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LE PRESIDENT A CONSTANTINE La charte pour la paix comme doctrineLe Quotidien d'Oran, 17 avril 2006 Instaurer la démocratie en Algérie revient, selon le président de la République, à mettre en oeuvre la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Présentée pourtant par l’ensemble de ses promoteurs comme étant un dispositif initié pour régler des questions d’ordre social que «la tragédie nationale» a dangereusement compliqué, la charte pour la paix et la réconciliation nationale est brandie aujourd’hui comme étant la solution miracle à tous les problèmes de l’Algérie. Le chef de l’Etat s’en réfère pour définir une démocratie très spécifique. «C’est en fait une pratique émanant du vécu et le produit d’une réalité sociale», a dit hier le premier magistrat du pays à partir de Constantine où il inaugurait un colloque sur «La démocratie en Algérie: réalités et perspectives». La démocratie à laquelle appelle Bouteflika doit allier «diversité et unité, modernisation et attachement à notre civilisation». Il persuade que «la mise en oeuvre de cette dernière mutation est en voie d’achèvement» et que «nous nous installons de manière de plus en plus cohérente dans une vie démocratique pluraliste». A condition que «des hommes et des femmes (ne) resteront (pas) en marge de la communauté nationale». Ainsi, le mode d’emploi est-il la charte pour la paix et la réconciliation nationale «un point de non-retour de l’établissement d’un climat de paix et de confiance retrouvée sans lequel le consensus démocratique serait vidé d’une partie de sa substance». C’est par cet acte qu’il qualifie «d’éminemment démocratique» que le Président veut démocratiser le pays. Pourtant, à son initiation de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, Bouteflika n’avait nullement eu besoin d’un consensus démocratique. C’est une démarche qu’il a du mûrement négocier avec des parties qu’il est le seul à pouvoir identifier. Preuve en est, il a affirmé clairement à cet effet que «si la politique reste l’art du possible, la réconciliation nationale est le seul compromis autorisé par les équilibres nationaux». Il a aussi déclaré pour la même circonstance que «la démocratie prend en compte l’avis de la minorité mais implique aussi que celle-ci se plie à l’avis de la majorité». Si la charte est le fruit d’un compromis, il est important de savoir de quelle nature en a été la minorité et de quelle autre nature en a été la majorité. Premier concerné, le peuple n’en saura rien. Le Président l’a seulement gratifié d’un «il faut savoir lire entre les lignes» de son discours d’annonce de la charte. Avant de le convoquer à un référendum sur la charte, il lui avait refusé toute idée de débat du contenu dont la mise en oeuvre se traduit de surcroît par l’application de décrets non publiables. C’est avec toutes ses zones d’ombre que le Président érige la charte comme étant un projet de société susceptible d’instaurer la pratique démocratique dans le pays. Il en fait aussi une doctrine politique pour consacrer la souveraineté à l’ensemble des citoyens. Une charte qui a visé, en référence au discours de Bouteflika de l’année dernière, trois objectifs à savoir matérialiser la volonté de la paix et de la réconciliation, marquer solennellement un vibrant hommage aux martyrs du devoir national et aux victimes du terrorisme et enfin exprimer la reconnaissance du peuple à tous ceux qui se sont sacrifiés pour préserver nos citoyens de la barbarie et sauvegarder la République. L’extinction des poursuites judiciaires contre les terroristes ou les agents de l’Etat compromis dans des disparitions de personnes, la grâce pour les personnes condamnées ou les commutations et remises de peines pour d’autres en sont l’essentiel de ce qui doit être entrepris pour normaliser des situations sociales complexes. Comme il a fait pour le pardon, le Président vient de décréter la démocratie par la voie de la réconciliation sociale. Non sans avoir pris le soin de souligner avant que «la pratique politique démocratique ne saurait en effet se réduire à la tenue périodique d’élections pluralistes, à la séparation des pouvoirs et au droit d’exercer certaines libertés fondamentales». Pourtant, tout doit commencer par là. Pas par la tenue périodique d’élections pluralistes