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Bentalha
Cette nuit du 22 septembre 1997
Par
Lyès Bendaoud , Liberté, 2 août 2004
Le
massacre de Bentalha (près de Baraki, à 10 kilomètres à l’est
d’Alger), perpétré dans la nuit du 22 au 23 septembre
1997, a succédé, au plan de l’horreur arithmétique, à celui
de Raïs (près de Sidi Moussa, relevant de l’ex-gouvernorat
du Grand-Alger), commis dans la nuit du 28 au 29 août précédent.
Le premier a fait plus de trois cents morts — 98 selon un bilan officiel,
le second près de quatre cents morts —, une centaine selon
les services étatiques. Ces deux boucheries furent relayées,
en janvier 1998, par une troisième tuerie à grande échelle,
celle en l’occurrence de Sidi Hamed, près de Meftah, dans
la wilaya de Blida.
Mais Bentalha constitue une sorte de tournant, une date-repère,
non seulement dans la macabre chronologie terroriste, mais aussi au plan
politique. Le massacre a eu lieu plus exactement à Haï El-Djillali
et à Haï Boudoumi, mené, selon les témoignages
des rescapés à l’époque, par près de
deux cents hommes armés. L’Occident, symbolisé par
la France et alerté par des cercles politiques algériens
avec le concours inconditionnel de l’Internationale socialiste, y
a vu un montage impitoyable des services secrets locaux et des militaires — ces
derniers avaient, en les personnes du général Liamine Zeroual,
président de la République, et du général Mohamed
Betchine, un de ses conseillers, les rênes du pouvoir. Certains observateurs
et plusieurs médias de l’Hexagone, face à la faiblesse
de l’État algérien, ont commencé à douter
sérieusement de l’existence de groupes armés terroristes
dans les maquis du pays ; pour eux, les “verts” portaient une
grosse part de responsabilité dans les massacres des populations.
Les hommes politiques et les militants des droits de l’homme, réunis
en janvier 1995 à Rome, sous la férule de la communauté chrétienne
de Sant’Egidio, désignés depuis sous le célèbre
nom de “partisans du Contrat de Rome”, en référence
au texte final qui a consacré leurs travaux, ont alors obtenu un
renfort inespéré à leur thèse du “Qui
tue qui ?”.
Une question qui suggère un fait net et clair : “Personne
ne sait qui tue en Algérie !” Quelques années plus
tard, lorsque les tours jumelles du World Trade Center de New York ont
explosé sous l’effet du crash des avions d’American
Airlines et United Airlines, la planète entière a convergé vers
la piste d’Al-Qaïda, et tous ont décidé que l’hypothèse
ne souffrait aucun risque d’erreur. Pourtant, comme les terroristes
islamistes de l’organisation de Ben Laden, les terroristes islamistes
du GIA ont revendiqué leurs actes à maintes reprises.
La fameuse question a été alimentée dans un premier
temps par un livre controversé, écrit par un rescapé de
Bentalha, un entrepreneur réfugié en France du nom de Yous
Nasrullah. Le livre était intitulé : Qui a tué à Bentalha
? La réponse y était. En décembre 2000, dans un entretien
au journal Le Matin – aujourd’hui menacé de disparition — Nasrullah
affirmait que l’implication des services de sécurité dans
le massacre n’avait pas de doute, mais “je n’ai pas de
preuves”.
En janvier 2001, un autre livre, rédigé par un ancien militaire
déserteur, appelé Habib Souaïdia, apporta de l’eau
au moulin du groupe de Rome. La Sale guerre accuse les mêmes services
ainsi que les militaires d’être les auteurs de nombre de tueries
et d’attentats. Mauvais communicateur, l’État algérien
résiste tant bien que mal. Son image est au plus bas, mais ses institutions
tiennent debout. Presque debout.
La communauté internationale finit par condamner pleinement les
opérations terroristes islamistes et reconnaît enfin à l’Algérie
le droit de clamer son innocence. Aujourd’hui, Bentalha, Raïs
et Sidi Hamed soignent leurs plaies dans la clémence du combat mondial
contre le… terrorisme.
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