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Discours à l'occasion du colloque National sur l'offensive du 20 août 1955Abdelaziz Bouteflika, Skikda, le Samedi 20 Août 2005
Au Nom de Dieu, Le Clément, Le Miséricordieux, Chères soeurs, chers frères, Il est des souvenirs et des dates qui reviennent à l'esprit de l'homme, qui réchauffent son coeur et étanchent sa soif comme s'il s'abreuvait d'une source claire enfin retrouvée après une longue marche. Ainsi l'envahit un sentiment de bonheur. Il est aussi des souvenirs qui reviennent à l'esprit, vivaces, témoins d'un passé glorieux, bravant l'oubli. Aujourd'hui, nous sommes conviés par l'Histoire, à une date qui fait notre fierté, le 20 Août, que nous avons consacré journée du Moudjahid, en reconnaissance à deux dates de notre Histoire, celle qui a constitué la première lueur de la gloire, l'appel de l'âme, la révolte qui a défié l'injustice et consolidé la justesse d'une cause. Le soulèvement, un certain 20 Août 1955, par les armes, et le soulèvement par la pensée et la détermination, le 20 Août 1956, date de la tenue du Congrès de la Soummam. Même si nous avons consacré ces deux glorieux évènements journée du Moudjahid, il n'en demeure pas moins que dans nos esprits, dans nos coeurs et dans nos mémoires, la lutte des Révolutionnaires et des Hommes libres a été un "Djihad" de tous les jours. Parmi ces Hommes il y a ceux qui ont vécu Novembre, qui ont souffert de la faim, du froid et de la soif, qui ont vécu la guerre et ses affres, ceux qui ont fait des maquis leur gîte, ceux dont les abris ont été détruits par l'armée ennemie, ceux torturés, ceux condamnés à la misère et à l'errance, après que les forces du mal eurent brûlé leur terre, mais dont a rejailli la vie. Il y a ceux exécutés, mais aussi ceux qui ont fait don de leurs corps et de leur âme, en bravant les mines et les barbelés, comme sacrifice afin de reconquérir la terre sacrée de leurs ancêtres. Qui a eu à voir les brusques envolées d'oiseaux et la course furieuse d'autres animaux dans les forêts et les champs fuyant les bombardements et les massacres pour échapper à un véritable enfer. Qui a pu écouter un martyr qui, dans une ultime prière avant d'être envoyé à la guillotine, glorifiait Dieu et sa patrie en se sacrifiant pour la liberté des hommes. Qui a eu à vivre ces tourments indicibles qui se répétaient sans cesse dans les ténèbres du colonialisme, ce désarroi qui s'emparait de chacun à chaque lettre reçue d'un proche ou d'un être cher, cette agitation dans tous les sens en quête d'une personne en mesure de lui en faire la lecture. Ou en sommes nous aujourd'hui de tout cela? Seul celui qu'Allah Tout Puissant a doté de patience, de sagesse et de pondération, peut attribuer le mal et le crime odieux à la colère et aux raisons du conflit, non à la nature de l'homme. Chères soeurs, Chers frères, Il est certes difficile de remémorer les évènements et faits de l'histoire, mais évoquer les souvenirs horribles, la tragédie de l'invasion, de l'extermination et de la destruction, les injustices de l'occupant qui s'est ingénié à mettre en oeuvre un projet macabre dont l'objectif était une Algérie sans peuple, une terre qui abonde de richesses aux étrangers, l'est encore davantage. Un projet qui a commencé par la déformation des vérités et l'altération de la nature de l'homme en établissant une carte de discrimination à l'égard de l'Algérien. Un projet insidieux confié à des grands et des savants du 19ème siècle dans le pays occupant. Ils voulaient propager une idée faisant de l'Algérien, dans sa nature ethnique, sa mentalité et ses croyances, un individu dangereux et une véritable menace pour la civilisation européenne de l'époque, une nature qui n'est point adaptée aux exigences civiques de la vie moderne dans ses différents aspects à savoir, le travail, la compréhension et l'assimilation. Ils se sont alors déployés pour parvenir à un moyen d'éliminer cette espèce qui entrave, à leurs yeux, le cours de la civilisation et du civisme. Ils ont donné libre cours à leur imagination macabre pour innover les meilleurs moyens permettant de se débarrasser de l'Algérien, maléfique à leur sens, et de s'approprier ses terres et ses biens dont ils croyaient mériter, plutôt que lui, d'en bénéficier se voyant plus aptes à les exploiter et à et les transformer en créneaux d'investissements et de richesses, non seulement en Algérie mais dans toute la métropole. Leur but était en cela de créer un équilibre stratégique avec les autres forces coloniales ayant accaparé d'autres régions en Amérique et en Asie. Parmi les thèses prévalant lors des premières années de l'invasion, après que les colonisateurs furent confrontés à une résistance farouche et une volonté de fer qui leur était inhabituelle, figurait la nécessité d'exterminer l'ensemble des Algériens sinon leur majorité et d'aliéner leur identité en altérant leur langue, leur religion, leur culture et leur histoire. Leur entreprise a réellement été mise en oeuvre et ses séquelles nous stigmatisent aujourd'hui encore. Cette pensée n'était pas particulière ou marginale, mais gisait au coeur de la politique de l'Etat colonial, à laquelle les spécialistes ont dédié nombre d'ouvrages auxquels il faut se référer dans leur contexte et assimiler selon la logique de l'ère afin de reconstituer cette mémoire et la protéger de toute dénaturation, altération ou oblitération. Cette réalité s'est mue, depuis 1840, du stade d'opinion, d'idée et de concept en un projet global dont l'idée est complétée par l'acte dans une guerre globale contre l'Algérie, n'épargnant ni homme, ni mémoire, ni nature jusqu'à ce que la nouvelle théorie de colonisation et d'extension soit une réalité consacrée sur une terre sans hommes et sans mémoire. Les instigateurs de cette guerre totale ont adopté en France les mêmes méthodes mises en oeuvre en Algérie en vue d'étouffer la guerre intestine qui s'est déclarée en 1848, soit une année après la fin de la résistance de l'Emir Abdelkader. Chères soeurs, Chers frères, L'autorité coloniale était dotée d'une institution jouissant de larges prérogatives législatives, judiciaires et exécutives. Elle possédait les moyens, les qualifications et les capacités à même de lui permettre d'écrire l'histoire différemment, allant à l'encontre de la volonté d'un peuple souverain et d'un pays libre. Nonobstant certaines voix sincères et consciences libres dans l'Etat colonisé qui ont dénoncé le projet d'extermination et la philosophie d'aliénation tout au