dont le recours en prévision du changement entretient un grand leurre dans le pays, mais par la séparation des pouvoirs et le droit d’exercer certaines libertés fondamentales. La pratique démocratique impose en effet deux conditions, à savoir la mise en place d’institutions capables de se maintenir debout et de se préserver contre toutes les dérives en étant tout aussi capables de protéger le pays et les citoyens et une classe politique capable, elle, de fédérer la société autour de la démocratie. Cette classe en question ne peut émerger que si elle peut exercer certaines libertés fondamentales sans contraintes et loin de toutes pressions. Et l’essence même de la démocratie et ce qui la garantit, c’est la séparation des pouvoirs qui doit être consacrée dans toute son ampleur. C’est ce que les penseurs appellent les grandes indépendances. Pour l’instant, le Président a retenu et adopté comme seule «doctrine», la réconciliation nationale. «Doctrine» par laquelle il a décrété l’impunité et mis entre parenthèses la justice, une institution fondamentale à l’instauration de l’Etat de droit. Ghania Oukazi Première journée de la visite du chef de l’Etat à Constantine La démocratie selon BouteflikaLe Quotidien d'Oran, 17 avril 2006 Le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, en visite hier à Constantine, a saisi l’opportunité du colloque organisé à l’Université Emir Abdelkader sur le thème: «De la démocratie en Algérie, réalités et perspective», pour contribuer avec quelques réflexions, comme il le soulignera, en tant que moudjahid dans les rangs de l’Armée de libération nationale et en tant que responsable politique de l’Algérie indépendante. Parlant de la pratique politique démocratique qui ne saurait, selon lui, se réduire à la tenue périodique d’élections pluralistes, à la séparation des pouvoirs et au droit d’exercer certaines libertés fondamentales, il aboutira au constat selon lequel les acquis démocratiques restent fragiles. D’autant mieux qu’il insistera pour dire que l’Algérie n’a pas encore atteint le point de non-retour, et de ce fait, elle reste menacée. Il ne manquera pas alors de pointer du doigt les partis de la scène politique nationale et la société civile qui ne se manifestent qu’en période électorale. Abordant la tragédie vécue par les Algériens, il dira que notre pays a perdu à un moment de son histoire des hommes capables de concrétiser les aspirations du peuple. Ce qui l’amènera à parler de ces hommes et de ces femmes qui restent en marge de la communauté nationale et de dire toute sa frustration qu’il estime partagée par l’immense majorité des Algériens quant à l’irréversibilité du processus démocratique. C’est pourquoi, affirme Abdelaziz Bouteflika, il a proposé au peuple algérien une charte pour la paix et la réconciliation nationale, dont la mise en pratique diligente doit constituer le point de non-retour de l’établissement d’un climat de paix et de confiance retrouvé. Sinon, le consensus démocratique serait vidé d’une partie de sa substance. Le peuple algérien, en adoptant presque à l’unanimité cette charte, dira le Président, a renvoyé dos à dos les démocrates autoproclamés et les tenants d’un totalitarisme à présentation théocratique. Explicitant sa pensée, il relèvera qu’il y a l’extrémisme autant chez les islamistes que chez les laïcs qu’il faudra combattre. Le Président parlera d’instruments institutionnels qui ne prennent toute leur importance dans la vie d’une nation que lorsqu’ils sont mis au service d’une culture démocratique large et respectueuse de la diversité d’opinions, fondée sur le dialogue ouvert et intransigeant et dont l’objectif ultime est de promouvoir et de préserver les intérêts supérieurs de la nation. A ce moment, le discours présidentiel prendra une autre tonalité. Particulièrement quand il abordera la scène politique nationale en affirmant que celle-ci doit être de plus en plus ouverte. Le Président renversera toutefois la vapeur en disant qu’il ne peut pas ouvrir davantage cette scène politique tant que la sécurité dans le pays n’est pas encore rétablie. Il souligne encore que la démocratie ne saurait être une reproduction de ce qui a été entrepris par les autres, selon leurs réalités et leur vécu. Il se démarquera ainsi d’une vision occidentale qu’il dit ne pas partager sur l’organisation