Amnistie générale

La bousculade des démarcheurs

Par Souhila Hammadi, Liberté, 27 janvier 2005

L’organisation nationale des transporteurs algériens (Onta) organise, aujourd’hui, à l’hôtel Mouflon d’or (Alger), une conférence sur l’amnistie générale. Dans la même journée, le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme, Farouk Ksentini, sera l’invité du Forum d’El Moudjahid pour parler de la situation des disparus, mais aussi de la réconciliation nationale et de l’amnistie générale. Il y a deux jours, un sénateur du tiers présidentiel, Boudjemaâ Souileh, s’est déplacé à l’intérieur du pays pour animer un débat public sur le même thème. Il y a quelques semaines, la commission nationale de l’amnistie générale (Cnag) est née.
En dehors de son président d’honneur, incarné par l’ancien président de la République, Ahmed Ben Bella, cette organisation ne regroupe en son sein aucune personnalité connue de l’opinion publique. Le chef de l’État serait, pourtant, lui-même derrière la création de cette structure, à en croire M. Ben Bella, qui a révélé, il y a deux jours lors du forum d’El Djazaïr news que son nom a été proposé aux animateurs de la Cnag par le président Bouteflika.
Ladite structure, qui n’a au demeurant aucune existence légale, s’échine à baliser le terrain pour la mise en œuvre de l’amnistie générale en prenant en charge les préoccupations des repentis de l’AIS, ayant bénéficié des dispositions de la loi portant rétablissement de la concorde civile. Elle est investie, plus globalement de la délicate mission de promouvoir le projet du président Bouteflika avant même que sa teneur ne soit dévoilée. C’est d’ailleurs le cas pour l’ensemble des structures — pour la majorité sans ancrage national — et personnalités qui organisent, presque quotidiennement depuis le début de l’année, des manifestations sur ce qui est considéré comme un thème central de l’actualité nationale.
L’usage aurait voulu, pourtant, que l’initiateur du projet se mette aux premières loges pour le porter à bout de bras. Viendraient ensuite le soutenir dans sa campagne pour l’amnistie générale, les partis politiques et les organisations de masse. Le premier magistrat du pays, certainement conscient de la délicatesse de l’option qu’il veut proposer aux algériens, s’est choisi vraisemblablement une stratégie plus élaborée. Au lieu de se fourvoyer dans le rôle du quêteur de l’approbation populaire, il se met à la place de celui qui exaucera la volonté d’un conglomérat de partis politiques, associations, syndicats… qui le priera, au nom du peuple, de rétablir la paix par la proclamation d’une amnistie générale.

 

   
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