long de la colonisation, il n'en demeure pas moins que le processus de la résistance s'est poursuivi avec la même vigueur et détermination, jusqu'au déclenchement de l'épopée de novembre 1954, qui naquit du désespoir, de l'accumulation des tragédies, du rejet franc du racisme et de l'exploitation et de la nécessite de défendre la fierté et l'orgueil contre le mépris et l'humiliation. Aussi, est-il concevable qu'un peuple comme le notre, connu pour sa fierté et son orgueil, puisse sanctifier un passé colonial injuste et déformé, au sujet duquel le Président de la chambre des députés et ministre de la guerre de l'Etat français qui, le 11 juillet 1845, pour prendre la défense d'un des criminels de l'invasion de l'Algérie, celle de l'officier supérieur qui a commandité le massacre de Dahra, a déclaré avec impudence "Je suis également réticent face à cet incident mais je vous dit la vérité: si j'étais face à la situation dans laquelle était le colonel Pélissier, je donnerai probablement un exemple dur sur mon attitude car un tel acte en Afrique d'aujourd'hui est l'essence même de la guerre". Ce massacre fut un crime ignoble parmi les milliers de crimes commis à l'encontre de notre peuple et qui ont tous bénéficié de la couverture politique des hauts dirigeants de l'Etat colonial en vue de le justifier. En réalité, ces crimes ne doivent pas devenir imprescriptibles ni oubliés. Ils ne sauraient en aucun cas être annulés par une décision politique car leurs conséquences poursuivront toujours leurs auteurs, non pas en tant qu'individus ayant joué un rôle sur la scène de l'histoire puis s'y sont retirés mais en tant que période historique à part entière, sur laquelle les nations, les peuples et les Etats s'interrogent dans le sillage de leur héritage historique. Une période qui sera dévoilée telle une vérité irréfutable. Une période que les générations futures continueront à bannir et à condamner à travers l'histoire, abstraction faite du temps ou du lieu, pour que l'histoire de l'humanité puisse se libérer du crime en général et du crime organisé en particulier, des crimes d'Etats, tel le Fascisme, le Nazisme et de leurs adeptes. "Il serait donc insensé de considérer la Guerre de Novembre 1954 comme une simple réaction à une situation socio-économique déplorable ou un simple soulèvement déclenché par un groupe d'aventuriers et adopté par le peuple afin d'aboutir à la paix et l'affranchissement, comme aiment à le répandre certaines voix par ignorance ou par préméditation. C'est le soulèvement de la conscience d'une Nation où l'injustice, la privation, l'ignorance, l'humiliation ont atteint leur plus haut degré, une Nation dont les valeurs, la culture et la langue ont été bafouées, une Nation où la torture, la répression et l'extermination ont atteint un degré insupportable. C'était l'une des plus horribles injustices jamais vécues de l'histoire de l'Humanité. Si cette question n'est pas mesurée selon son contexte, elle restera sans nul doute à l'étude dans l'attente d'une nouvelle prise de conscience et d'une plus grande prise en compte de la responsabilité historique afin de lever le voile sur sa vérité et l'inscrire dans le cours de l'histoire comme un crime contre l'humanité dans le temps et dans l'espace. Un crime que le Droit commun à toute l'humanité dénonce et que le devoir condamne dans l'absolu. Celui qui veut placer au même niveau la victime et le bourreau, la violence de l'Etat dominateur et les réactions des enfants d'un peuple opprimé revendiquant leur droit légitime à la vie, en subvenant à leurs besoins et à ceux de leurs enfants, à la liberté et à la dignité à l'instar de tous les peuples du monde, tente de justifier l'injustifiable à contre-courant de l'Histoire et fait endosser aux nouvelles générations les erreurs des générations précédentes qui ont semé mal et désolation, et notre dernier mot sera la parole de Dieu qui dit "Allah n'impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité". Chères soeurs, Chers frères, S'il est du droit de chaque Nation de lire son histoire et de la communiquer à ses enfants, en allant dans le sens de sa vision, de ses intérêts et de ses objectifs, il est interdit à une nation d'interpréter l'histoire des autres nations. Il n'est pas de son droit de dénaturer la vérité et conclure des marchés suspects pour blanchir l'histoire des criminels et en faire des héros mythiques. Les stèles commémoratives, quelle que soit leur hauteur, ne peuvent en aucun cas faire du criminel un saint ou changer le traître en loyal ou le lâche en courageux. L'histoire, ce sont des valeurs, des positions et des comportements, qui s'harmonisent, secrètement et ouvertement, avec la vérité, c'est pourquoi, nous sommes de ceux qui respectent l'histoire d'autrui tant qu'il respecte la nôtre, nous ne voyons dans l'attachement, l'exaltation et la glorification des nations de leur histoire, par la célébration et la valorisation, nul chauvinisme ou inconvénient, étant une glorification du droit, une déférence pour les hauts faits et une magnificence des exploits. Notre célébration de la journée du Moudjahid et du Chahid, n'est ni une glorification des armes, ni une apologie du combat sanglant entre deux protagonistes, poussés par des circonstances historiques définies, à s'entretuer, au lieu de s'aimer et de s'entraider. Malgré l'injustice, les tromperies et l'agression dont nous furent victimes, nous considérons les guerres, la résistance et la lutte, un fait exceptionnel et passager dans l'histoire des nations et des peuples, car la base et le fondement, c'est la paix et la coopération et l'aplanissement des difficultés par la voie du dialogue et de la persuasion. Une guerre implacable a été imposée à notre peuple et une occupation coloniale haineuse nous a été imposée. Le combat fut notre destin. La décision de déclencher la Révolution fut prise, en vue de corriger une erreur qui perpétua son hégémonie sur le cours de l'histoire, un siècle et un quart durant. A cet effet, la Déclaration de Novembre invita l'occupant, en toute franchise et clarté, au dialogue et à éviter la confrontation. Mais la mentalité coloniale n'était prête ni à écouter la voix de la sagesse, ni à assimiler l'esprit de l'époque, dont les contours avaient profondément changé par rapport au contexte de l'invasion de 1830. Le mérite du soulèvement du 20 août 1955, même s'il fut un acte monumental ou une initiative nationale grandiose, avant tout à l'avantage de la Révolution algérienne, revient aux artisans de