LA CHARTE POUR LA PAIX EN ALGERIE

"Un auto-exorcisme"

NOUVELOBS.COM | 28.09.05 | 12:15

''Un auto-exorcisme'' par Hocine Zehouane,
avocat, militant internationaliste,
et nouveau président de La Ligue algérienne
pour la défense des droits de l'Homme (LDDH)

Demain, 18 millions d'Algériens sont appelés à s'exprimer sur un projet de "Charte pour la paix" proposé par le président pour tourner la page des années de violence de la décennie 1990. Quel est l'objectif d'un tel texte ?

- Personnellement, mon analyse est la suivante: c'est un auto-exorcisme. Le président veut s'imprégner de l'idée que le peuple est derrière le pouvoir actuel, et ce via un plébiscite. C'est la raison pour laquelle il a aménagé le référendum sur "La charte pour la paix". Et le lendemain du 29, on dira que le peuple s'est prononcé et qu'ainsi, c'est terminé et qu'il n'y a plus à parler de la période passée.
Sur le plan formel, on va chercher à bâillonner les gens en leur opposant le verdict populaire, un verdict préfabriqué à l'avance.
D'ailleurs, certains avancent déjà les chiffres de 80% de participation au scrutin et de 90% de "oui".

Quelles ont été les conditions dans lesquelles s'est déroulée la campagne ?

- Les conditions dans lesquelles s'est déroulée la campagne sont des conditions d'ostracisme global. On a fait peser un climat d'intimidation sur les gens qui avaient des réserves ou des oppositions face au projet de Charte.
Il y a eu un déploiement de matériel considérable, un contrôle sécuritaire abominable, avec le blindage des médias lourds comme la télévision ou la radio et une pression sur la presse.
On a gaspillé des milliards dans cette entreprise. Il aurait mieux valu qu'ils servent à créer des emplois et à aider la jeunesse.
Quant à l'opposition, elle représente un large pan de la société: FFS (Front des forces socialistes), PST (Parti socialiste des travailleurs), Ligue pour la défense des droits de l'Homme, familles des disparus et des victimes du terrorisme, associations… Tous ces gens ont eu leur voix mise "sous écharpe", passée sous silence.
Je pense, du coup, que le taux de participation au référendum de demain sera très faible. Et pourtant, vous aurez un chiffre avoisinant les 80% de participation sur vos écrans.

Quels seront les enjeux d'une victoire du "oui" -apparemment presque assurée- pour Abdelaziz Bouteflika ?

- Comme je vous l'ai dit, ce sera pour lui l'occasion d'un auto-exorcisme. Le président Bouteflika va ainsi pouvoir se conforter dans le fait qu'il est l'élu des Algériens.
Et il pourra également se conforter dans la position -illusoire- d'avoir changé le rapport de force, en sa faveur, dans les enjeux de pouvoir.
Il est, en fait, évident qu'en filigrane, on prépare le troisième mandat du président. Les insinuations de ses porte-paroles, à ce propos, sont déjà en place.

Propos recueillis par Flore de Bodman
(le mercredi 28 septembre 2005)

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