|
|||||
Les chantiers de l’après-29 septembrePar Abdou B., Le Quotidien d'Oran, 25 août 2005
«Je Pardonne Aisément Par La Raison Que Je Ne Sais Haïr. Il Me Semble Que La Haine Est Douloureuse». Montesquieu
Le référendum du 29 septembre prochain a des objectifs précis et limités: aboutir à tourner une page sanglante, régler les problèmes liés à une décennie rouge qui a généré des malheurs sans nom, des dégâts considérables, des haines tenaces... Le listing des atrocités reste à faire, et il reste à élaborer, au plan juridique, les suites concrètes sur le terrain, toutes les formalités pour indemniser, réinsérer dans la société des énergies dépensées à rechercher un disparu, obtenir un statut légal qui aura une compensation financière et sociale, et, surtout, pour fermer une parenthèse pleine d’errances, de démarches humiliantes et harassantes. Les hommes politiques, les partis, les ONG et les associations sont parfaitement dans leur rôle en apportant critiques et propositions. Ils assument des devoirs, remplissent des tâches qui justifient leur existence et surtout exerçant leurs droits civiques et constitutionnels pour certains. Défendre le projet de réconciliation nationale en excommuniant, en diabolisant et en injuriant celles et ceux qui s’y opposent ou la critiquent, c’est tourner le dos à cette même réconciliation, et c’est aussi nier leur algérianité et leur citoyenneté aux voix discordantes qui essaient d’animer une vie politique «siesteuse». Le risque, par ailleurs constitutif de la pratique politique algérienne, est celui de voir encore une fois se mettre en branle un ensemble de dispositifs archaïques, courtisans, aux antipodes d’une modernité basique, et remettre en place des réseaux rentiers, dormants, avides de paraître aux journaux télévisés et d’engranger encore et encore de substantiels avantages. Tuteurs auto-proclamés des électeurs, les gérants d’une faune aussi disparate que prédatrice sentent déjà l’odeur du festin. Et vont fleurir des pages publicitaires sur des fonds publics, le squat permanent des journaux et des médias lourds autour d’un projet que ne connaissait que son initiateur. Les parrains non élus de la société sont en ordre de bataille à l’algérienne. Flagornerie, récupérations et manipulations sont gravées sur les logiciels du prêt-à-porter. Et ils vont servir. Les amalgames habituels vont faire célébrer les mêmes mariages contre nature. L’Etat, le pouvoir, le sport, l’administration, les tireurs à l’arc, la protection civile, les marchands ambulants et les princes de l’informel vont dénaturer une idée, un projet, qui, avec toutes leurs faiblesses et limites, ont l’ambition de fédérer après les malheurs, le maximum d’Algériens qui espèrent se retrouver pour d’autres enjeux et d’autres défis. Après le référendum du 29 septembre 2005, l’Algérie, vaille que vaille, continuera de tourner et si possible, elle avancera de manière à gagner plus de libertés encore, plus d’indépendance pour la société et plus d’ouvertures politiques et médiatiques. Et se posera encore la nature de la relation que l’Etat doit entretenir avec le pouvoir et celle qu’aura celui-ci avec la société. Comment opérer une vraie et définitive séparation des pouvoirs ? Comment réaliser une véritable décentralisation dans un pays si vaste ? Comment enseigner et ériger une culture de l’environnement décisive pour le développement durable ? Comment intégrer l’opposition dans la vie du pays ou sinon la dissoudre, au lieu de la nier dans son essence et dans son rôle de contre-pouvoir absolument nécessaire et de partenaire à part entière lorsque les intérêts fondamentaux et extérieurs du pays sont en jeu ? Comment réconcilier sur des bases claires et définitives toutes les composantes de la société entre elles, et ces composantes, forcément diversifiées, chacune défendant par la loi ses intérêts, avec tous les rouages du pays et les partis en font partie ? La vraie problématique d’un bon fonctionnement démocratique se retrouvera sans doute posée avec un éventuel remaniement de la constitution qui opérera mieux la séparation des pouvoirs et définira autrement la responsabilité de chacun. En creux s’inscrit l’alternance au pouvoir. Or, celle-ci ne concerne pas exclusivement le sommet de l’Etat, le Parlement dans ses deux chambres. Le système des partis, s’il est conforté par une ouverture et une autre pratique de la politique, met en compétition des formations du sommet à la base du pouvoir, fait alterner des équipes de la mairie jusqu’à la présidence de la République. La fréquence de l’alternance est modulée par les élections, la durée des mandats, les alliances durables ou pas. Selon Léo Hamon, le consensus minimum entre les partis lorsqu’ils sont représentatifs et démocratiques, s’articule sur trois éléments constitutifs de l’alternance. Le premier est le «ticket de retour». Ceux qui quittent le pouvoir après un désaveu électoral peuvent y revenir à la suite d’un scrutin favorable. Le deuxième critère, qui est «flottant» dans notre pays, consiste pour les partis en la reconnaissance de la légitimité du régime établi. Le troisième élément, pour le bon fonctionnement démocratique et pour la pertinence de l’alternance, consiste à ce que s’impose aux formations qui prennent le pouvoir d’en avoir un exercice limité. Les équipes qui se succèdent, gardent la structure de l’Etat (démocratique s’entend), respectent la politique étrangère héritée, la défense et la politique monétaire. C’est dans la politique intérieure que l’équipe qui arrive au pouvoir, par l’alternance, que la marge est plus grande. Exemple: une privatisation ou une nationalisation peuvent être revues selon la couleur d’un gouvernement et les mutations qui s’imposent. Bien entendu, il n’y a pas un modèle d’alternance prêt à servir à n’importe quelle époque et n’importe où. Seule la démocratie demeure le critère intangible dans le respect de la séparation des pouvoirs, celui de la liberté de s’organiser et de communiquer en faisant jouer librement tout contre-pouvoir. Peut-être que ces chantiers seront ouverts et débattus librement et pacifiquement par tous les Algériens après le 29 septembre 2005. |
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||