projet d’amnistie générale que compte soumettre le président de la République à l’approbation du peuple par voie référendaire.
Neuf mois après le discours annonciateur prononcé par le président Bouteflika à l’occasion du 50e anniversaire du déclenchement de la révolution algérienne, dans lequel il fait explicitement référence à cette démarche, aucun texte officiel ni aucune information détaillée sur le contenu du projet en question n’est encore disponible. Pourtant, les «souteneurs» se bousculent toujours pour appuyer un projet d’amnistie dont ils ignorent tout, sinon juste l’intitulé.
Si cela est compréhensible de la part d’Ahmed Ben Bella qui a défendu la réconciliation nationale aux pires moments de l’histoire de l’Algérie indépendante et celle du «sauvetage de la République», cette attitude est incompréhensible de la part d’un parti comme le RND. Engagé dans la lutte antiterroriste depuis sa création, le parti, dont le leader Ahmed Ouyahia a toujours évité d’évoquer cette question, ne parle que de «nécessité de réconciliation nationale» signifiant «la négation de soi et l’acceptation de l’autre» pour sortir le pays définitivement de sa crise.
De son côté, le FLN en fait son cheval de bataille dans toutes ses sorties médiatiques. Le MSP, légèrement en retrait du discours «amnistiant», ne manque pas de prôner «la réconciliation nationale» dans toutes ses manifestations. Pour les besoins de la «nouvelle cause», une commission a vite été vite créée. Le 2 décembre dernier, la Commission nationale pour l’amnistie générale (CNAG) a vu le jour. Ses activités à travers les 48 wilayas du pays sont aussitôt facilitées et couvertes par les médias lourds, notamment la télévision d’Etat. M. Ben Bella en prendra la présidence honorifique. Sept mois plus tard, les pouvoirs publics, par la voix du chef de l’Exécutif, M. Ahmed Ouyahia, s’exprimeront devant le Parlement en affirmant que «le projet présidentiel n’a pas besoin d’intermédiaires» et que le gouvernement dénonce «les commerçants du sang et de la tragédie nationale». Une déclaration perçue comme un rappel à l’ordre des «des brebis galeuses» de la CNAG. Abderrezak Smaïl, président de ladite commission, gèlera aussitôt ses activités le 8 juin. Pas plus tard que le lundi 8 août, cinq membres parmi les 75 constituant le bureau de la CNAG contestaient le gel de leurs activités et le qualifiaient de «décision dictatoriale et unilatérale» de M. Smaïl. Coup de théâtre. M. Smaïl décide, «une fois de plus unilatéralement», de dégeler les activités de la commission en annonçant qu’il a introduit une demande d’agrément auprès du ministère de l’Intérieur.
Cette décision signifie-t-elle que M. Smaïl a «été instruit» pour relancer les activités de la CNAG comme il affirme l’avoir été pour les geler ? Dans ce cas-là, s’apprête-t-on à dévoiler enfin les contours de l’énigmatique projet ? Doit-on en déduire que la présidence de la République a déjà finalisé et ficelé le projet annoncé le 1er Novembre ? Sinon, doit-on comprendre que la CNAG, qui bénéficiait des «faveurs» des autorités locales pour organiser ses rencontres, activait le long de ses sept mois d’existence dans l’illégalité la plus totale au vu et au su des autorités ? D’ailleurs, quel est le mandat de cette commission ? Et quelles missions motiveraient l’agrément requis auprès de l’Intérieur puisque le projet est circonscrit dans le temps ?
Il ne s’agit pas d’une loi de finances débattue au Parlement, ni du controversé projet de loi sur les hydrocarbures téléchargé sur le site Web du ministère de l’Energie et des Mines, ni des bribes d’un quelconque projet publié dans la presse nationale. Il s’agit d’un texte censé clore définitivement les années de feu et de sang qu’a connues l’Algérie. Un texte devant solder le passif de ces années de braise. Les membres de cette commission sont-ils habilités alors à assumer la lourde tâche de chapeauter une telle entreprise ?
Une chose est sûre, après l’évocation du projet d’amnistie, des voix se sont fait entendre pour s’opposer à une initiative qui s’apparente, selon leur appréciation, à une forme d’absolution du terrorisme et demandent depuis des explications sur les véritables visées du chef de l’Etat et sur la teneur de son projet. Le risque dans la conclusion à la hâte des débats sur l’amnistie générale est de perdre toute référence à la vérité et à la justice. Des notions qu’il ne servira à rien d’inclure dans les manuels scolaires si elles n’ont pas été mises en application dans la pratique.

G. H.

 
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