cet événement, notamment son leader, le héros Zighoud Youcef, qui ordonna les priorités, planifia l'action révolutionnaire et l'a rendit irréversible, tout en barrant la route à ceux qui doutaient et hésitaient et en clarifiant la vision qui ne supporte nulle interprétation erronée, pour frapper l'ennemi, disloquer ses forces et ébranler ses bases, à l'intérieur et à l'extérieur. La préparation, l'analyse et l'évaluation de cette opération et de ses répercussions, prirent trois mois et le choix se porta enfin sur la date du 20 août, cette journée mémorable pour chaque algérienne et chaque algérien. Ils se levèrent en ce jour tel un ouragan déchaîné pour écraser l'injustice, ébranler la machine de destruction et donner à l'ennemi une nouvelle leçon en matière de lutte des peuples opprimés. Cette journée ne fut pas seulement un événement national, mais également une expression d'un élan de solidarité avec le peuple marocain frère, que chaque algérien et algérienne voulait aider et soutenir, consacrant ainsi l'unité maghrébine et renforçant les liens de fraternité, de sang , de langue et de religion à travers l'histoire. Ce jour là, le peuple marocain frère se souleva en soutien à la révolte de ses deux souverains héros, Mohamed V et Hassan II, que Dieu bénissent leurs âmes et leur accorde sa sainte miséricorde. Ces deux souverains et toute la famille royale, n'ont pas choisi l'oubli et l'exil volontaire, mais acceptèrent, à contre coeur, l'éloignement au lieu de la servilité et de la soumission à la volonté de l'autorité protectrice de l'époque et aux convoitises du général Juin et du général Guillaume, qui n'avaient que mépris pour les droits et les intérêts des peuples. Ce fut certes un soulèvement massif et une violente secousse qui permit au peuple de s'unir ouvertement avec ses combattants avant-gardistes se sacrifiant face à la machine de guerre coloniale. Ce fut un cri d'un opprimé et un message qui donna naissance à une position rarissime dans l'histoire, à savoir que la dignité est plus importante que la vie. Aujourd'hui que l'Algérie s'est affranchie du joug colonisateur et son avilissement, il est des voix qui s'élèvent dans une tentative de s'ériger en victimes de ce haut fait d'armes. Nous sommes certes sensibles à leur douleur mais, le colonisateur, a-t-il laissé aux enfants de l'Algérie une alternative autre que celle-ci, a-t-il ouvert devant eux d'autres perspectives comme il l'a fait avec nombre de ses protectorats, pour que nous évitions la guerre et ses affres. Cette révolution se voulait une affirmation de l'inéluctable changement. Elle a montré que Novembre n'était pas issu du néant, mais qu'il était l'aboutissement d'un long parcours militant, que la philosophie du tout-sécuritaire était vaine, que l'Homme est une valeur en soi et, qu'enfin, l'autochtone ou l'indigène reste quand même souverain et maître de son destin. Ainsi le 20 août est venu dissiper le moindre doute qui pouvait encore entacher une vérité implacable. Le sang noble versé et les vies sacrifiées ont démontré que la résistance est le seul langage à adopter face aux tentatives du colonisateur de réprimer la révolution de novembre par le bras de fer et la terre brûlée pratiqués contre les populations isolées après chaque confrontation avec l'armée de libération. Ainsi le défi fut relevé. La révolution, dans son cheminement vers la liberté, est venue à bout d'une politique coloniale de menace et d'intimidation. Depuis, les Algériens se sont libérés de la peur et il ne fût plus question de neutralité: Ou bien soutenir la révolution et la justice ou bien se ranger du coté du colonialisme et de l'injustice. Il fallait compter également avec la portée de la révolution aux plans national, maghrébin et international du point de vue politique, médiatique et stratégique. Le second résultat révolutionnaire, une année plus tard, est venu consacrer le génie politique et organisationnel, dégagé par le congrès de la Soummam. Ce fût un nouveau procédé pour sortir la Révolution de l'état de spontanéité, voire d'improvisation vers la rigueur et la réglementation lui permettant de consolider sa base administrative et organisationnelle après la consécration de ses fondements intellectuels et idéologiques, dans la déclaration de novembre 1954 et l'ancrage de l'action révolutionnaire, lors du soulèvement d'août 1955. Ces cumuls et complémentarités ont permis l'enracinement de la révolution donnant naissance à des dirigeants de terrain, des dirigeants politiques et autres. Grâce à ces dirigeants, tous les espoirs de l'occupant se sont volatilisés et tous ses desseins voués à l'échec, en dépit de sa supériorité matérielle et morale. Et en dépit d'une action rendue impossible par un blocus imposé aux Révolutionnaires et à la Révolution et un contrôle policier sur les déplacements des citoyens dans les villes et les villages -l'Algérie étant alors devenue un camp de détention à ciel ouvert-, les tribunaux spéciaux, les parodies de procès, les exécutions sommaires, la torture, ... tout cela était quotidiennement exercés par l'administration coloniale comme une partie de sa guerre contre les Algériens et non pas comme une contingence ou une situation exceptionnelle. Les poursuites contre les algériens ayant gagné les territoires de l'occupant qui a créé un précédent historique en imposant un couvre feu à la seule communauté algérienne les villes françaises au moment ou l'administration métropolitaine prétendait qu'ils étaient ses ressortissants et ses citoyens. Une administration qui n'a pas hésité à commettre, en décembre 1960, l'un des crimes les plus ignobles contre cette communauté au vu et au su du monde entier. Les algériens ne se sont libérés de ce terrible cauchemar qu'en imposant leur bonne volonté à l'administration coloniale par le recouvrement de l'indépendance et de la souveraineté, après un siècle et un quart de siècle de souffrances. Chers soeurs, chers frères Serions-nous parmi ceux qui accordent peu d'intérêt à leur histoire nationale? Nous nous intéressons rarement à cette glorieuse révolution et quand nous le faisons c'est dans le cadre de la narration et de l'apologie des faits. Il serait judicieux de corriger cette vision et d'accorder un intérêt tout particulier à notre glorieuse histoire et nos institutions nationales, nos compétences avérées et nos instances spécialisées se doivent de réaliser le projet d'écriture de l'histoire, ancienne et contemporaine, sous ses différentes angles et dans ses multiples aspects