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A Béjaïa Des victimes du terrorisme en parlentPar Kamel Amghar, La Tribune, 9 février 2005 L’amnistie est un acte législatif ayant pour effet d’éteindre les poursuites ou d’effacer une condamnation déjà prononcée. Elle entraîne l’effacement de la condamnation du casier judiciaire. Elle se distingue, sur ce point, de la grâce, décrétée exclusivement par le chef de l’Etat, qui a pour seul effet d ’atténuer la peine ou d’en interrompre le déroulement, sans la faire disparaître du fichier du condamné.Si la définition est bien connue de tous, le concept de l’amnistie générale reste flou dans le contexte algérien d’ aujourd’hui, en sens que l’on s’interroge sur les condamnés ou les accusés qui seraient concernés par cette mesure que le chef de l’Etat compte mettre en œuvre par une consultation référendaire pour dépasser définitivement la crise.Le qualificatif «générale» appelle, selon plusieurs citoyens interrogés, une explicitation pour avoir une idée précise sur l’entendue du chantier que le président de la République s’apprête à mettre en œuvre afin de pouvoir cerner ses contours et de peser les sacrifices exigés de la communauté nationale, meurtrie dans sa chair par plus d’une décennie d’ horreur et de carnages collectifs.Les rumeurs distillées au sein de la population au sujet de l’intégration du dossier des harkis dans cette initiative ou encore des responsabilités dans les événements qui ont ensanglanté récemment la Kabylie poussent tous nos interlocuteurs à une sorte de prudence. Ils évitent de se prononcer avant de connaitre tout le contenu du dossier. Toutefois, les Algériens, dans leur écrasante majorité, aspirent à la paix et à la stabilité et semblent aujourd’hui disponibles à ouvrir une nouvelle page sans déchirer l’ancienne. Une volonté clairement affichée lors du référendum sur la «concorde civile» visant à instaurer une mesure d’amnistie pour les islamistes n’ayant pas commis de crimes de sang. Le 19 septembre 1999, le oui avait en effet remporté une victoire écrasante (98,6% des suffrages exprimés).A l’heure actuelle, les résultats de cette première entreprise sont également jugés «positifs», car «elle a permis au pays de rompre son isolement et de reprendre avec la croissance économique même si les paramètres sociaux ne sont pas encore des plus plaisants», estime Azziz qui a perdu son frère, fusilier marin assassiné à Texana (Jijel) fin février 1997. Employé dans une cantine scolaire, notre interlocuteur ajoute entre deux bouffées de cigarette : «Franchement, il m’ est difficile de pardonner à ceux qui ont incinéré mon frère et ses collègues vifs. Nous l’avons enterré déjà carbonisé. Mes parents et mes sœurs sont depuis ce funeste jour sous le choc et survivent avec des calmants. S’il est vrai que ma famille ne pense pas à se venger, elle n’ envisage pas non plus d’oublier car ce serait une seconde mort pour Hamou, immolé au feu alors qu’il n’était qu’à ses 24 printemps», dira-t-il de la voix enrouée de quelqu’un qui réprime un sanglot.Ammi Ali, qui a perdu l’ aîné de ses fils, sous-officier de la BMPJ, assassiné à l’âge de 30 ans dans une embuscade terroriste en 1998 à Tizi Ouzou, n’arrive pas à «achever son deuil». Pour lui aussi, «Mahfoud était humain jusqu’au bout des angles et ne méritait pas le sort qui lui a été réservé. Me demander de faire comme s’il n’avait jamais existé serait aujourd’hui équivalent à exiger de moi de le renier». Après un moment de silence, il poursuit : «Cela n’est rien qu’une conviction personnelle. Autrement, nous autres petites gens ne sommes ni pour ni contre aucune initiative politique, puisqu'on les a toutes subies et pas toujours de plein gré.» Nadir, jeune entrepreneur qui a perdu son frère Bouzid, lieutenant de l’ANP, dans la région de Tlemcen, estime lui aussi que les familles victimes du terrorisme «ne ruminent aucun règlement de comptes, mais cherchent plutôt à savoir les tenants et les aboutissants de cette énorme tragédie. Car, ajoute-t-il, aucune tombe ne pourra contenir tout cet épisode, certainement le plus sanglant dans l’histoire de ce pays». Pour lui, il faut donc faire le maximum de lumière sur la crise pour «amener d’ abord ses acteurs, tous les acteurs sans distinction, au repentir avant de demander au petit peuple meurtri d’accorder son pardon».Abdelkader, fonctionnaire, la quarantaine bien entamée, se trouve à peu près sur la même longueur d’onde. Son frère était DEC avant son assassinat dans un faux barrage en 1996. «On pardonne à ceux qui le demandent, et surtout pas à ceux qui menacent toujours les armes à la main», dira-t-il d’emblée, avant d’ ajouter que «familles victimes du terrorisme, familles de disparus et organisations des droits de l’Hommes se doivent aujourd’hui de collaborer pour lever le voile sur tout ce qui s’est passé durant la décennie 1990, car la vérité est le seul chemin vers la stabilité durable», estime-t-il. Blessé à deux reprises au combat, Karim, 30 ans, vit aujourd’hui de sa demi-retraite de la marine et d’une petite pension d’invalidité. Il a vu mourir des dizaines de ses coéquipiers à Jijel où il a effectué l’essentiel de sa carrière entamée en 1994. Le jeune «retraité» se dit favorable au retour à la paix, «comme tous les Algériens» mais se refuse à oublier «des collègues qui ont tout donné au pays et avec lesquels j’ai partagé les moments les plus difficiles de ma vie», termine-t-il, la gorge nouée. Une façon de dire l’énorme travail de mémoire qui reste à accomplir pour que les sacrifices des «petites gens» ne soient pas oubliés de sitôt. K. A. |
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www.algeria-watch.org
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