de la société. Une société, à son sens, qui doit se libérer enfin du mimétisme et du millénarisme qui sont les deux facettes de la tragédie nationale. Il reconnaîtra, en ce sens, que l’Algérie est encore loin de la démocratie. «Pas au sens occidental». Même si nous empruntons sans aucun complexe aux sociétés occidentales des techniques de gouvernement ainsi que des modes d’organisation et de représentation, nous ne partageons pas leur conception de l’organisation de la société qui, depuis le 18ème siècle, consiste en une exacerbation de l’individualisme. Dans cette même veine, il explique alors que «la démocratie ne signifie pas l’évangélisation de nos enfants, comme elle ne signifie pas les fêtes dans les ambassades». Et de souligner cependant: «Nous ne sommes pas contre les gens du livre». La pratique démocratique en Algérie, selon le Président, reste et restera en décalage partiel par rapport au monde occidental. Car, estime-t-il, promouvoir la démocratie aujourd’hui dans notre pays consiste à libérer toutes les énergies créatrices pour édifier une économie productrice de valeurs et non plus seulement et principalement consommatrices des ressources pétrolières et gazières. Promouvoir la démocratie consiste en même temps, dira Bouteflika, à mener un combat inlassable contre les groupes qui se sont créés dans la corruption, la spéculation et le détournement des biens de l’Etat. A ce propos, il mentionnera la montée en puissance d’une couche «affairo-bureaucratique» parasitaire qui est l’une des causes majeures qui ont affaibli l’autorité de l’Etat et la cohésion sociale. Le Président de la République, s’inscrivant résolument dans la rétrospective, interpellera l’assistance: «Certains d’entre vous seront peut-être étonnés que je parle de démocratie en Algérie dans les années trente et plus encore quand je présente cheikh Abdelhamid Benbadis, lui le musulman fervent, comme l’une des figures les plus prestigieuses de la démocratie dans notre pays». Bouteflika persiste et signe en soulignant qu’aucun historien ne le contredira pourtant sur ce point. Son argumentaire sera axé sur la période des dix années passées par Benbadis à la tête de l’Association des ulémas musulmans d’Algérie créée en 1931. Période où il sera le maître d’oeuvre infatigable d’un pluralisme démocratique unifiant sur le terrain politique mais aussi dans le domaine culturel. «L’Association des ulémas musulmans d’Algérie accueillera dans ses rangs des Algériens de tendances politiques très diverses, des partisans de Messali Hadj, de Ferhat Abbas et même des communistes, à la seule condition qu’ils se revendiquent de l’islam», dira le Président. Pour Abdelaziz Bouteflika, la démocratie est une réalité ancienne en Algérie. Et il estime qu’on aurait tort de considérer l’ouverture pluraliste de 1989 dans notre pays comme le premier pas de la démocratie. «De Hamdane Khodja dès les premières années de l’occupation française, jusqu’à la proclamation du 1er Novembre 1954, toute notre histoire politique est marquée par la permanence de la revendication et des luttes pour l’instauration d’un Etat fondé sur l’expression de la souveraineté populaire, la souveraineté nationale». Développant un argumentaire qui va dans ce sens, il explique qu’à partir du 1er novembre, le FLN unifie les rangs du peuple algérien et mobilise la quasi-totalité des élites politiques dans le cadre d’une lutte politico-militaire frontale contre le colonialisme français. Il prendra soin alors de signifier que cette priorité donnée à l’unité sur la diversité ne procède pas évidemment d’une désaffection à l’égard de la démocratie. «Il n’en demeure pas moins que là où cela est encore possible, comme dans les délibérations du Conseil national de la révolution algérienne, le principe de l’élection démocratique des dirigeants sera la règle», relèvera-t-il à ce propos. Toujours dans ce sens, le Président déclarera que la priorité à l’unité sur la diversité a été maintenue après l’indépendance, moins pour des raisons idéologiques de rejet contraires à la démocratie pluraliste que pour des raisons pratiques. «Ce serait donc une contrevérité que de dire que l’Algérie politique post-indépendance a été une dictature imposée au peuple algérien», devait-il conclure. Med Salah Boureni |
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