tout en veillant à l'esprit d'objectivité et de responsabilité. Et c'est par cette réalisation grandiose que s'achèvera l'édification de la forteresse qui restera inébranlable face aux difficultés, épreuves et crises qu'elle pourrait rencontrer. Par notre sang, nous avons payé le prix de notre liberté et notre souveraineté. Nous avons des jeunes, femmes et hommes, qui comptent parmi les enfants vaillants de l'Algérie, qui ont donné leur vie pour que soit entendu l'appel d'Allah dans cette patrie loin de toute contrainte, pour que le fils du pauvre puisse aller à l'école, en ville comme en zone rurale, pour que le paysan puisse cultiver ses terres sans tutelle du colon et loin de la tyrannie de l'administration coloniale, pour que les enfants de ce pays puissent gérer leurs affaires et entreprises et pour que les diplomates puissent représenter avec fierté et dignité, leur drapeau dans les fora internationaux sans ingérence aucune dans les affaires internes de l'Etat souverain. Chères soeurs, Chers frères, Nous avons aujourd'hui la responsabilité d'honorer cette histoire glorieuse en la préservant et en sauvegardant ses hauts faits et en y puisant ses spécificités au service de notre projet social et de redressement escompté. Cela ne saurait intervenir sans la définition de mécanismes efficaces pour user du sens profond de la force et du génie dans notre riche répertoire civilisationnel et se référer aux nobles valeurs d'adhésion et d'unité, de complémentarité et d'entraide au seul service de cette patrie. L'éloignement de ces valeurs n'a-t-il pas été à l'origine de cette fissure, de cette dislocation au sein de la société et cela mène fatalement à une destruction certaine, voire un chaos total. L'histoire et les vestiges du passé ne peuvent être glorifiés de manière fortuite mais doivent servir la réalité pour permettre la construction d'une vie nouvelle qui sera imprégnée de dignité, de fierté, d'enthousiasme et d'action assidue grâce aux différents moyens que procurent la science et le savoir. Et par esprit de fidélité aux sacrifices consentis par notre peuple, nous devons nous élever par une prise de conscience, par le travail et l'effort soutenu, à la hauteur de l'indulgence à laquelle aspiraient nos femmes et hommes qui se sont engagés dans la voie du Droit et de la justice, et n'ont point hésité à sacrifier leur vie assurés qu'ils étaient de leur foi et convictions. Il est dans l'intérêt de notre peuple et de notre patrie de puiser dans la bataille d'aujourd'hui, les bienfaits de la bataille d'hier, en réfutant la haine et la rancoeur, en rejetant la division et l'exclusion et en consacrant dans un climat d'amitié et de fraternité, la réconciliation, l'entraide et la cohésion. La bataille du développement ne connaîtra point de triomphe en l'absence, d'aide, de concorde et de cohésion, en l'absence d'un resserrement des rangs au front interne tout comme ce fut le cas lors de la révolution qui a mené à la libération et l'affranchissement. Nul ne répondra à nos demandes et appels et nul n'envisagera d'établir un partenariat équilibré tant il est incertain, que nous ne sommes pas maîtres de notre destin, par l'acte et la parole, et capables d'assumer nos responsabilités, d'assurer notre alimentation et notre sécurité et d'impulser la dynamique de la science et de la culture. Chères soeurs, chers frères, Chères citoyennes, chers citoyens Je ne manquerai pas à cette occasion d'évoquer la question du référendum sur la réconciliation nationale, confiant et plein d'espoir en un avenir radieux pour notre chère patrie. Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai pris, depuis que vous m'avez réélu, l’engagement d’oeuvrer à la réalisation de quatre objectifs majeurs pour le devenir de notre pays à savoir: sortir l'Algérie de son isolement sur le plan international, relancer le développement économique et social sur les nouvelles bases des exigences du 3ème millénaire, rétablir l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire national et renforcer l'unité de la nation dans toute sa diversité. Je n'ai nullement omis de réaffirmer, ni en 1999 ni en 2004, ma conviction profonde, dans ma démarche de consolidation de l'unité des rangs, de faire tout ce qui est en mon pouvoir, afin d'appeler à la réconciliation nationale, convaincu qu'elle demeure l'unique solution de sortie de la crise nationale. Ainsi, grâce à Dieu et grâce au soutien que m'avez exprimé avec force, notamment lors de l'élection présidentielle d'avril 2004, et grâce aux efforts inlassables de nombreux cadres et commis de l'Etat, ces objectifs, que je me suis assignés depuis mon premier mandat en 1999, sont en voie d'être fortement concrétisés et il serait donc injuste de nier cette vérité. L’Algérie est sortie de son isolement sur le plan international. Sa voix se fait entendre de nouveau avec tout le respect qu'elle mérite. Dans un monde qui connaît de profondes mutations imposées par la mondialisation, la voix de l'Algérie raisonne de plus en plus fort sur la scène internationale notamment en tant que partisane du dialogue des civilisations, seule voie de porter l'humanité encore plus haut, vers davantage de prise de conscience et de solidarité et afin de lui éviter la confrontation généralisée induite par la convoitise et la cupidité de certaines forces et de certains groupes économiques. Au plan économique et social, la situation de notre pays a incontestablement connu une amélioration palpable. Ainsi, et quelles que soient les lacunes, même nombreuses, et quelles que soient les difficultés qui entravent l'instauration de l'économie de marché, notre pays est sorti, grâce à Dieu, de la spirale de la régression qui a caractérisé la dernière décennie du 20ème siècle ou le chômage était le seul indicateur en progression. Les réalisations obtenues par notre pays sur la scène internationale et dans son processus de relance économique, n'étaient pas possibles sans le travail impressionnant qui a été accompli à travers l'ensemble du territoire national, notamment par les forces de sécurité et en premier lieu l'Armée de libération nationale (ANP), pour rétablir l'autorité de l'Etat. Je saisis cette occasion encore une fois pour rendre hommage, en votre nom tous, aux djounoud, aux sous-officiers et officiers qui ont sacrifié leur vie pour préserver l'unité de la Nation et conforter l'autorité de l'Etat républicain, qui veille à la souveraineté du peuple. Si nous sommes aujourd'hui en mesure de parler de réconciliation