RECONCILIATION NATIONALE

Quelle forme prendra la clémence pour les nouveaux repentis ?

par R.N , Le jeune Indépendant, 29 avril 2004

Le président de la République n’a pas perdu de temps pour répondre aux «égarés» qui souhaitent une mesure politique pour déposer les armes. Bouteflika a choisi le premier Conseil des ministres de son second mandat pour apporter une réponse encourageante aux doléances des centaines de futurs repentis et de leurs familles.

Le communiqué du Conseil des ministres, où siègent les représentants de la coalition présidentielle -RND, MSP et FLN-, a été explicite puisque le gouvernement est chargé «d’accompagner la lutte contre le terrorisme par des mesures de clémence envers ceux qui sauront se ressaisir pour participer à la construction et au développement de la nation et non à sa destruction.» S’éloignant des généralités habituelles, le nouveau discours du Conseil a visiblement, en comparaison avec le premier mandat de Bouteflika, gagné en expertise en matière de diagnostic et de précision pour les actions à entreprendre.

Après l’annonce de la mesure, l’on s’interroge naturellement sur la forme que prendra la clémence pour les nouveaux repentis. L’impatience deament que provoque une telle mesure au niveau de l’opinion nationale et internationale amènent la presse à s’interroger sur la forme de la clémence.

En 1999, cinq mois après son installation à El-Mouradia, le président de la République fait voter une loi sur la concorde civile aqui avait été approuvée par les Algériens lors du référendum du 16 septembre 1999. Suit un décret présidentiel portant grâce amnistiante au profit des membres de l’organisation «AIS» qui, «après avoir unilatéralement pris la décision de cesser le feu en 1997, en vue d’aider à démasquer les ennemis de l’Algérie et de l’Islam, passe après l’élection présidentielle de 1999 de façon officielle à un cessez-le-feu définitif».

Le dispositif avait permis, rappelons-le, la reddition, (dixit Bouteflika, NDLR) de 5 000 terroristes jusqu’au mois de février 2000. Lors de la campagne électorale, M. Bouteflika avait écarté de décréter une amnistie générale sauf dans le cas où le peuple le lui demanderait.

L’amnistie générale suppose que les graciés soient d’abord jugés pour des faits commis lors d’une période précise. Cela suppose donc l’inculpation de certains éléments des services de sécurité qui auraient commis des crimes pour être jugés, condamnés puis amnistiés à l’instar de l’expérience de l’Afrique du Sud.

Mais qui serait prêt, des deux côtés, à se dénoncer et à subir un procès public ? Dernière indication, toujours tirée des déclarations de Bouteflika : «Dieu pardonne à ceux qui regrettent leurs erreurs.» Trop tôt pour espérer une réponse précise à l’interrogation en la forme, sauf si le Président décide de prendre ses responsabilités, sans attendre, de décréter la repentance, au nom de nos valeurs pour tourner définitivement la page.

Y. B. et S. H.

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Mission singulière pour Ahmed Ouyahia
Son gouvernement chargé de mener à bon port «la réconciliation nationale»

par Mohamed Zaâf

Vingt-quatre heures après l’annonce du nouveau gouvernement, le président Bouteflika a réuni avant-hier le Conseil des ministres et fixé pour mission prioritaire à M. Ahmed Ouyahia de mener à bon port la... réconciliation nationale, puis de favoriser la... liberté d’expression. Une mission plutôt singulière pour l’homme qui avait été le premier à s’opposer, en tant que chef du RND, à l’idée de concorde nationale lorsqu’elle fut lancée pour la première fois par Bouteflika à partir de Batna, mais aussi à museler juridiquement les imams, qu’on ne peut prétendre pourtant à égaler au plan moral.

«En premier lieu, le gouvernement doit inscrire le parachèvement de la réconciliation nationale comme une priorité absolue pour la stabilité de notre pays», intime nettement le Président, lors de la réunion. Le texte fait état d’orientations précises du Président sur la démarche à suivre.

