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| Politique > Amnistie | |||||
Quelles chances de réussite pour une réconciliation publique en Algérie ?Les débats du 2-8 mars 2005 Et si on adoptait le modèle sud-africain ou marocain pour réconcilier les Algériens avec eux-mêmes ? C’est en fait toute la problématique d’une démarche, certes généreuse, qui consiste à pardonner aux auteurs d’actes criminels, mais qui, si elle n’était pas portée par la société, serait fatalement vouée à l’échec. Lors de son discours devant les syndicalistes, le 23 février dernier, le président Bouteflika a dit vouloir préparer les Algériens à ce qu’ils se pardonnent tout en demandant le soutien de tous. S’il croit aux vertus de la réconciliation nationale, il reste qu’il n’en esquisse pas les contours, laissant peut-être à la société le soin de les imaginer. Reste bien entendu à se demander comment une société fatiguée de se voir spoliée ses droits à l’expression par les charlatans politiques et les opportunistes de tous bords, puisse réellement réoccuper la place. Effectivement, quels relais possède encore cette même société pour faire entendre sa voix ? Par ailleurs, on se demande aussi comment une telle démarche est-elle possible s’il n’y a pas débat. Bien entendu, il ne s’agit pas de digresser de manière très savante sur les effets et circonvolutions des dispositions d’une loi d’amnistie ni même limiter les délibérations aux envolées populistes de députés en mal de notoriété, mais il s’agit d’imaginer un échange pour que tous les Algériens concernés s’expriment enfin sans donner procuration à quiconque. Qui sont ceux qui devraient s’exprimer dans cette véritable catharsis nationale ? Il s’agit, bien sûr, des victimes civiles, les victimes du terrorisme, les familles des personnes tuées, mais aussi ceux qu’on appelle les familles de disparus, les victimes des exactions policières ou victimes de tortures de la part des membres des services de sécurité. Les familles des militaires et policiers tués aussi devraient s’exprimer, mais également les membres des services de sécurité qui devraient être libérés de leur obligation de réserve, plus bien entendu les membres de groupes armés repentis ou arrêtés. Cet échange devrait donner à la loi sa pleine chance de réussite en réduisant les risques de voir ceux qui se considèrent victimes lésés dans leurs droits à la réhabilitation en tant que citoyens prendre le maquis des instances juridiques internationales puisqu’une loi d’amnistie suppose que l’Etat algérien abandonne son droit de poursuite. On peut se demander quelle résistance peut rencontrer une telle démarche en Algérie. Au delà de l’aspect le plus éventuel – celui des membres de services de sécurité qui seraient mis sur la sellette pour les dépassements commis durant la guerre contre le terrorisme – il y a aussi l’implication politique des islamistes, principalement ceux du FIS, qui devraient rendre compte publiquement des liens entre les instances du parti intégriste et les groupes armés. Le modèle déjà préconisé en Algérie avec la concorde civile n’a pas donné la moindre chance au débat tant il était focalisé à réduire le nombre d’armes dans les maquis et offrir une porte de sortie politique aux membres de l’AIS, présentée alors comme le seul bras armé du FIS. Il y aura aussi les assassinats suspects, ceux que l’on comptabilise facilement comme des règlements de compte, ou ceux qui ne peuvent être attribués aux islamistes car leurs implications étaient trop importantes pour se suffire d’une explication banalement criminelle. Cependant, si la mise en place de ce genre de comité ou de commission est concomitante avec le changement de régime, il ne fait aucun doute que nous ne sommes absolument pas dans ce cas de figure. Il faudra même se demander si certains, prompts à adopter cette idée comme leur enfant, ne seraient pas séduits par une telle démarche pour en user comme d’un marchepied ou d’un tremplin opportuniste pour se poser en artisans du changement. Reste aussi à savoir comment désigner les membres de cette instance chargée d’entendre, d’évaluer et de rendre ses conclusions. Durant la lutte contre le terrorisme, il ne fait aucun doute que politiques et intellectuels ont été partagés par la ligne de feu on était soit éradicateur, soit réconciliateur. Aujourd’hui, si une démarche de réconciliation est engagée, il faudra d’abord épuiser ce contentieux de manière définitive en choisissant des personnalités qui auront travaillé sur eux-mêmes pour abolir ce différend qui n’a existé que le temps d’une riposte ou le temps de se mettre à l’abri. A. E. |
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