nationale, c'est grâce à votre résistance, vous algériennes et algériens, à la peur en refusant de baisser les bras face à la terreur et la frayeur. Vous avez été, grâce à votre patriotisme et votre bravoure, puisés des hautes valeurs de l'Islam, le bouclier de l'Etat républicain, de ses institutions et son rempart fort. Je voudrais vous dire aujourd'hui que nous avons dépassé le pire. Le violent séisme qui a failli ébranler l'Algérie depuis la fin des années 90 (voire des années 80) a été maîtrisé en grande partie. Il nous reste seulement de composer avec certaines de ses répliques dont la menace, bien que réelle, est loin d'être aussi importante que celle des grandes secousses qui ont détruit notre pays, faisant des dizaines de milliers de victimes et occasionné des dégâts estimés à des dizaines de milliards de dollars. En cette occasion solennelle, je m'adresse à travers vous au peuple algérien qui a toujours été à la hauteur des grands rendez-vous de son histoire. Nous n'oublierons jamais que le terrorisme lâche, aveugle et destructeur s'est acharné, une décennie durant, sur notre pays qu'il cru pouvoir soumettre à une subjugation totalitaire, dans une tentative insensée d'effacer l'héritage millénaire qui a forgé notre identité et inspiré nos apports à la civilisation méditerranéenne et mondiale. Dès le début de l'agression terroriste, et tout en se mobilisant contre les forces du crime et de la destruction, notre peuple a tendu une main clémente à ceux de ses fils qui avaient été abusés pour leur permettre de revenir parmi les leurs et de contribuer positivement à la construction d'un pays qui a besoin de tous ses enfants. La première étape du processus de l'arrêt de l'effusion de sang a été la politique de la "Concorde Civile", à laquelle le peuple algérien a apporté son soutien massif et qui visait à ramener la paix et la sécurité dans nos villes et dans nos campagnes. Le moment est venu de parachever cette évolution par un grand projet de réconciliation nationale globale, qui nous permettrait de refermer définitivement un chapitre particulièrement douloureux de notre histoire. Le peuple algérien n'a jamais abdiqué devant les épreuves. Son passé est jalonné de hauts faits d'héroïsme, de résistance opiniâtre et de confiance inébranlable en ses capacités à relever les défis. Il a su préserver son unité nationale dans l'harmonie de ses composantes, malgré une longue nuit coloniale, qui a visé à lui faire perdre sa personnalité et à l'éloigner de ses traditions et de ses racines. Ces qualités d'endurance et de résistance lui ont permis de surmonter la dérive sanglante de la décennie quatre-vingt-dix qui a fauché tant de ses enfants et menacé l'Etat dans son existence même. Elles lui ont permis de venir à bout du terrorisme et d'ouvrir la voie à une nouvelle dynamique de paix et de reconstruction. Lorsque j'ai sollicité pour la première fois vos suffrages pour présider aux destinées de notre pays, je m'étais engagé à investir toute mon énergie dans une politique de rassemblement afin de ressouder les rangs de la Nation. Pour cela, il fallait d'abord éteindre les feux de la fitna. Vous avez alors adhéré massivement à la démarche de Concorde Civile que je vous proposais et qui nous a permis d'engager un processus de redressement dans tous les domaines et de redonner à notre pays sa place dans le concert des Nations. Notre peuple a ainsi renoué avec les bienfaits de la paix, de la sécurité et de la stabilité. Le moment est venu pour moi de vous consulter sur cette initiative historique de réconciliation nationale qui ne peut porter ses fruits que par une adhésion souveraine, massive et enthousiaste du peuple. Etant venus à bout du terrorisme, nous voulons définitivement tourner cette page douloureuse de notre histoire. Les derniers soubresauts du terrorisme ont certes pour effet de prolonger notre drame et d'alourdir encore nos pertes humaines et matérielles. Ils témoignent de la faillite morale de ceux qui continuent à alimenter la violence terroriste. Leur persévérance dans l'égarement et l'erreur ne saurait, en aucune manière, prendre plus longtemps en otage le reste de notre société qui veut retrouver une vie normale et se mettre au diapason des mutations profondes et accélérées générées par la science et la technique, la mondialisation des échanges pour participer à l'émergence d'une civilisation de l'universel. L'Algérie d'aujourd'hui a retrouvé sa force et sa cohésion. Elle peut se permettre d'être clémente, généreuse, rassembleuse. Elle a le droit et le devoir de panser ses blessures et de cicatriser ses plaies. C'est le moment pour elle de se projeter sur l'avenir mais en tirant tous les enseignements du passé récent. Les Nations ne sont jamais plus grandes que lorsqu'elles mobilisent leurs énergies autour d'un grand projet salvateur. Le grand projet de réconciliation nationale que je vous propose aujourd'hui est digne de s'inscrire dans les plus belles pages de notre histoire. Ce grand projet transcende les clivages conjoncturels et les ambitions à courte vue. Il dépasse tous les calculs, neutralise les appréhensions et élimine toutes les pesanteurs. Je vous invite donc, toutes et tous Algériennes et Algériens, à vous prononcer en toute liberté le 29 septembre prochain sur ce projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale qui sera soumis à votre examen et à votre appréciation, mais dont je veux vous livrer dès aujourd'hui les grandes orientations. La réconciliation nationale marquera une étape décisive du processus de renouveau de notre pays. Elle fait appel à la raison autant qu'à la générosité et à la soumission aux principes de l'Islam de toutes les Algériennes et de tous les Algériens pour pardonner sans oublier, pour se tourner résolument vers l'avenir et réinventer une nouvelle manière de vivre ensemble dans une Algérie toujours plus prospère. La réconciliation nationale nous offre l'occasion d'accepter un nouveau sacrifice pour que nous puissions dépasser nos souffrances et préparer pour nos enfants un avenir de paix et de bonheur. Pour concevoir mon initiative, je n'ai pas cessé d'être à l'écoute de vos préoccupations et de vos attentes. D'autres peuples ont connu des déchirements à bien des égards semblables aux nôtres et j'ai voulu m'instruire de leurs expériences par lesquelles ils ont tenté de ramener la paix et la concorde au sein de leurs sociétés. J'ai écouté et j'ai beaucoup appris. J'ai aussi investi toute la force de mes convictions pour élaborer cette