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AHMED
BENAÏCHA (ANCIEN ÉMIR DE L’AIS)
«
Les éradicateurs veulent bloquer la réconciliation»
L'Expression,
23 septembre 2004
«Il faut définir d’abord les deux parties en conflit».
Dans une «sortie» inopinée et qui tranche carrément
avec le ton mesuré qu’il adopte généralement
lorsqu’il s’adresse à la presse, avec laquelle il
avait eu dans le passé des relations agitées, Ahmed Benaïcha,
ancien chef de l’Armée islamique du salut (AIS, branche
armée du FIS, Ndlr) estime que les mesures d’apaisement
prises par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, «trouvent,
et trouveront encore, un clan d’éradicateurs qui empêcheront
leur aboutissement».
«
La politique, de réconciliation nationale est une option juste
et courageuse, et le président de la République, qui est
issu de l’école nationaliste, non de l’école
intégrationniste, sait que c’est l’unique issue pour
ramener la paix, mais il se trouve que les partisans de l’exclusion
des islamistes et le clan des éradicateurs, très présents
dans tous les segments des cercles de prise de décision, joueront
leur va-tout à empêcher, ou pour le moins, à gêner,
toute action qui tendrait à la concorde et la réconciliation
nationale», a ajouté l’ancien émir pour la
zone ouest de l’Armée islamique de salut.
Ahmed Benaïcha a qualifié le «départ» du
général de corps d’armées, Mohamed Lamari,
de «bonne chose» pour le pays et pour le projet de réconciliation
nationale, car, estime-t-il, «l’homme était bel et
bien un des porte-drapeaux des éradicateurs».
Il semble bien que cette critique acérée, vient du fait
que l’ancien patron de l’armée algérienne se
soit montré toujours intransigeant envers les islamistes, y compris
les groupes trêvistes et concordistes, du genre de l’AIS,
et n’a jamais voulu reconnaître publiquement que des accords
avaient sanctionné le rapprochement ANP-AIS et abouti à la
trêve unilatérale décrétée par Madani
Mezrag, émir national de l’AIS, et qui a prit effet le 1er
octobre 1997. En juillet 2002, Mohamed Lamari, qui avait tenu une conférence
de presse organisée à l’Académie militaire
de Cherchell, avait eu ces mots malheureux qui avaient soulevé un
tollé général au sein des leaders de l’AIS: «Il
n’y a pas eu d’accords avec l’AIS, c’est tout
juste si j’ai ordonné à Fodhil, ici présent
(le commandant de la 1re Région militaire, Fodhil Chérif
Brahim, Nldr) de les faire descendre des maquis sous peine de les écraser».
Revenant sur l’incident, Benaïcha précise qu’il
existe bel et bien des accords signés et consignés à la
direction de l’AIS et qu’il serait vain de revenir là-dessus, «le
tout, estime-t-il, est d’appliquer à la lettre les clauses
de l’accord, et qui sont de nature à ramener plus de paix
dans les coeurs». Face à cette brusque «sortie» médiatique
de Benaïcha, le chef national de l’AIS garde toujours le silence
et surveille avec circonspection les soubresauts de la vie politique. «Il
n’y a pas de motifs de se réjouir, comme il n’y a
pas de raison d’être pessimiste. Les choses bougent, mais
restent opaques. Nous attendons que toute cette polémique s’arrête
et que les choses soient assez claires pour pouvoir les évaluer
réellement». Les leaders de l’ex-FIS eux-mêmes
se gardent de tout commentaire sur l’évaluation de trois
années de concorde civile. «Ce n’est ni une réconciliation,
ni une non-réconciliation. Les choses se sont arrêtées à mi-chemin
au point que nous ne savons plus où nous en sommes entre une guerre
qui n’a pas fini et une paix qui ne vient pas encore», estime
Abdelkader Boukhamkham, un membre de la direction politique du parti
dissous. «Il faut définir d’abord les deux parties
en conflit pour pouvoir les réconcilier», souligne-t-il
avec une pointe d’ironie.
Fayçal OUKACI
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