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Animant une conférence-débat organisée hier par le FFS
Le professeur Benchikh met l’accent sur les «conditions» pour une amnistie
Par Younes Hamidouche, La Tribune, 2 juillet 2005
Tout en situant l’objectif de l’amnistie dans l’impunité, en effaçant juridiquement les crimes commis, Madjid Benchikh, professeur en droit, invité du FFS hier à Alger, a donné un exposé sur ce thème, et plus largement sur la réconciliation nationale, au sujet de laquelle est prônée une «politique globale» de sortie de crise passant non seulement par la mise sur pied de «Commissions Vérité» mais également par des «conditions» adéquates telles que la «levée de l’état d’urgence» et œuvrer publiquement et non en «vase clos» à définir l’amnistie et les termes d’une réconciliation nationale» que le conférencier préfère nommer «reconstruction nationale». «Aujourd’hui, on est loin des conditions capables de permettre la mise sur pied de commissions vérité, composées de personnes crédibles», déclare-t-il. «C’est seulement sur la base de la vérité que l’on peut pardonner», argue-t-il.
«Un projet d’amnistie, s’il veut mener à une réconciliation nationale, nécessite l’ouverture d’un dialogue» et «les mesures politiques et sociales sont un préalable à toute réconciliation», souligne M. Benchikh. L’amnistie ne se décrète pas, condense-t-il en prônant un «retour aux causes de la crise pour convaincre, par le dialogue, les familles des victimes» de la crise en Algérie. A ce propos, M. Benchikh met l’accent sur «la mémoire des victimes» qui «doit être réhabilitée dans tout projet national» de réformes et de promotion démocratique dans le pays. En somme, prendre en compte la société algérienne ainsi que l’opinion et l’environnement internationaux. Sans pour autant crier vengeance. «Je ne suis pas pour une vengeance […]» car «on peut s’opposer sans se rentrer dedans», estime M. Benchikh qui croit en la capacité des familles et proches des victimes à pardonner si les conditions démocratiques nécessaires à une telle approche sont réunies. «Il s’agira d’intégrer la justice dans la solution politique», martèle-t-il en disant sa croyance en une aptitude à «comprendre» chez les familles des victimes «si les perspectives du sacrifice de leurs fils priment». A contre-courant donc du «flou» qui entoure aujourd’hui ce projet d’amnistie.
«Je ne vois pas dans la Constitution ce qui peut empêcher une absolution en quelque sorte des crimes», commis en Algérie ces dernières années, a-t-il relevé à ce propos. Citant pêle-mêle les cas de torture et de disparitions dont le chiffre au niveau national indique l’existence d’une politique d’imposer la terreur et la peur au sein de la société, l’ancien président d’Amnesty International en Algérie souligne que «les islamistes sont aussi responsables des crimes contre l’humanité». Cependant, expliquera-t-il, tout projet crédible de réconciliation nationale doit dépasser le cadre des «protagonistes», directement opposés (pouvoir et islamistes) lors du conflit et, de la sorte, permettre la participation dans le processus de sortie de crise de l’ensemble de la société puisque les effets de la crise ont touché tous les segments en Algérie.
Les slogans affichés sur les banderoles accrochées dans la salle de conférences indiquaient déjà la teneur de l’exposé du professeur Madjid Benchikh et des débats qui allaient suivre. «La véritable réconciliation doit se faire entre l’Etat et la nation», «la réconciliation nationale est une valeur à ne pas confier aux criminels» et, enfin, «dictateurs, tortionnaires, criminels d’Etat… la justice vous attend ! !», pouvaient ainsi lire les nombreux présents hier au Centre international de presse (CIP) où le FFS a tenu cette conférence intitulée «le projet d’amnistie et de réconciliation nationale». Axé sur les problèmes politiques et juridiques qui entourent le projet d’amnistie, quoique cette dernière n’ait pas encore été clairement définie, l’exposé de l’invité du parti présidé par Hocine Aït Ahmed a mis à nu nombre de lacunes que traîne cette projection sur l’amnistie et la réconciliation. M. Benchikh parle, en ce qui concerne la problématique actuelle relative à l’amnistie et la réconciliation nationale, d’un «projet truffé de rumeurs et bribes de discours politiques» alors que «le problème est qu’il s’agit de situation réelle».
La nature du régime reposant sur l’absence de transparence n’est pas étrangère à cet état de fait, selon lui. A travers cette conférence, il est préconisé que les gouvernants et l’ensemble des autorités débattent avec la société autour des idées qui seront au centre dudit projet.
«Je n’ai aucune animosité contre une amnistie […] le pardon […], mais quelle est la définition de cette amnistie dans le projet, nécessairement politique, de réconciliation nationale ?» interroge le conférencier. Tout en rappelant les crimes de torture, les massacres, les viols et les disparitions tout au long des longues années de crise nationale, et en faisant des lectures comparatives avec quelques pays qui ont connu des situations du même genre (Argentine, Chili et Afrique du Sud sont le plus souvent cités ainsi que le Maroc et l’Espagne pendant les interventions de quelques présents au débat), le conférencier n’a pas manqué, après s’être posé la question sur «l’amnistiabilité» de ces crimes contre l’humanité, de (re)situer le concept d’amnistie qui signifie notamment «pardon légal sur une durée déterminée». Au sujet de cette dernière, M. Benchikh l’estime probable «de 1988 à nos jours».
Poursuivant sur cette même amnistie projetée, il partage aussi son estimation selon laquelle l’intégration d’une «amnistie fiscale» est écartée puisque signifiant dès le départ la non-application des lois de lutte contre la corruption.
Ce même point de vue est d’ailleurs partagé par l’assistance composée essentiellement de militants du FFS et de quelques personnalités connues à travers leur engagement dans le combat pour les droits de l’Homme. Y compris par les deux responsables du FFS qui accompagnaient le conférencier à la tribune, à savoir le premier secrétaire du parti, Ali Laskri, et le porte-parole, Karim Tabou. Le premier met l’accent sur la nécessité d’un «débat apaisé» et de l’impératif d’«apprendre à diverger».
Le second résume en soulignant qu’en ce moment il est davantage question d’«un projet d’auto-amnistie pour assurer l’impunité des responsables» de la crise. «Un changement de régime est l’unique solution», clame-t-il avant de céder le micro à Madjid Benchikh.
Y. H.
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