plate-forme qui remet à l'honneur les valeurs qui ont fait la grandeur de notre peuple. Et tout d'abord respecter le caractère sacré de la vie humaine, réintroduire dans nos moeurs la pratique du pardon, celles du dialogue, de l'ouverture, de l'entraide et de la solidarité. Ces valeurs sont celles-là mêmes que porte l'Islam, qui a été et demeure source d'inspiration, de tolérance et de progrès, et le ciment de l'unité du peuple algérien, son rempart contre toutes les tentatives d'aliénation. C'est en puisant dans ces valeurs que nous pourrons dépasser les haines, les rancoeurs et toutes les formes d'exclusion. C'est en puisant dans ces valeurs que nous serons en mesure de façonner un avenir répondant parfaitement aux aspirations de notre peuple et fondé sur le progrès politique, économique, social et culturel. C'est enfin, ces valeurs qui nous permettront de participer à la marche du monde et d'y apporter notre contribution et notre enthousiasme. Soyons bien d'accord que la réconciliation, qui s'impose comme un choix vital et volontaire, n'implique nullement une exonération généralisée des responsabilités, elle doit reposer sur une démarche réfléchie répondant à la fois à un devoir de mémoire et à notre souci de rigueur morale. La réconciliation nationale dans notre conception doit prévenir toute récurrence des phénomènes de violence terroriste et d'extrémisme qui ont fait notre malheur durant toutes ces dernières années. Je le dis ici avec toute la vigueur nécessaire. Nous ne permettrons jamais que l'hydre terroriste puisse un jour renaître de ses cendres et semer à nouveau le malheur parmi nous. Disons-le haut et fort : "Plus jamais ça !" Nous ne permettrons jamais le retour de la fitna criminelle ! Nous ferons tout pour que le terrorisme ne puisse plus passer dans ce pays. Votre approbation de la Charte qui vous est soumise me donnera l'autorité de prendre en charge les impératifs et les enjeux de la réconciliation nationale qui prend en compte notre nécessaire union pour résorber les séquelles de cette phase tragique traversée par notre pays. Ce sera le couronnement du processus de consolidation de la solidarité nationale. La politique de réconciliation nationale que j'entends mettre en oeuvre avec votre accord et votre soutien repose sur quatre grands piliers. Le rétablissement et le renforcement de la paix demeurent une tâche prioritaire pour laquelle je dois faire appel à la générosité de notre peuple et à son patriotisme pour que soit désormais exclu de nos moeurs le recours à la violence. La réconciliation nationale sera confortée par des mesures mûrement pesées et bien étudiées de commutation ou d'allégement des peines, de grâce ou, le cas échéant, d'extinction des poursuites pénales, et qui ne concernent évidemment pas les actes criminels tels qu'assassinats, viols ou attentats dans les lieux publics. La réconciliation nationale prévoit également des mesures susceptibles de donner toute sa portée à la politique de Concorde Civile par la levée des contraintes rencontrées par des individus qui ont été abusés de bonne foi et répondent maintenant à l'appel de la Nation. Il s'agit notamment de la normalisation de situations professionnelles et sociales qui ont été affectées par les circonstances de la tragédie nationale. Il est clair toutefois, que notre peuple a surabondamment tiré les leçons des dangers mortels qui accompagnent l'instrumentalisation de la religion à des fins politiques. C'est pourquoi, il vous appartient, par votre participation massive à ce référendum, de barrer la route à tous ceux qui ont voulu manipuler notre religion au service d'appétits de pouvoir, et de leur interdire toute action dans le domaine politique pour leur éviter toute occasion de rééditer leurs méfaits. J'en appelle aussi à votre soutien pour traiter de manière approfondie, équitable et humaine le dramatique dossier des disparus. Vous êtes tous conscients de la complexité de ce drame et des efforts menés jusqu'ici pour lever les voiles de l'incertitude et de la suspicion qui l'ont entouré. J'ai mis en place une commission ad-hoc qui a porté un regard indépendant sur ce dossier et proposé une approche équitable et responsable en vue de résoudre ce problème dans une perspective de fraternité et de solidarité, pour faire droit aux attentes légitimes des familles toute en évitant les écueils de la perpétuation de la discorde et de la division. Je voudrais enfin, solliciter, votre concours pour faire face de manière globale et généreuse aux séquelles multiformes générées par la barbarie de la décennie du terrorisme. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont affectées de manière dramatique dans leurs conditions d'existence par la perte de membres de leur famille et de leurs biens. De plus, le sentiment d'exclusion continue d'habiter nombre de nos concitoyens. C'est dire toute l'importance qui s'attache à la mise en oeuvre des mesures que je propose en vue de renforcer la cohésion nationale et de venir en aide à toutes les familles éprouvées par la tragédie nationale et en particulier les plus démunies d'entre-elles. Le projet de réconciliation nationale que je vous propose participe de l'approfondissement de la démocratie pluraliste en marche dans notre pays. Il nous permettra sans aucun doute d'asseoir la paix et de cultiver la saine émulation entre tous les Algériens pour le sursaut de notre Nation et le progrès de notre peuple. Gardons à l'esprit que le pardon et la réconciliation sont les caractéristiques d'une plus grande humanisation des hommes et des sociétés. Sachons faire nôtre ce noble objectif et honorer ainsi la mémoire de nos martyrs pour rester fidèles à leur vision d'un avenir de paix et de prospérité pour les générations présentes et futures. C'est bien un séisme qui a secoué notre pays si l'on tient compte de l'étendue des pertes humaines et matérielles que notre société a endurées. Nous savons tous que ce séisme n'est pas dû à la nature, il est d'abord social au sens le plus large du terme, car celles et ceux qui ont porté le fer et le feu de la "fitna" et qui, pour certaines et certains d’entre eux sont devenus des monstres infra-humains, sont issus des entrailles de notre société, qu'il s'agit de nos filles et nos fils, fussent-ils pervertis au dernier degré. Il est de notre devoir commun de soigner la maladie qui a atteint notre société dans ses profondeurs. Cette maladie a un nom. Elle s'appelle l'occidentalisation sans développement économique et social capable de faire