CNAG

L’amnistie, les pieds-noirs et les fils de harkis

Le Quotidien d'Oran, 19 janvier 2005

L’amnistie est une vertu civilisationnelle. C’est par cette phrase-clé qu’a commencé son propos M. Abderezak Smaïl, président de la Commission nationale de l’amnistie générale (CNAG), lors d’une conférence de presse, hier, qui marque sa première sortie médiatique.

Au siège national du PRA où est installée la commission, l’ambiance est au pardon et à la fraternité pour mettre «fin à la fitna». Après avoir tracé la mission de la CNAG, qui est principalement la sensibilisation et le recueil des informations et dossiers des concernés par l’initiative présidentielle pour les remettre à qui de droit, M. Smaïl a présenté les propositions de ce que devrait être l’amnistie générale. Sous forme d’une plate-forme, le document énumère huit points englobant les segments et «parties» concernées par l’amnistie. Levée des poursuites judiciaires, annulation des jugements, réhabilitation des victimes du drame national, amnistie pour ceux des deux parties impliquées (forces de sécurité et terroristes), amnistie fiscale pour ceux qui ont subi des dégâts. Il est question aussi de réhabilitation sans exclusion des figures nationales et historiques et d’ouverture de la voie vers le multipartisme et le plurisyndicalisme. Et, enfin, permettre à ceux qui ont pris les armes de revenir dans la société ainsi que le respect des valeurs et traditions nationales. «Cela va, déclare le conférencier entouré de membres du bureau national, certainement nous permettre de réaliser un saut civilisationnel et inaugurer une ère de fraternité». M. M’Barek Malek Seraï, membre du bureau, expert dans les affaires économiques et ancien conseiller à la Présidence, est revenu pour sa part sur l’initiative qui est prise par un groupe de personnalités civiles de sensibilités différentes et de niveaux sociaux différents. Quant aux activités programmées, meetings et conférences, il dira qu’implicitement l’aval du président est acquis. Ce que confirme, selon lui, la demande de l’ancien président Ahmed Ben Bella d’intégrer la commission. A lui seul, il symbolise l’amnistie.

Sur le volet sécuritaire, des contacts ont été pris d’ores et déjà avec des dirigeants islamistes, d’anciens émirs, afin de faire parvenir le message à ceux qui sont encore dans les maquis. Ceux-ci seraient prêts à déposer les armes, a souligné M. Smaïl. «Même Ali Belhadj est pour l’amnistie et travaille dans ce sens», a-t-il ajouté.

D’ailleurs figure parmi les membres de la commission, un émir régional repenti. Interrogés sur la questions des harkis et des pieds-noirs, M. Seraï a estimé qu’à partir du moment où les accords (UE et OMC) nous obligent à ouvrir le pays, «je ne vois pas pourquoi ne pas laisser revenir ces gens qui ont un lien avec le pays». Il relève la contradiction de ceux qui d’un côté saluent l’ouverture et de l’autre refusent le retour des pieds-noirs ou des fils de harkis. «On doit utiliser la diaspora algérienne à l’étranger», dit-il, en donnant l’exemple du lobbying des Juifs d’origine algérienne qui ont participé à la revalorisation de l’image du pays aux Etats-Unis.

Quant à la question des crimes de sang, seule Mme Bourdim, de la famille des victimes, a osé se prononcer de manière franche. «Ma mère qui a été blessée par balles est d’accord pour amnistier les terroristes, je suis d’accord avec elle», dit-elle. Se voulant une association apolitique et conjoncturelle, la CNAG sera dissoute dès la fin de sa mission, ont indiqué ses initiateurs.

Djilali B.

Redditions - Réconciliation - Amnistie - Impunité

   
www.algeria-watch.org