«Le programme du gouvernement devra viser la consolidation des résultats de la concorde civile par la promotion d’une véritable politique de réconciliation nationale», a-t-il recommandé. Ce qui suppose qu’Ouyahia devra travailler à combler les retards et s’ingénier à remplir les engagements (d’ordre social, politique, etc.) pris dans le cadre de la concorde civile, mais non encore satisfaits.

Car, une consolidation des résultats de la concorde civile en «élargirait les effets et permettrait à la nation de consacrer l’ensemble de ses énergies et de ses ressources au développement du pays et à la prospérité de tous les citoyens», estime le Président.

Cependant, si la clémence est appelée à jouer un rôle majeur, peut-être même décisif dans la réconciliation, il ne semble pas dans les intentions de M. Bouteflika d’asseoir la paix en y sacrifiant quoi que ce soit de l’autorité de l’Etat.

Dans l’affaire et dans l’intérêt bien compris de tous, l’autorité de l’Etat doit en sortir non pas amoindrie, mais plutôt agrandie. Un point qui, fatalement, retardera pour quelque temps encore l’échéance, en dépit des succès et des palmarès du moment.

«La réconciliation nationale nécessite, d’abord, que notre pays se libère définitivement de la violence, sous toutes ses formes, ainsi que de tous les extrémismes», disait Bouteflika. Ce qui, entend-il, implique la poursuite de la lutte contre le terrorisme «avec toute la rigueur de la loi».

Ce qui ne veut pas non plus dire que le Président compte fermer hermétiquement et définitivement les portes. Bien au contraire, ses propos chassent toute humiliation et suggèrent une réinsertion plus large, plus positive aux groupes armés.

La lutte contre le terrorisme «doit pouvoir s’accompagner de mesures de clémence envers ceux qui sauront se ressaisir pour participer à la construction et au développement de la nation et non à sa destruction», déclare-t-il à cet égard.

Des paroles rassurantes, proférées par un chef d’Etat qui avait pu inspirer assez de confiance aux maquis qui ont probablement fini par voir en lui, un «De Gaulle» version algérienne. Les échos de nos régions ne disaient-ils pas que les groupes armés prenaient le risque et s’affichaient dans les villes et villages pour exhorter les populations à voter Bouteflika ? Il est vrai que depuis son avènement en 1999, les tonnes d’injustice qui écrasaient les islamistes ont été réduites et que la progression du chef de l’Etat leur a, petit à petit, fait retrouver une vie plutôt normale.

Les barbes ne sont plus brûlées au chalumeau, les qamis ne sont plus un abcès de fixation, les «frères» ne sont plus harcelés autour des mosquées et leurs domiciles ne sont plus violés. Un changement d’atmosphère radical qui a aidé à mieux connaître «qui est qui» et «qui vaut quoi» et qui, en réalité, fut le premier pas sur l’itinéraire de la réconciliation nationale.

Les mutations opérées au pays, depuis, favorisent d’une manière inégalée encore le silence définitif des armes. Les raisons qu’invoquaient les islamistes pour justifier le choix de la rébellion n’existent pratiquement plus. La «junte» qui s’est «rebellée contre la volonté du peuple» a cédé le pas à un pouvoir civil dont personne ne peut désormais contester la légitimité.

Les forces éradicatrices ont fini par retrouver leur poids squelettique, après la déconnexion des décideurs. En définitive, les islamistes n’ont plus d’ennemis en face contre qui se battre. Les maquis ne peuvent plus prétendre à une quelconque couverture politique, la légitimité brandie hier étant perdue.

Le Président parle de les faire bénéficier autant que faire se peut de la clémence de l’Etat. Seraient-ils moins cléments envers cet Etat ? D’autant qu’une véritable réconciliation nationale a besoin de toutes les bonnes volontés, car le problème ne réside pas en les maquis islamistes uniquement ; la question touche plus largement le pays, ses régions et ses forces politiques.

Une accumulation de complications qu’il faudra dénouer... loin des violences. M. Z.

 

 
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