oublier à la plus grande partie de notre société ses ancrages civilisationnels millénaires. Cette maladie, notre pays l'a connue dans les deux dernières décennies du 20ème siècle avec plus de virulence que d'autres sociétés musulmanes parce qu'il avait connu au cours des décennies précédentes une réelle modernisation qui n'était pas attentatoire à son identité musulmane. Alors, dans une conjoncture internationale défavorable qui rendait de plus en plus inopérants les difficiles exercices de stabilisation de notre société, notre terre a tremblé et des pans entiers de notre société se sont retrouvés déboussolés. Dans un premier temps, l'urgence a consisté à éteindre le feu de la fitna en usant à la fois de la contre violence légitime et des ressources d'une inlassable persuasion. Ces efforts ont été en grande partie couronnés de succès par la concorde civile qui a permis le désarmement de milliers d'hommes et leur soumission volontaire à l'ordre étatique national. Cette Concorde Civile approuvée massivement par le peuple lors du référendum de 1999, a eu des effets certains mais elle n'a concerné que le symptôme, le plus visible du mal social, à savoir le détournement de notre religion par des hommes qui ont tenté de canaliser et d'amplifier la colère et l'inquiétude souvent légitimes de beaucoup de nos concitoyens pour tenter de conquérir le pouvoir politique. Pour cela, ils étaient prêts à détruire l'Etat en terrorisant la société au nom d'un Etat théocratique autoproclamé, véritable défi à la souveraineté populaire, au bon sens et à l'essence même de notre religion. On sait que l'Islam fait la différence entre le politique qui consiste dans le gouvernement des hommes en fonction de leurs besoins terrestres et le religieux qui est d'abord la voie de la perfectibilité de l'humain dans sa soumission volontaire et actionnelle à Dieu. La réconciliation nationale est à la fois le parachèvement de la Concorde Civile et le début d'une action longue, profonde et complexe sur les causes profondes de la maladie de notre société pour que ses symptômes ne réapparaissent plus jamais et que notre nation entame une nouvelle étape de son développement qui est inséparable de la renaissance de la civilisation musulmane et de la prise en compte des profondes mutations qui affectent la totalité de notre planète. La réconciliation nationale n'est pas un coup de baguette magique qui, en un instant, ferait disparaître les graves traumatismes que notre société a subis au cours des dernières décennies. Une telle approche de la réconciliation nationale, sentimentale et émotionnelle ne peut amener qu'à des désillusions et en définitive à son échec. Rien ne serait plus préjudiciable au succès de la réconciliation nationale que de l'entreprendre avec une naïveté hâtive. Au moment même où je vous parle, je sais comme vous tous que quelques centaines d'hommes en armes continuent à défier notre Etat, même s'ils ont complètement échoué dans leur entreprise de destruction et de terreur, que d'autres n'ont pas abandonné leur rêve absurde d'un Etat théocratique et que d'autres enfin se satisfont de cette situation qui leur permet de se comporter en prédateurs du patrimoine national. La réconciliation nationale n'est pas un retour à la situation qui prévalait à la veille du séisme. Dans le sang et les larmes, l'immense majorité de notre société a fait un fantastique travail sur elle-même, rejetant à la fois les tenants de la barbarie, du vandalisme, du nihilisme voire de l'Etat théocratique et ceux de l'occidentalisation sans modernisation intégratrice du plus grand nombre. La réconciliation nationale ne veut en aucun cas signifier le retour à une situation qui, dans le passé, a pu nous conduire à notre perte. La réconciliation nationale est d'abord l'acte par lequel notre pays, fort du soutien du peuple, appelle une nouvelle fois l'ensemble des Algériennes et des Algériens à se conformer à leur devoir de citoyennes et de citoyens, et à la soumission volontaire à la loi qui garantit leur sécurité ainsi que leurs libertés et la pérennité des valeurs de l'Islam. Au nom du peuple algérien, au nom de notre Etat national, et au nom des valeurs de l'Islam, je tends une main à la fois ferme et fraternelle à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, se sont placés en dehors de la légalité, et qui maintenant apportent leur soumission volontaire aux institutions de l'Etat pour éteindre les derniers feux de la fitna. En dehors de cette attitude, il ne leur resterait que la voie de l'affrontement suicidaire avec le peuple algérien. La réconciliation nationale est aussi l'acte par lequel l'Etat, fort du soutien du peuple et de sa victoire contre le terrorisme, s'engage à réintégrer pleinement dans la communauté nationale toutes celles et tous ceux qui, à un moment ou un autre, se sont marginalisés ou ont été marginalisés sans pour autant avoir combattu de manière frontale les institutions et les valeurs de notre Etat national. La réconciliation nationale est enfin l'acte par lequel notre Etat s'engage à soulager, autant que faire se peut, les blessures occasionnées par le feu de la fitna, et subies par les victimes du terrorisme et leurs familles, mais aussi les familles de disparus. Ces trois actes fondateurs de la réconciliation nationale ne doivent pas être perçus isolément et comme une fin en eux-mêmes. Ils sont les premiers éléments d'un processus d'ensemble qui vise à surmonter à la fois les symptômes et les causes profondes de la maladie qui affecte encore notre société et qui est pour l'essentiel une crise de notre modernisation en tant que nation musulmane. Même si cette crise a été terrible, la peur ne doit pas nous tétaniser. Au cours de notre histoire contemporaine, nous avons connu d'autres périodes de crise intense au cours desquelles notre pays a failli sombrer. A chaque fois, il a rebondi, reconstituant de manière toujours plus efficiente la toile de sa solidarité islamo-nationale qui a toujours été l'aiguillon le plus efficient de sa modernisation. La première fois à la fin du 19ème siècle, la seconde fois, après l'atroce répression du 8 mai 1945. La sauvage déstructuration de la société algérienne par la colonisation n'a pas débouché sur une atomisation du peuple algérien et l'"assimilation" de son élite, bien au contraire, elle a permis l'émergence d'une société civile algérienne moderne qui est le socle sur lequel s'est construit le mouvement national. Après 1945, le refus de l'Etat colonial français de prendre en compte les revendications de notre mouvement national n'a entraîné qu'un reflux momentané de ce dernier. Moins de dix ans plus tard, c'est aux cris de "Tahia El Djazaïr" que les militants politico-militaires de l'ALN/FLN inauguraient l'épopée de la Guerre de Libération nationale dont l'objectif était aussi la modernisation généralisée de notre société. Cette modernisation a été mise en oeuvre dès notre indépendance, impulsant des mutations positives de grande amplitude dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'économie. La réconciliation nationale sera ainsi un processus juridique et politique initié par l'Etat national visant à réintégrer l'ensemble des citoyens dans la communauté nationale dans la plénitude de leurs droits pour autant qu'ils se soumettent volontairement à l'Etat fondé sur la souveraineté populaire avec l'Islam comme religion de l'Etat et qu'ils participent à la reprise de la modernisation de notre société, car c'est pour nous un véritable impératif catégorique. Mais la réconciliation nationale restera partielle si elle se limite à des considérations politiques et à des dispositions juridiques. La réconciliation nationale ne remplira son objectif central que si elle est portée par un vaste mouvement socioculturel constitutif d'une nouvelle société civile diversifiée capable de régénérer le lien organique entre Islam, nation et modernisation. Avec l'aide de Dieu et la participation active des millions d'Algériennes et d'Algériens sortis de nos écoles et de nos universités, une nouvelle Algérie créative et lumineuse peut naître et faire reculer pied à pied le double obscurantisme d'un Islam déformé et d'un occidentalisme superficiel qui nous ont précipité dans une régression civilisationnelle et nationale sans précédent. Produire du vrai, du beau, de l'efficace et le diffuser largement dans la société, tel est le chemin de la modernisation maîtrisée à laquelle j'appelle toutes les Algérienne et tous les Algériens comme à un Grand Djihad. L'approfondissement de notre foi dans les valeurs de l'Islam et la recherche d'une modernisation toujours plus ambitieuse, plus efficiente et plus intégratrice sont les deux faces inséparables de notre renaissance nationale dans les conditions du 21ème siècle. Telle est, mes chers compatriotes, l'ambition de la réconciliation nationale à laquelle je vous demande d'apporter votre soutien et votre participation active. Chères soeurs, Chers frères, De par sa dimension et ses objectifs, la charte de paix et de réconciliation globale constitue un devoir de toute citoyenne et de tout citoyen sincères car il offre à tout un chacun une opportunité historique pour accomplir une mission vis à vis de Dieu et au service de la Nation. C'est par la réconciliation seulement que sera rétablie la sécurité, que règnera l'amour et la fraternité, que se consolidera l'unité, que sera préservée l'identité nationale, que sera libérée la volonté du cauchemar de la peur et de l'épouvante et que sera mis un terme à l'effusion du sang. C'est alors que le citoyen pourra se consacrer à la construction et à l'édification, à la réalisation du progrès et du bien-être et que sera propulsé le génie de l'Algérien vers les cimes de la grandeur et de la noblesse. Chères soeurs, Chers frères, Vous avez là une lourde responsabilité et l'avenir du pays est entre vos mains. Vous devez l'accomplir en votre âme et conscience, à travers une caution collective tout comme vous êtes appelés à la défendre et la protéger et c'est seulement par la paix et l'indulgence que nous triompherons et que nous assurerons l'avenir des générations futures. Chères soeurs, Chers frères, J'implore Dieu de nous aider et de guider nos pas pour que nous parvenions à emprunter le droit chemin et nous consacrer au service de notre peuple, patrie et histoire, et puisse Dieu éclairer notre voie pour le triomphe du droit. Dieu est témoin que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir de faire. Notre proposition est une responsabilité entre les mains du peuple algérien à qui la décision revient en dernier lieu. Sans doute, beaucoup de gens jugent nombreuses les mesures contenues dans le texte et estiment que c'est la une chose insupportable pour les personnes éprouvées dans leur âme, brisées dans leur coeur. Il est évident que Dieu a créé toute chose à sa juste mesure. Une dose exacte de médicament peut être bénéfique mais au delà elle serait mortelle. Et à chaque situation son propre remède. La réconciliation doit impérativement passer par le déni de soi et l'abnégation autrement elle se transformerait en entrave insurmontable. Je vous dis en toute sincérité, que celui qui juge nombreuses les mesures pourrait avoir raison et celui qui les juge en deçà des attentes pourrait ne pas avoir tort. Ce que nous entreprenons aujourd'hui n'était pas possible hier seulement. Néanmoins, tout cela prépare le terrain à ce qui paraît irréalisable aujourd'hui dans le but de préserver les équilibres mais, demain les choses s'établiront d'elles-mêmes, tout naturellement. Certains pourraient trouver que cela est négligence envers les uns et les autres. Le peuple jouit d'une souveraineté absolue et le dernier mot lui revient. Nous avons entièrement confiance en lui car lui seul est au fait de sa situation. Nous lui voulons tout le bien du monde mais lui seul sait où réside son intérêt et celui de son pays et nous sommes tenus de nous acquitter de notre responsabilité. A celui qui a contribué au rétablissement de la sécurité dans le pays, à celui qui a oeuvré pour son bien, à celui qui a semé amour et fraternité, à celui qui a fait régner la paix et la sagesse, la sagesse n'est-elle pas tolérance et clémence, n'est-elle pas concorde et indulgence? A ceux-la je dis que nous sommes un peuple qui rejette l'humiliation et le ressentiment nous est étranger. La fierté et la dignité est notre trésor et l'Algérie, terre de paix et de quiétude, est notre patrie. Pourquoi alors toutes ces voies stridentes s'obstinent-elles sans apporter de nouveau à prétendre détenir la vérité ? Nous avons voulu nous référer à notre peuple dont la volonté émane de celle de Dieu, et notre peuple réalise parfaitement que si un malheur arrivait qu'il doit s'en remettre à Dieu. Je félicite toutes les Moudjahidate et tous les Moudjahidine, compagnons d'une époque sacrée, en ce jour de fête, celui de l'Algérie et de toutes les générations qui s'y succèdent. Gloire à nos vaillants martyrs |
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